BTP. Pour les salariés d’Acorus Chassieu - Rhône, des souffrances à la pelle

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

BTP. Pour les salariés d’Acorus Chassieu - Rhône, des souffrances à la pelle

Des ouvriers du bâtiment d’une agence en banlieue lyonnaise se sont mobilisés pendant une semaine. Ils exigent une meilleure rémunération et dénoncent des chantiers dangereux ainsi que des faits de harcèlement.

Quand on parcourt le site Internet d’Acorus, l’entreprise vante son modèle : un réseau de « mini-entreprises », ­inspiré de la « culture PME ». Son président, Philippe ­Benquet, met en avant la création d’emploi, « plutôt que de privilégier la sous-traitance comme il est d’usage dans le bâtiment ».

Mais derrière une façade moderne se cache un environnement de travail toxique et dangereux pour les salariés. Ce que dénonce une majorité des ouvriers de l’agence de Chassieu (Rhône), qui se sont mis en grève du 6 au 12 avril.

« Je vois que les accidents du travail se reproduisent, que l’état de santé de mes camarades empire », se désespère Tayeb Latreche, syndicaliste CGT et secrétaire du comité social et économique d’Acorus Chassieu, avant d’ajouter qu’il a « tout tenté » avant de cesser le travail.

Les salariés ont rencontré dès le premier jour de la mobilisation la direction du site de cette agence pour lui présenter leurs revendications. Dans un tract diffusé, les ouvriers exigent :

  • Une augmentation de 8 % des salaires
  • La tenue d’une négociation annuelle.
  • La révision à la hausse des indemnités de déplacement, que les salariés estiment trop faibles.

« Pressions individuelles, menaces, chantage »

La sécurité sur les chantiers fait partie des raisons de la colère. « On a exigé un diagnostic plomb et amiante avant chaque chantier », insiste Pierre Mathieu, délégué de la branche construction de la CGT du Rhône. « Ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas de pouvoir et qu’ils allaient faire remonter à la direction du groupe », ajoute le syndicaliste.

Depuis cette rencontre, la direction n’a pas donné suite aux demandes des grévistes. Après cinq jours de grève, les employés annoncent par un communiqué la suspension du mouvement « face au mutisme, aux pressions individuelles, aux menaces et au chantage ». Tout en précisant que le combat continue devant la justice.

Plusieurs plombiers d’Acorus avaient déjà quitté l’entreprise en début d’année à la suite de pressions de la part de leur manager. La fin de ce harcèlement fait aussi partie de leurs revendications. « Ils me demandaient d’aller à beaucoup d’endroits, ils ne me laissaient plus de répit jusqu’à ce que je craque. J’ai été arrêté pour dépression l’année dernière », raconte Cyril, plombier pendant quatre ans avant de quitter l’entreprise via une rupture conventionnelle. « J’étais resté chez moi pour garder mes enfants pendant le confinement, et ils n’ont pas apprécié », se remémore-t-il.

Un ancien collègue de Cyril évoque lui aussi des pressions et des menaces de la part du même encadrant. Il ajoute, amer : « Les effectifs ont largement été réduits depuis 2017. On avait fait un mug avec toutes les têtes de l’équipe, mais aujourd’hui il n’y a plus personne. »

Les ouvriers d’Acorus rénovent parfois des bâtiments isolés avec de l’amiante. Ce matériel, interdit pour la construction depuis 1997, provoque de graves maladies respiratoires sur le long terme. « C’est un sujet ingérable », s’énerve Tayeb Latreche. Il ajoute : « Il n’y a pas toujours de diagnostic sur la présence de ce matériau. On nous dit parfois qu’on a diagnostiqué ou qu’il n’y en a pas, sans nous fournir de preuve. » Le repérage de l’amiante avant tout début de travaux est pourtant obligatoire.

Cyril, l’ancien plombier d’Acorus, a parfois découvert sur place qu’il travaillait sur un chantier en présence du matériau. « J’étais en train de casser une baignoire, et j’ai appris en travaillant qu’elle était entourée d’amiante. Ce n’était pas inscrit sur la présentation des travaux, donc je n’avais pas de protection », raconte-t-il.

Tayeb Latreche a alerté fin mars 2021 l’inspection du travail du Rhône à propos des conditions de travail sur les chantiers d’Acorus. Dans le document que nous avons pu consulter, le secrétaire du CSE évoque des « cadences et charge de travail difficilement tenables », des « risques psychosociaux », et fait état de « concurrence déloyale et de travail dissimulé ».

L’inspection du travail a demandé à la direction du site d’Acorus Chassieu d’enquêter conjointement avec le CSE sur ces sujets. Sans succès pour l’instant.

Contactée par l’Humanité, la direction d’Acorus Chassieu n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

Article publié par l'Humanité

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