Interview de Philippe Martinez au JDD : quand les salariés sont déterminés, rien n'est impossible !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Interview de Philippe Martinez au JDD : quand les salariés sont déterminés, rien n'est impossible !

Inquiet de l'impact social de la crise du Covid-19, le secrétaire général de la CGT appelle à des "mobilisations" dans le secteur de l'éducation le 26 janvier et de l'énergie le 28 janvier. Des dépôts de préavis de grève sont à l'étude. Philippe Martinez accuse l'exécutif de "distribuer beaucoup d'argent aux entreprises, mais rien aux salariés". Pour l'année 2021, il met en garde le gouvernement : "Il y a beaucoup de colère concernant la situation sociale et d'inquiétude pour la santé"

L'année 2020 s'est achevée. Ouf?

Cette année avait pourtant bien commencé avec d'importantes mobilisations contre la réforme des retraites. La pandémie a certes tout bousculé, mais elle a aussi mis en exergue des maux qu'on pointait depuis longtemps déjà : la saturation des hôpitaux, la précarité de l'emploi, l'absence de conditionnalité aux aides publiques.

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Les mesures d'aide aux secteurs fermés vous paraissent-elles suffisantes?

Non, car on distribue beaucoup d'argent aux entreprises, mais rien aux salariés. Regardez les files d'attente dans les associations caritatives! Une partie de la population a basculé dans la pauvreté. Quand on touche un salaire complet déjà faible, une fois qu'il est amputé de 16% à cause du chômage partiel, on voit ses conditions de vie chuter. A l'inverse, peu de contreparties sont demandées aux entreprises aidées, ou en matière de transparence sur l'utilisation des fonds versés. Pour bon nombre d'entre elles, ils servent à restructurer et donc à détruire de l'emploi. Dans la grande distribution, des salariés sont placés en activité réduite alors que les profits s'envolent. Tout cela n'est pas équilibré.

Faut-il des gestes supplémentaires?

Evidemment! Le gouvernement avait les moyens d'en faire un en augmentant le smic. Au lieu de ça, il va être revalorisé de… 0,99%! Des technocrates ont pris leur règle à calcul et n'ont même pas eu la décence d'arrondir à 1%! C'est se moquer du monde. Et qui sont les smicards? Tous ceux et celles qui ont reçu les louanges du président de la République au printemps.

Comment voyez-vous le début d'année?

Je mets en garde le gouvernement : il y a beaucoup de colère concernant la situation sociale et d'inquiétude pour la santé. C'est pourquoi nous avons d'ores et déjà prévu des mobilisations d'ici à fin janvier : le 26 dans l'éducation, le 28 dans l'énergie, mais aussi contre les fermetures de sites et pour de meilleurs salaires. Nous mettrons sur pied des manifestations interprofessionnelles, avec les organisations de jeunesse, la FSU ou encore Solidaires.

Avec d'autres, nous avons aussi attaqué en justice un décret qui a récemment autorisé la création d'un fichier recensant notamment les activités militantes. Car il fait partie de ces mesures liberticides destinées à entraver la liberté de contestation.

Peut-on lancer un mouvement social alors que le pays est paralysé par le Covid-19?

Tout le monde n'est pas en télétravail! Et je constate que les manifestations contre la proposition de loi sur la sécurité globale ont été importantes malgré tout. Localement, des salariés se mobilisent déjà, chez EDF, General Electric, dans les abattoirs, à la RATP… Vous savez, quand les salariés sont déterminés, rien n'est impossible.

Redoutez-vous que la réforme des retraites soit réactivée?

Si pour diminuer la pauvreté, redonner du pouvoir d'achat et sauvegarder l'emploi le gouvernement considère que la seule solution reste de réformer les retraites, il joue avec le feu et fait un pari risqué. Très risqué. Les comptes de la Sécurité sociale se sont dégradés car il y a moins de cotisants à cause des suppressions de postes et du chômage partiel. Et de plus en plus d'exonérations de cotisations sociales pour les employeurs. Quand on veut qu'une baignoire se remplisse, on ne ferme pas le robinet. Le Président s'est gargarisé de notre modèle social. On ne peut pas dire ça et en même temps le casser, alors qu'il prouve son utilité dans cette crise inédite.

L'arrivée de Jean Castex avait été saluée par les partenaires sociaux. Vous êtes déçu aujourd'hui?

Je ne l'ai pas vu depuis sa nomination, juste en visioconférence pour nous présenter ce qu'il va annoncer le lendemain ou trente minutes plus tard. Ce n'est pas ce que j'appelle de la concertation. On ouvre un tas de sujets à la discussion, tout en faisant appel à des experts à qui l'on confie des missions comme si on n'y connaissait rien et qu'il fallait nous expliquer ce que l'on doit faire. Il n'y a pas de méthode Castex. Juste une méthode Macron.

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Irez-vous vous faire vacciner?

Le choix appartient à chacun. Personnellement, je le ferai. Mais attention à ce que ces traitements ne soient pas uniquement une nouvelle source de profit pour des laboratoires qui gagnent de l'argent et qui licencient, comme Sanofi. Le jour où Pfizer a annoncé les résultats de son vaccin, les Bourses ont bondi. Plutôt que les populations, c'étaient les marchés qui étaient rassurés. C'est quand même le symbole de quelque chose qui ne tourne pas rond…

Publié dans syndicats, Luttes sociales

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