Pour se faire entendre, l’Équipe se met en grève...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Pour se faire entendre, l’Équipe se met en grève...

La direction de l’Équipe ne veut pas retoucher son plan de licenciements présenté il y a deux mois. L’inquiétude des salariés pour l’avenir de leurs titres s’est traduite vendredi par un appel des syndicats à une grève possiblement reconductible.

Après deux mois de « discussions stériles », rien ne va plus à l’Équipe. L’ensemble des syndicats de journalistes, cadres et employés ont déposé un appel à la grève de 24 heures à partir de vendredi après-midi, suite au « refus de la direction de modifier son projet et les conditions de départ du PSE (plan de « sauvegarde » de l’emploi) », dont les salariés demandent le retrait.

Dans les heures qui avaient précédé, 115 reporters de l’Équipe, son magazine et France Football avaient fait part, dans une lettre à leur direction, de leurs inquiétudes pour le maintien d’une information de qualité après une forte suppression de postes.

En tout ces dernières semaines, ce sont plus de 180 salariés de plusieurs secteurs du groupe (éditeurs, iconographes, cellule visuelle…) qui ont dans des courriers séparés fait savoir leur opposition au projet.

Les plus anciens visés

« On est face à un mur », commente Denis Pérez, représentant du SNJ-CGT. Il revient sur deux mois de « politique du bulldozer » : Jean-Louis Pelé, le directeur général, voulait aller tellement vite, et « arrêter la consultation au 31 décembre, avant les trois mois ! », que la Dirrecte (direction du travail) l’a rappelé à l’ordre. La direction est-elle si pressée d’en finir ?

Il semble que sont visés les salariés les plus anciens - et les plus « coûteux » -, dans une note interne sur la « philosophie » du PSE vantant le « principe intergénérationnel de solidarité », que le directeur général a envoyé sans informer les représentants des salariés.

Des sports disparus des pages

La rédaction, épuisée par des conditions de travail déjà difficiles, s’inquiète autant du sort de ceux qui vont rester que de ceux qui vont partir. « On voudrait que la base de départ soit celle calculée en 2018, explique Denis Pérez. Mais la direction dit qu’elle refuse de voir les gens partir avec des valises ! » s’étrangle-t-il.

Alors que « le groupe Amaury a continué à gagner de l’argent en pleine pandémie » en organisant notamment Tour de France et Paris-Dakar, il préfèrerait garder « beaucoup plus sûrement les dividendes des actionnaires que l’emploi des journalistes », estiment les signataires de la lettre des reporters. Ces derniers pointent également les difficultés, « peu avant des échéances olympiques (2021 et 2024) » à assurer « le suivi régulier de disciplines entières, prétendus « petits sports » individuels ou collectifs, qui ont pourtant fait l’histoire et la richesse de notre journal ».

« La voilure a déjà baissé, rappelle Denis Pérez, des sports ont disparu de nos pages, du site, même des clubs de football ou de rugby sont sous-traités. »

Virage vers la vidéo

La semaine dernière, une première réunion de « négociations » a eu lieu, et une autre est prévue mardi.

Sans trop d’illusions, selon les syndicats. Car le groupe a accéléré un changement de cap, privilégiant le numérique, comme le montrent les prévisions d’embauche de jeunes journalistes (« à bas coût » selon le SNJ-CGT) pour le site internet prévues par le plan et la nomination le 4 janvier de Laurent Prudhomme, l’ancien patron d’Eurosport France, chargé de « développer l’offre vidéo, à la télévision comme sur le web ».

Un virage qui inquiète les salariés du papier…

En attendant l’échéance de mardi, une étape avant la fin de la période de consultation, le 29 janvier, les syndicats n’excluent pas une reconduction de la grève « chaque jour, à 16 heures ».

Grégory Marin

Article publié dans l'Humanité

 

Publié dans Luttes sociales, Social

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article