Victoire en Argentine avec la légalisation de l’avortement par Thomas Lemahieu

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Victoire en Argentine avec la légalisation de l’avortement par Thomas Lemahieu
La pression du mouvement des femmes a triomphé des rodomontades et chantages des ultraconservateurs : dans la nuit de mardi à mercredi, le Sénat a adopté un projet de loi autorisant l’accès à l’interruption volontaire de grossesse.

Cette fois-ci, c’est la bonne : l’avortement est légal en Argentine.

Jusqu’ici, en vertu d’une loi datant de 1921, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’était consenti qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Dans la nuit du 29 au 30 décembre, les sénateurs ont, après les députés il y a deux semaines, approuvé, avec une majorité confortable, le projet de loi mettant fin à la criminalisation : 39 voix pour, 29 contre et 1 abstention.

En juin 2018, l’issue avait été différente : un texte largement similaire avait été rejeté, avec sept voix d’écart, par les sénateurs.

Entre-temps, le retour de la gauche au pouvoir, avec l’élection à la présidence du péroniste Alberto Fernandez, en tandem avec Cristina Kirchner, et surtout l’émergence à très grande échelle d’un mouvement féministe en forme de déferlante verte – la couleur de la mobilisation en Argentine – ont changé la donne. Cette année, la pression forte de l’Église catholique et des évangéliques n’aura pas suffi à enrayer ce progrès de civilisation, encore si rare dans le reste de l’Amérique latine : le droit à l’avortement n’est garanti sans conditions que dans quelques pays ou territoires (Cuba, Uruguay, Guyana, Guyane française, ville de Mexico et État mexicain d’Oaxaca).

Les réactionnaires fulminent

Au cœur de Buenos Aires, lorsque la nouvelle de cette victoire sans précédent pour les droits des femmes est tombée, la clameur des militantes, rassemblées à l’appel de la Campagne pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit, qui fédère des centaines d’associations féministes depuis des années, a enseveli les cantiques des opposants à l’IVG, cantonnés à l’autre extrémité de la place devant le Sénat.

« Nous avons réussi à tordre le bras de cette histoire qui nous imposait comme seul destin la maternité, se réjouit l’une des oratrices de la coordination. Cette loi est la reconnaissance qu’il existe d’autres décisions, réalités et souhaits, et qu’aucune de nous ne mourra, ne sera jugée ou emprisonnée pour ne pas vouloir poursuivre sa grossesse. Cette avancée de questions féministes de notre pays résonne dans le monde comme un présage de liberté et d’émancipation. »

Les réactionnaires fulminent, eux : « Aujourd’hui, l’Argentine a reculé de plusieurs siècles de civilisation et de respect du droit suprême de la vie », ose même affirmer l’Alliance chrétienne des Églises évangéliques (Aciera) dans un communiqué.

Selon Jimena Lopez, une manifestante de 27 ans interrogée par El Pais, la promulgation de cette loi doit permettre qu’il n’y ait « plus une morte de plus pour cause d’avortement clandestin » :

« Plus de 3 000 femmes sont mortes dans ces conditions sordides depuis la chute de la dictature », ajoute-t-elle.

Selon le gouvernement argentin, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année en Argentine, un pays de 44 millions d’habitants où 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications à cause de ces opérations jusque-là interdites.

Alberto Fernandez, le président de centre gauche, se place sur ce terrain-là, également, pour saluer le vote de la loi par le Sénat : « Nous sommes aujourd’hui une société meilleure qui étend les droits des femmes et garantit la santé publique, vante-t-il. Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c’est un sujet de santé publique très sérieux. »

Pour Sandra Lujan, une psychologue rencontrée par l’AFP lors de la veillée féministe devant le Sénat, « après tant de tentatives et des années de lutte qui ont fait couler du sang et nous ont coûté des vies, aujourd’hui nous avons enfin fait l’Histoire, et nous laissons un monde meilleur pour nos enfants »

Publié dans santé, Amérique Latine

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