Energie. Projet Hercule. Sous couvert de renationalisation, une privatisation géante d'EDF 

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Energie. Projet Hercule. Sous couvert de renationalisation, une privatisation géante d'EDF 

Le projet Hercule est toujours autant décrié par les organisations syndicales. Philippe Page Le Mérour, secrétaire CGT du CSE central d'EDF, décrypte les dernières avancées.

Ni « scission » ni « privatisation ». Chargés de faire le service après-vente du projet Hercule, ministres et PDG d’EDF tentent de déminer le terrain. Un document gouvernemental récemment envoyé aux syndicats redonne l’architecture du projet : l’entreprise serait divisée en trois entités, l’une, « à 100 % publique » (EDF SA), coifferait le nucléaire ; une autre, détenue par EDF, intégrerait l’ensemble des activités hydroélectriques (les barrages) ; et une autre, « contrôlée très majoritairement par EDF SA », regrouperait le renouvelable et le réseau de distribution (Enedis).

Vous venez de recevoir un document émanant du gouvernement résumant le projet Hercule, qui vous dit, en substance, de ne pas vous inquiéter. Vous voilà rassuré ?

Philippe Page Le Mérour, secrétaire CGT du CSE central d’EDF

Philippe Page Le Mérour : Évidemment, non. Le projet Hercule est tellement mauvais que cela fait deux ans qu’ils sont obligés de l’habiller ! Pour la première fois, nous recevons un document officiel, ce qui est en soi une première victoire. Ce document a été rédigé par les ministères de l’Économie et de la Transition écologique, à la suite d’une réunion qui s’est tenue le 6 avril à laquelle participaient syndicats, ministres et PDG d’EDF. Il confirme toutes nos craintes. Officiellement, il s’agit d’une opération visant à renationaliser un certain nombre d’activités, pour protéger le nucléaire et l’hydraulique. Mais, sous couvert de renationalisation, nous risquons d’assister à une privatisation géante.

Le gouvernement soutient le contraire…

Philippe Page Le Mérour Le gouvernement joue sur les mots. Le nucléaire reste à 100 % dans le giron public, mais son marché de production sera, lui, totalement ouvert à la concurrence. Aujourd’hui, la loi laisse la possibilité aux concurrents d’EDF de lui racheter un quart de l’électricité nucléaire qu’il produit. Demain, c’est la totalité de cette électricité qui sera disponible sur le marché.

En somme, alors qu’EDF fête ses 75 ans, c’est à une sorte de retour au montage d’avant-guerre qu’on assiste. Premier phénomène, la mise en concurrence des moyens de production, par la création de trois sociétés distinctes : l’une, dotée des moyens de production nucléaire ; l’autre, comprenant l’hydraulique, et une troisième, le renouvelable intermittent (solaire, éolien). Cette mise en concurrence est une absurdité, alors même que le bon sens pousse à la complémentarité.

Deuxième phénomène, la privatisation de tout ce qui est réseaux et commercialisation (dont Enedis, les activités d’outre-mer, etc.). Le PDG explique qu’il n’est pas question de privatisation, car le capital de cette filiale ne sera pas ouvert à plus de 50 %. En réalité, c’est un processus de privatisation qui ne dit pas son nom : ils vont nous refaire le même coup qu’avec GDF, devenu Engie et dans lequel l’État n’a plus qu’une position minoritaire (24 % – NDLR).

Le gouvernement assure que Hercule va permettre à EDF de monter en puissance sur les énergies renouvelables. L’argument est-il valable selon vous ?

Philippe Page Le Mérour : Le projet Hercule n’a pas pour but de protéger la planète en luttant contre le réchauffement climatique. En revanche, les dirigeants d’EDF veulent s’inscrire dans ce que j’appelle le championnat du monde des EnR (énergies renouvelables), c’est-à-dire qu’ils veulent courir la planète pour répondre aux appels d’offres sur l’éolien et le solaire. Pour participer à cette course infernale et faire jeu égal avec les concurrents américains ou chinois, ils vont débourser 6 milliards d’euros par an. Le seul but de cette logique est d’engranger des profits supplémentaires, pas de préparer la transition énergétique.

Interview de Cyprien Boganda publié dans l'Humanité

Publié dans Luttes sociales, Industries

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