Covid-19 : les Français lassés d'une gestion en zig zag de l'épidémie

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Covid-19 : les Français lassés d'une gestion en zig zag de l'épidémie

Alors qu’on attend, en fin de semaine prochaine, un possible élargissement à 20 nouveaux départements du confinement le week-end, les Français s’installent dans la lassitude face à une crise dont ils ne voient pas le bout.

Comme une dernière bouffée d’air avant un possible retour à l’enfermement total. Pendant que Nice et Dunkerque inauguraient leurs premiers jours de confinement territorialisé, un certain relâchement était perceptible ailleurs, ce week-end. Quais de Seine bondés à Paris, embouteillage monstre sur la route menant aux calanques de Marseille, rives de la Garonne surpeuplées à Toulouse : on a assisté un peu partout aux mêmes scènes de foule, sur fond d’annonce, samedi, d’un renforcement des contrôles par le premier ministre Jean Castex. 

La météo clémente n’est pas seule en cause. Ces sorties traduisent aussi le ras-le-bol généralisé, après près d’un an d’une crise dont personne ne voit le bout.

Selon le baromètre de la confiance, publié la semaine dernière par le Cevipof, 41 % des Français éprouvent de la lassitude et 34 % de la morosité, soit respectivement 13 et 6 points de plus qu’en avril 2020.

« La crise nous montre à quel point l’idée du Français râleur qui n’a pas envie de suivre les règles est fausse, mais quand des comportements deviennent irrationnels, c’est qu’il y a des raisons derrière à aller chercher, et la fatigue pandémique est une des raisons », expliquait récemment à France Info Abdel Boudoukha, professeur de psychologie à l’université de Nantes.

Indicateurs alarmants

L’accumulation de mauvais chiffres sur le front épidémique entretient cette lassitude. Une vingtaine de départements affichent un taux d’incidence supérieur à 250 contaminations pour 100 000 habitants. Dans la Seine-Saint-Denis, le Var, la Moselle, le Nord, Paris ou encore le Val-de-Marne, il atteint même 300.

Le taux de positivité, à savoir le nombre de personnes positives sur l’ensemble des personnes testées, continue de progresser, à 7,2 % samedi contre 6,1 % une semaine plus tôt.

Cette accélération est due à l’inexorable diffusion des variants, beaucoup plus contagieux que la souche originelle. À lui seul, le variant britannique représente désormais 53 % des contaminations. Autre indicateur alarmant, le nombre d’hospitalisations reste à un niveau élevé : autour de 25 000, dont 3 400 en réanimation, selon les données publiées samedi par Santé publique France.

Or, les services sont déjà débordés.

« J’ai passé ma journée à essayer de trouver des lits pour des patients atteints de Covid. Plus de places dans les services, plus de places en réa, toutes les structures qu’on appelle sont saturées… » a ainsi tweeté, le 26 février, Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat.

Les soignants s’inquiètent, alors que le gouvernement a décidé d’ignorer la dernière note du Conseil scientifique, publiée fin janvier mais rendue publique seulement la semaine dernière. Elle prône un « confinement national strict » pour éviter une « augmentation rapide et importante » de la maladie, et met en garde contre la probabilité que « le nombre d’hospitalisations dépasse rapidement celui observé durant la première vague de la pandémie ».

Une éternelle pénurie de vaccins

« Tout faire pour éviter » un nouveau confinement national : tel est au contraire le credo de l’exécutif, rappelé samedi sur Twitter par le premier ministre.

Le gouvernement a choisi de privilégier les impératifs économiques, sauf « si la situation s’aggrave vraiment », explique dans le Journal du dimanche Jérôme Salomon, directeur général de la santé.

Pour ne pas en arriver là, l’exécutif entend tout miser sur sa stratégie de vaccination, ciblée sur les plus vulnérables, qu’il compte accélérer avec l’arrivée de nouveaux vaccins et de nouveaux traitements. Son objectif : faire baisser la mortalité.

Le pouvoir, qui espère une sortie du tunnel au « printemps », veut « gagner du temps ». Il accompagne sa campagne vaccinale d’un couvre-feu à 18 heures dans toute la France métropolitaine, potentiellement assorti de confinements territorialisés comme à Nice et à Dunkerque. L’exécutif a entamé, samedi, la consultation avec les élus locaux en vue de l’éventuelle imposition, le 6 mars, de nouvelles mesures restrictives dans les 20 départements à risques.

Mais ce pari gouvernemental est loin de convaincre tout le monde. À commencer par l’Institut Pasteur. Dans une étude publiée mercredi, ce dernier affirme que la vaccination ne suffira pas à éviter une hausse des hospitalisations telle que la France en a connu lors de la première vague. Il faudra de nouvelles restrictions :

« On a des approches qui marchent bien contre le virus historique, mais qui risquent d’être insuffisantes contre le variant britannique », commente Simon Cauchemez, responsable des modélisations mathématiques des maladies infectieuses à l’Institut.

Autre difficulté, la stratégie du gouvernement se heurte pour le moment à la pénurie de vaccins dans toute l’Union européenne.

Annonces et contre-annonces

Nombre d’exécutifs locaux demandent depuis plusieurs semaines de nouvelles mesures… mais pas forcément les mêmes. Exemple en Île-de-France. Après la conférence de presse du premier ministre, jeudi, Emmanuel Grégoire, premier adjoint PS à la mairie de Paris, s’empresse de demander un confinement strict de trois semaines pour se mettre dans « la perspective de tout rouvrir ». Avant de rétropédaler le lendemain. Le président socialiste de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, veut, lui, au contraire éviter à tout prix un troisième confinement : « Je ne veux pas qu’on fonce tête baissée vers une solution radicale, dont je connais les dégâts économiques et sociaux, sans avoir tout tenté. »

Tous ces couacs ne font que renforcer la défiance et la lassitude des Français.

Contre cette « fatigue pandémique », l’OMS recommande pourtant l’exact inverse : transparence, concertation, clarté.

Article publié dans l'Humanité