Cuba. Avant de laisser les rênes du parti, Raul Castro protège l’avenir

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Cuba. Avant de laisser les rênes du parti, Raul Castro protège l’avenir

Le 8e congrès du Parti communiste cubain s’est achevé lundi. Dans un contexte de crise, la Grande Île confirme que les réformes doivent déboucher sur un marché régulé qui réponde d’abord aux besoins de la population.

Pour Raul Castro, les idées ont toujours primé sur les hommes. Et c’est ainsi qu’il a tiré sa révérence, à 89 ans, lors du 8e congrès du Parti communiste de Cuba (PCC), qui s’est achevé lundi, pour définitivement laisser place à la génération suivante.

Après avoir transmis les rênes de la présidence à Miguel Diaz-Canel, 60 ans, en 2018, il lui cède également le poste de premier secrétaire du PCC.

Avec lui, la génération qui tirait sa légitimité de la révolution laisse le soin aux héritiers de garantir les conquis sociaux, poursuivre les réformes économiques et préserver l’unité nationale dans un environnement complexe marqué par une augmentation des cas de Covid-19 après une bonne maîtrise de l’épidémie.

Une crise économique sans précédent depuis trente ans

En prélude de son rapport, Raul Castro n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que l’invasion de la baie des Cochons par les États-Unis, dont on commémore actuellement les 60 ans, relevait d’une initiative démocrate, selon un programme d’action élaboré sous administration républicaine.

Manière de dire que Cuba reste sur ses gardes malgré l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, le mandat de Donald Trump ayant été marqué par un retour à la politique de la confrontation (application du titre III de la loi Helms-Burton qui permet à la justice américaine de poursuivre toute entreprise étrangère ayant des intérêts à Cuba, sanctions sur la livraison de ressources énergétiques, restrictions contre le secteur touristique, etc.).

Au renforcement de l’embargo s’est ajoutée une crise économique, sans précédent depuis trente ans, lors de laquelle le PIB s’est effondré de 11 % en 2020.

En dépit de ces difficultés et des injonctions à une libéralisation plus importante de l’économie, le congrès a souligné le dynamisme du PCC avec une moyenne de 39 400 nouveaux membres par an, dont un tiers est issu des rangs de l’Union des jeunes communistes.

Raul Castro a souligné la nécessité de dépasser la bureaucratie et la corruption afin de mieux combiner planification de l’économie, décentralisation et initiative privée.

Deux ans après la proclamation de la nouvelle Constitution, adoptée par référendum, qui réaffirmait le caractère socialiste de l’État tout en reconnaissant la propriété privée, les coopératives, les compagnies mixtes et privées aux côtés des entreprises d’État, Raul Castro a souligné la nécessité de dépasser les pesanteurs persistantes telles que la bureaucratie et la corruption afin de mieux combiner planification de l’économie, décentralisation et initiative privée. Dans cet esprit, les « cuentapropistas » – travailleurs à leur compte – peuvent désormais exercer 2 000 activités, contre 127 auparavant.

« Cette décision, accueillie avec enthousiasme par l’opinion publique nationale et étrangère, a été, comme il fallait s’y attendre, remise en cause quelques jours plus tard et qualifiée d’insuffisante par ceux qui rêvent d’une restauration capitaliste dans le pays et de la privatisation massive de la propriété du peuple sur les principaux moyens de production », a expliqué l’ancien président dans son rapport, avant de préciser que le monopole étatique sur le commerce extérieur et les importations constituait un garde-fou. Ajoutant : « Il ne faut jamais oublier que la propriété de tout le peuple sur les moyens fondamentaux de production constitue la base du pouvoir réel des travailleurs. » En clair, c’est à un marché régulé qui réponde aux besoins de la population qu’ont appelé les congressistes.

Le peso a connu une dévaluation de 2 400 %

Malgré la fin annoncée du système unique au monde de double monnaie le 1er janvier, le manque de liquidités a contraint Cuba à réintroduire partiellement les ventes en peso convertible dans une partie du commerce de détail et de gros, y compris pour les denrées alimentaires, afin d’éviter les importations illégales et la spéculation. Le peso a en effet connu une dévaluation de 2 400 % et l’inflation pourrait atteindre les 500 % cette année.

Un choc difficilement amorti par la hausse générale des salaires, l’augmentation de 525 % du salaire minimum et de 450 % des retraites.

« Les ventes en monnaie librement convertible sont nécessaires et elles dureront aussi longtemps qu’il nous faudra pour redresser et renforcer l’économie et assurer ainsi la convertibilité réelle de la monnaie nationale », a prévenu un Raul Castro qui, en lieu et place du « triomphalisme », appelle à l’analyse concrète de la situation et à la « créativité (afin de) s’adapter efficacement ».

Lina Sankari. Article publié dans l'Humanité

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