Industrie. Un début de victoire pour le papier recyclé de la Chapelle-Darblay

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Industrie. Un début de victoire pour le papier recyclé de la Chapelle-Darblay

Mobilisés devant Bercy, le collectif Plus jamais ça ! et des salariés de Chapelle-Darblay ont obtenu un engagement ferme pour le maintien des activités de la papeterie.

Depuis leurs bureaux, les fonctionnaires de Bercy ont dû apercevoir les volutes roses des fumigènes craqués en contrebas. Sur un quai, au pied du ministère de l’Économie et des Finances, une grosse centaine de manifestants s’y sont rassemblés, ce mercredi 28 avril, au petit matin. Deux banderoles plantent le décor : « Pour qu’industrie rime avec écologie », « Sauvons Chapelle-Darblay ».

Cette papeterie, située en banlieue de Rouen, en Seine-Maritime, est mise en vente depuis 2019 par le groupe finlandais UPM. Alors que 16 millions d’euros de bénéfices ont été dégagés cette année-là. Au-delà du non-sens économique, la crainte est vive de voir disparaître un morceau de la souveraineté industrielle française. Chapelle-Darblay est la seule usine encore capable de fabriquer du papier journal 100 % recyclé sur le territoire.

La fermeture du site concernerait quelque 1 000 emplois au total

Accompagné par des représentants des salariés, le collectif Plus jamais ça !, réunissant syndicats (CGT, Solidaires, FSU, Confédération paysanne) et associations (Greenpeace, Attac, les Amis de la Terre, Oxfam), voit en elle un « symbole d’économie circulaire, sociale et solidaire ». Surtout, il demande au gouvernement d’agir avant la fermeture définitive du site, prévue le 15 juin.

« On a une usine qui conjugue industrie et écologie avec des salariés compétents et on a un propriétaire qui refuse de vendre, alors qu’il y a des repreneurs », constate Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. La porte-parole d’Attac, Aurélie Trouvé, s’agace : « Il y en a marre des belles paroles sur la transition écologique et sociale. Si ce gouvernement veut être crédible, qu’il commence par sauver cette usine de Chapelle-Darblay. » Plus de 200 salariés ont été licenciés l’été dernier, mais l’outil de production est prêt à redémarrer. Quelques personnes assurent encore la maintenance, jusqu’à la date fatidique du 15 juin où les machines pourraient être envoyées sur un nouveau site, en Amérique du Sud. Au total, la fermeture définitive du lieu concernerait quelque 1 000 emplois directs et indirects du bassin rouennais. Des mannequins sont jetés à l’eau pour symboliser cette catastrophe humaine.

Le projet du repreneur sera bientôt connu

« Nous attendons un engagement écrit : que le gouvernement garantisse le redémarrage de l’intégralité des activités de l’usine. Parmi les cinq repreneurs possibles, aucun ne propose à la fois le maintien de toutes les activités et le financement qui va avec », poursuit Aurélie Trouvé.

En déplacement à Bruxelles, Bruno Le Maire n’a pas pu rencontrer les manifestants. Mais un rendez-vous s’est tenu dans l’après-midi entre Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, des représentants des salariés de Chapelle-Darblay et Philippe Martinez, chasuble du collectif Plus jamais ça ! sur le dos.

Et si la victoire n’est pas encore confirmée, les sept heures d’occupation n’ont pas été vaines. Saluant une « discussion constructive », Agnès Pannier-­Runacher s’est engagée à maintenir les activités de la papeterie.

Rendez-vous est fixé au comité industriel du 10 mai. Le projet du repreneur sera alors connu et devra être validé par les salariés. Les organisations promettent de rester vigilantes jusqu’au redémarrage de l’usine.

 Lucas Martin-Brodzicki Article publié dans l'Huamnité