À Arte, grève contre le plan de déclassement social !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

À Arte, grève contre le plan de déclassement social !

Une partie de la rédaction franco-allemande de la chaîne Arte était en grève mercredi 26 mai. Une mobilisation qui visait à dénoncer la grande précarité des pigistes et intermittents au sein de l’entreprise. Décryptage.

« Avec la règle des 60 jours de travail maximum par an, les pigistes et intermittents ne peuvent pas payer leur loyer. » C’est le cri d’alerte lancé par Évelyne Herber, déléguée syndicale SNJ au sein de la chaîne Arte. Un constat partagé par la Société des journalistes d’Arte et par quatre syndicats, DJV et Ver. Di pour les journalistes allemands, SNJ et UNSA pour les Français, qui appelaient à la grève, mercredi 26 mai.

Un plan d'intégration sur dix ans

Au début des années 2000, la direction de la chaîne franco-allemande a annoncé aux organisations syndicales qu’elle ne pouvait plus créer de nouveaux postes en CDI. « À part quelques exceptions liées à l’expansion de notre équipe web ou à d’autres besoins ponctuels, il n’y a pas eu de campagne de recrutement depuis », explique Évelyne Herber.

Mais la chaîne a continué à employer de nombreux journalistes pigistes et des intermittents, qui s’occupent de la réalisation ou de la technique. « L’entreprise a fini par embaucher près de 200 pigistes et intermittents qui étaient là, parfois, depuis plus de vingt ans, » détaille la syndicaliste.

Las de cette situation, plusieurs d’entre eux, à la fin des années 2010, ont demandé la requalification de leurs contrats de travail devant le conseil de prud’hommes et obtenu gain de cause. « Alors, la direction a réussi à convaincre ses actionnaires de mettre en place un plan d’intégration sur dix ans. Il a commencé en 2020. Il concerne un peu plus de 100 pigistes et intermittents, » ajoute Évelyne Herber.

Sur le papier, l’accord négocié en 2019 avec les organisations syndicales semble aller dans la bonne direction. « Évidemment, les CDI négociés ne sont pas à temps plein. L’entreprise propose aux pigistes et intermittents une intégration calquée sur la moyenne des jours travaillés durant 4 années de référence », nuance-t-elle.

Vers une sous-caste de personnels déclassés ?

Mais l’élément déclencheur de la colère des syndicats est ailleurs. « Lors des négociations, il a été dit que le plan d’intégration n’affecterait pas les conditions de travail des pigistes et intermittents qui garderaient ce statut », explique Évelyne Herber, avant d’ajouter : « Pourtant, à la fin, la direction a décidé de manière unilatérale de fixer, pour eux, une limite de 60 jours de travail par an. »

Une décision que ne comprennent pas les employés de la chaîne franco-allemande. Évelyne Herber espère, a minima, « un retour à quelque chose de plus acceptable, autour de 100 jours de travail par an ». Un seuil qui, selon elle, permettrait aux journalistes et techniciens de travailler au moins 10 jours par mois, avec une coupure de deux mois.

Dans leur communiqué, les organisations syndicales dénoncent « une règle arbitraire qui place de nombreux.ses collègues dans une situation de détresse financière et psychologique ». Ils craignent également que cette mesure ne crée, dans les années à venir « une sous-caste de personnels déclassés, des salariés exploitables à bon compte puis jetables ». « Arte est une chaîne courageuse qui porte la plume dans la plaie. Mais en interne, ses pratiques s’apparentent à ce que font les entreprises les moins respectueuses », résume Évelyne Herber.

24 journalistes en grève

Début 2021, ces organisations ont toqué à la porte de Bruno Patino, le nouveau président d’Arte. « Il a écouté et pris en compte nos revendications », se félicite la déléguée syndicale. Suite à cela, certaines situations personnelles ont été étudiées et la direction a décidé d’une certaine souplesse pour les pigistes et intermittents les plus en difficulté. « Mais ce n’est pas suffisant. Fondamentalement, ils n’ont pas l’intention de revenir sur cette règle des 60 jours », déplore-t-elle.

Sans réponse réelle à ses revendications, la rédaction s’est donc mise en grève. Au total, 24 journalistes, sur les 33 qui devaient travailler ce jour-là, se sont mobilisés, selon les organisations syndicales.

Pour seule réaction face à la mobilisation, la direction s’est fendue d’un communiqué, où elle se retranche derrière le plan d’intégration signé en 2019. « Le SNJ et la SDJ réclament la suppression pure et simple de cette règle de limitation de l’activité à 60 jours pour les pigistes non intégrables. Nous estimons qu’une telle mesure remettrait en cause l’ensemble de l’édifice du plan d’intégration. Nous rappelons qu’il est indispensable pour Arte de respecter des règles de gestion dans le contexte tendu de la redevance en France et en Allemagne », peut-on y lire. Contactée, la direction n’a pas souhaité communiquer davantage. Face à ce manque de considération, Évelyne Herber l’assure : « Nous allons continuer la mobilisation. »

En attendant, les salariés de la chaîne comptent bien s’appuyer sur le soutien de leur « fidèle public », si attaché aux valeurs et à la qualité des programmes qu’ils produisent, pour faire plier leurs actionnaires.

Yann Mougeot Article publié par l'Humanité

Publié dans Luttes sociales, Social

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