Intervention d'Evelyne Ternant au CN du 13 mars qui débattait de la candidature communiste à la présidentielle

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention d'Evelyne Ternant au CN du 13 mars qui débattait de la candidature communiste à la présidentielle

Le capitalisme est en train de franchir une étape dans l'histoire de ses crises : il tue en direct et massivement dans le monde, y compris dans les pays développés: des millions de morts seront dus à la propriété intellectuelle des brevets sur le vaccin anti-Covid et la logique de concurrence entre les grandes firmes pharmaceutiques. La faim est de retour dans notre pays, la précarisation des vies devient massive, alors même que les anesthésiants des plans d'urgence ont jusqu'à présent quelque peu contenu la vague de destruction d'emplois qui va provoquer une dévastation dans le pays.

Un tel contexte dramatique ne permet plus de différer sur le plan politique l'affrontement de classe avec le capital.

C'est donc bien le projet de société qui devra être au cœur du débat de la campagne présidentielle, pas seulement décliné en terme d'idéaux de justice sociale et de transformation écologique, portés par l'ensemble des candidats de gauche et écologistes. Il faut aujourd'hui désigner clairement les cibles du système à atteindre, et les chemins de lutte pour y parvenir.

C'est la raison de fond pour laquelle la candidature communiste, à ce point de mûrissement de la crise du capitalisme, relève de la nécessité absolue.

Oui, à cette étape de pourrissement de la situation politique française, le risque de l'élection de Le Pen existe, sur fond d'aggravation de la crise, et parce que la gauche au pouvoir a été incapable de contrer les politiques néolibérales de soutien au capital et de répondre aux besoins des classes populaires. Est-ce en succombant à la peur que l'on conjure les risques qui la provoquent ?

La montée de l'extrême-droite et des pouvoirs autoritaires est un phénomène mondial, particulièrement visible en Europe, il est du précisément au déploiement des politiques de régression que les solutions social-démocrates ne peuvent plus endiguer, pas plus que les fronts républicains.

Il faut faire reculer sur le fond leurs idées, cette gangrène du débat identitaire qui évacue le débat social. Là encore, la bataille des idées est incontournable, et notre candidature nécessaire pour tracer le chemin des émancipations humaines et porter les axes transformateurs de développement des services publics, des biens communs, le dépassement du salariat, avec la SEF, et leur cohérence avec les conquêtes démocratiques à tous les niveaux pour décider collectivement de nos modes de production, de consommation et des moyens de financement.

Le texte cependant bute cependant à mon avis sur la question de l'articulation entre élections présidentielles et législatives dans la partie 5, question importante car elle conditionne le sens et la force de la candidature à la présidentielle, Il est proposé d'adosser à la candidature une «offre politique» selon l'expression du texte, sous la forme d'un atterrissage sur «un contrat de législature», qui serait préparé et construit avec les forces de gauche, pendant la campagne présidentielle. Autrement dit, dans le même temps où notre candidat mène la bataille des idées sur les issues aux crises multiples , parce qu'il n'y a pas de socle partagé à gauche sur les réponses à apporter, et que les lignes doivent bouger pour refonder une gauche à la hauteur, nous enverrions contradictoirement le message que les convergences sont déjà suffisantes pour construire un contrat de législature, c'est à dire une entente sur les contenus et des alliances électorales .

Une telle démarche revient à rabattre la présidentielle sur un objectif institutionnel, à en faire in fine le sous produit de l'élection législative. Mesurons les conséquences de cette mise sous tutelle. (1)

Sur les contenus. Dans le même temps où l'on pointe dans la présidentielle ce qui nous différencie, on rentre déjà dans le compromis de sommet, car un contrat de législature, quelques soient les précautions de langage, est d'abord une négociation de sommet. Avant d'avoir déployé jusqu'au bout les potentialités de notre campagne pour que nos propositions bousculent, interrogent, s'installent dans le débat public, pénètrent en profondeur les consciences, entrent en résonance avec les attentes du mouvement social, on se met en «mode union-compatible», on arrondit les arrêtes de ce qui fait débat à gauche pour rendre le contrat de législature crédible.

Cela ne peut que conduire à édulcorer nos propositions, et donner l'illusion du changement à portée de main, avec une gauche en l'état.2-

Le risque d'une candidature rétractable. Nous risquons également de voir notre candidature perdre de la légitimité, car, si nous pouvons déjà nous entendre pour la législative, est-il bien nécessaire de mener à son terme notre candidature? J.L. Mélenchon, qui nous a déjà écrit sur le sujet, va se précipiter et répondre à «l'offre politique». Dès lors, de très fortes pressions externes et internes vont s'exercer pour que notre candidat s'efface derrière celui que les sondages auront mis en meilleure situation pour aboutir à ce «contrat législature» devenu l'horizon de notre campagne présidentielle.

Quelles que soient les références formelles à l'irruption du mouvement populaire, cette idée de construire un «contrat de législature» dans le temps de la présidentielle fait prédominer une vision parlementariste du changement, sous-estime l'impérieuse nécessité du débat d'idées, des mobilisations populaires, et de la confrontation à gauche pour qu'elle se refonde sur de nouvelles bases.

Elle installe, qu'on le veuille ou non, notre candidat sur un siège éjectable. Elle est la première pièce d'un engrenage pouvant conduire à une candidature rétractable ou amovible, dont le deuxième rouage est la clause de revoyure d'une nouvelle conférence nationale proposée en amendement du texte.

C'est la raison laquelle avec Frédéric Boccara, nous présentons un amendement1 qui supprime la proposition d'initier un «contrat de législature» pendant la campagne des présidentielles.

Notre amendement énonce qu' à l'issue de l'élection, dans une dynamique populaire devant et avec les citoyen.ne.s, nous impulsions la construction d'un pacte d'engagements communs, dont des engagements législatifs, entre les forces de gauche et écologiques pour renforcer le groupe communiste et le nombre des députés de gauche, si possible jusqu'à la victoire.

Ne rentrons pas dans cette campagne des Présidentielles à reculons, de façon hésitante, ne renouvelons pas l'erreur de 2017 d'être restés sur le bord de l'arène, en implorant l'unité et en finissant par un ralliement, ayons confiance en la pertinence et la puissance de nos propositions pour mettre au centre du débat les questions attendues par les citoyen.ne.s, y compris par celles et ceux qui n'attendent plus rien des urnes.

(1) André Chassaigne ayant présenté un amendement allant dans le même sens, nous avons retiré le nôtre et cosigné le sien

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