Vaccination française : la débâcle de l’État

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Vaccination française : la débâcle de l’État

Apollon lui avait offert le don de prédire l’avenir. Mais, pour punir Cassandre de l’avoir abandonné, il décida que personne ne la croirait. Et lorsqu’elle comprit que le cheval de Troie annonçait la chute de sa ville, elle ne put empêcher les Troyens de l’y faire rentrer.

Depuis les années 1990, combien d’avertissements ont-ils été lancés, et notamment dans nos colonnes, contre la privatisation rampante de l’action publique et les ravages inexorables qu’elle engendrerait ? « Circulez, y a rien à voir », nous répondaient doctement les promoteurs zélés de la RGPP et autres « réformes » de la fonction publique, exhortant la gauche qui s’y opposait d’ « arrêter de jouer les Cassandre ». Oubliant au passage… que celle-ci avait toujours raison !

Le fiasco de la vaccination française n’est que l’aboutissement logique de l’impuissance organisée de l’État.
 
Nulle fatalité. Juste des choix politiques, dont on a tendance à oublier qu’ils ont des conséquences concrètes sur les vies humaines. En pleine course contre la montre pour enrayer la pandémie, on apprend donc que l’un des postes stratégiques pour la distribution du vaccin en France est vacant. La cheffe de la « direction alerte et crise » de l’agence nationale Santé publique France, chargée de distribuer les millions de doses de vaccin, n’a pas été remplacée depuis le 31 décembre.
 
Mais, rassurez-vous, un cabinet de recrutement est sur le coup… Au même moment, la presse révèle aussi qu’un autre cabinet privé, McKinsey, a été sollicité par l’État, pour la modique somme de 20 millions d’euros depuis le début de la pandémie, afin de contribuer, cette fois, à mettre en œuvre une stratégie vaccinale.

Loin de simples anecdotes, ces faits disent tout de cette sous-traitance dispendieuse des missions de l’État, qui affaiblit toujours plus la puissance publique.

D’autant que les membres de ces cabinets sont souvent d’ex-hauts fonctionnaires passés dans le privé pour doubler leurs salaires.

« Déléguer notre capacité à soigner à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle », affirmait gravement le président de la République le 12 mars 2020.

« En même temps », il sollicite une multinationale du conseil pour organiser la vaccination. L’imposture macroniste dévoilée au grand jour.

Maud Vergnol. Editorial de l'Humanité