Chômage, une fausse bonne nouvelle ...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Chômage, une fausse bonne nouvelle ...

 

Selon l’Insee, à la fin 2020, la situation de l’emploi est revenue au niveau d’avant-crise. Un chiffre trompeur, qui dissimule la grande fragilité du marché du travail.

Le chômage baisse, mais point de raison de se réjouir. Selon les chiffres de l’Insee publiés mardi 16 février, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) a atteint 8 % au quatrième trimestre de l’année 2020, soit une baisse de 1,1 point par rapport au trimestre précédent.

Si cette accalmie statistique pourrait donner l’espoir d’un retour à la normale, avec un niveau proche de celui d’avant l’épidémie, il n’en est rien. « Le chômage au sens du BIT, dont les critères de définition sont très insuffisants, a bien baissé. Mais la précarité, elle, a augmenté », fait valoir Denis Gravouil, chargé du dossier de l’assurance-chômage pour la CGT.

Selon l’institut de la statistique, en effet, une telle chute du taux d’inemploi ne reflète en rien le marasme du marché du travail. À la fin de l’année, un actif sur cinq « se trouve contraint dans son offre de travail », indique-t-il.

Angle mort

En premier lieu, note l’Insee, une partie des chômeurs jusque-là intégrés dans l’enquête en ont été exclus. La faute au second confinement et à son lot de restrictions qui les ont découragés dans leur recherche d’emploi.

La définition du chômage selon le BIT, très étroite, tient compte en effet uniquement des chômeurs ayant effectué une recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines.

« Avec les effets de la crise, ce découragement s’est surtout observé chez les jeunes. Quand on sort des études en septembre, c’est particulièrement difficile de trouver un emploi dans ces conditions et de se résoudre à aller pointer à Pôle emploi », note Denis Gravouil.

Un même sentiment d’abattement s’était aussi fait ressentir au cours du premier confinement. Sous l’effet de cet angle mort en matière de statistique, le chômage avait alors chuté, para­doxalement, à moins de 5 %, soit plus de trois points de moins par rapport à l’année précédente.

Derrière l'activité partielle, le sous-emploi

Mais ce n’est pas tout. Selon l’institut de la statistique, le taux de personnes sans emploi se serait également rétracté sous l’effet des mesures de soutien gouvernementales, dont le chômage partiel.

Au lieu de licencier leur personnel pendant les deux confinements, bon nombre d’employeurs ont pu bénéficier du dispositif pour maintenir l’emploi de leurs salariés.

Si ces derniers ne sont pas considérés comme chômeurs selon la définition du BIT, ils sont pourtant nombreux à souffrir d’une situation de travail dégradée.

« Sous l’effet du dispositif d’activité partielle pendant le deuxième confinement, le sous-emploi augmente à nouveau (+ 1,7 point), à 8,9 % », note ainsi l’enquête.

Denis Gravouil, abonde en ce sens : « Cette situation existait avant la crise, mais la difficulté de passer d’un temps partiel à un temps complet est très accrue. » Sans compter les travailleurs qui enchaînent les contrats précaires, exclus de la définition du chômage mais qui ne peuvent pas vivre de leur métier, ajoute-t-il. 

Prolongation pour l’activité partielle

Un mois de répit en plus. Alors que l’indemnisation de l’activité partielle devait prendre fin en février, la ministre du Travail Élisabeth Borne a annoncé, mardi, le maintien du dispositif jusqu’à la fin mars.

Actuellement, les salariés concernés perçoivent 84 % de leur salaire net, leurs employeurs étant remboursés à 100 %. Seuls les personnels des secteurs les plus touchés (tourisme, culture, restauration…) sont totalement indemnisés. En discussion, le passage de l’indemnisation des salariés à 60 % (le reste étant versé au bon vouloir des employeurs) a donc été à nouveau repoussé du fait de la situation sanitaire.

Marie Toulgoat. Article publié dans l'Humanité

Publié dans Social, Economie

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