Intervention de Denis Durand au CN du 13 mars dans le débat sur la candidature communiste à la présidentielle

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Denis Durand au CN du 13 mars dans le débat sur la candidature communiste à la présidentielle

Un point clé de nos débats porte sur l’articulation entre élection présidentielle et élections législatives.

J’insiste : j’ai la conviction que pour notre Parti posséder un groupe parlementaire est très important. Au niveau national, c’est un moyen de survie institutionnelle. Dans un département, ce sont des moyens d’action considérables.

Mais ce n’est pas essentiellement cela qui fait l’importance des élections législatives. Nous ne voulons pas une stratégie de survie, un parti comme aujourd’hui le Parti radical, qui aurait des groupes parlementaires mais qui n’aurait plus d’électeurs, plus d’idées, plus d’influence sur les événements.

Il y a donc à mes yeux des raisons beaucoup plus importantes, pour un parti communiste, de se battre pour faire élire des députés. Nous avons besoin de parlementaires parce que nous ne sommes pas des utopistes, nous voulons vraiment prendre le pouvoir pour transformer la société, jusqu’à abolir le capitalisme pour pouvoir le dépasser. Mais nous ne sommes pas non plus des gérants loyaux du capitalisme : nous voulons faire de notre présence dans les institutions, dans les villes, dans les régions, au Parlement et, le cas échéant, au gouvernement, une arme dans la conquête démocratique du pouvoir par le mouvement populaire.

Dans cette perspective, les élus que nous voulons avoir en nombre le plus grand possible ont besoin de pouvoir s’appuyer dans leur action sur un Parti fort de notre vision du monde, de notre projet de société, de nos propositions, de notre contribution aux luttes.

Sinon, des élus envoyés au front sans une base politique très solide, cela peut poser plus de problème que ça n’en résout. On l’a vu avec la division du groupe à l’Assemblée dans le vote sur la loi séparatisme, qui n’est que la dernière en date de plusieurs difficultés qui ont marqué la législature.

Or, ce qui était difficile depuis notre effacement de 2017 risque d’être encore plus difficile dans les années qui viennent.

Il y a la double crise économique et sanitaire qui n’en est qu’à ses débuts. Il y a la crise sociale qui est provisoirement sous anesthésie tant que les fonds publics empruntés à la BCE financent le chômage partiel, que les plans de suppressions d’emplois des grands groupes n’ont pas encore produit leurs effets et que les marchés sont maintenus sous perfusion par les banques centrales. Il y a la crise politique qui nous fait entrer dans des eaux inconnues avec la menace concrète d’une victoire de Le Pen.

Les dangers sont immenses, mais céder à la peur en fuyant la bataille présidentielle ne nous aidera pas à y faire face.

Avoir à voter à nouveau Macron comme seul moyen d’empêcher l’élection de la candidate de l’extrême-droite nous fait horreur. Mais, dans l’état où notre effacement a contribué à placer la gauche, Mélenchon, Taubira, ou Hidalgo, seraient-ils des candidats plus efficaces face à Le Pen pour des électeurs écœurés par le mépris dans lequel toute une gauche non communiste les a tenus depuis des années ?

Les 19 % de JLM en 2017 n’ont pas fait reculer la chape de plomb que fait peser sur toute perspective politique le tandem Macron-Le Pen.

En réalité, tout dépendrait de la situation politique créée par la campagne présidentielle. De la capacité de la gauche à réveiller les abstentionnistes, des perspectives qui pourraient être ouvertes au mouvement populaire. De notre capacité imposer le débat social, emploi, argent à la place des débats sur la sécurité, le nationalisme, etc.

Donc il faut une candidature communiste pour un contenu exprimant concrètement comment la réponse à la colère et aux exigences de nos concitoyens passe par une mise en cause, partout où c’est possible dès aujourd’hui, des logiques capitalistes et libérales, de la domination du capital.

Et c’est cette bataille qui créera, ensuite, les conditions d’une élection de députés communistes et d’une reconstruction idéologique et politique de la gauche qui la rende à nouveau légitime pour gouverner.

Je veux pouvoir voter une résolution qui se prononce vraiment pour une candidature communiste, pas une éventuelle monnaie d’échange pour des circonscriptions.

C’est pourquoi je souhaite que soit levée l’ambiguïté de la notion de contrat de législature qui figure dans l’état actuel du texte.

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