Chili : la défaite des successeurs de Pinochet et de l'école du néolibéralisme

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Chili : la défaite des successeurs de Pinochet et de l'école du néolibéralisme
Chili : la défaite des successeurs de Pinochet et de l'école du néolibéralisme
Chili : la défaite des successeurs de Pinochet et de l'école du néolibéralisme
Chili : la défaite des successeurs de Pinochet et de l'école du néolibéralisme

Il y a une semaine le peuple chilien votait pour installer une constituante chargée d'élaborer une nouvelle constitution. Lundi matin, nous étions heureux, remplis de bonheur, la droite chilienne sortait vaincue du scrutin, le parti communiste et les progressistes sont les grands vainqueurs de cette élection arrachée par la lutte à l'extrême droite, la droite et la social démocratie. Les nouveaux élus-es forts de leur légitimité démocratique peuvent se mettre au travail et écrire la nouvelle constitution chilienne.

L'actuelle date de 1980, elle émane du dictateur militaire Pinochet. Elle se fonde sur le modèle néolibéral élaborée et diffusé par l’école de Chicago dans lequel le Chili de Pinochet fut l'expérimentation grandeur nature. De la prise du pouvoir par la force militaire jusqu'à assassiner le président en place avec le soutien actif de l'administration américaine, faire régner la terreur en assassinant, emprisonnant et torturant les militants politiques intellectuels et progressistes et en éliminant prés de deux générations de communistes.

Le Chili fut la boite à outil du néolibéralisme, avec la privatisation la plus large des biens publics y compris l’éducation, la santé, les retraites, jusqu’à l'eau elle-même. Avec l'appui des militaires la junte formalisa ce néolibéralisme dans la constitution chilienne qui fit la part belle aux grandes transnationales chiliennes et étrangères qui avaient tous les pouvoirs économiques. 

La prochaine constitution, en 2022, sera écrite par les « Constituants » élus-es le 16 mai. 

Cette victoire est le fruit des luttes conséquentes menées par le peuple chilien. En octobre et novembre 2019, les grèves, dont deux grèves générales ont bloqué le pays, des millions de manifestants ont envahi toutes les grandes villes réclamant des réformes sociales et la démission du Président Piñera qui décréta l'Etat d'urgence, déploya l’armée et réprima dans le sang. La répression fait 26 morts et des milliers de blessés.

Les mouvements persistèrent et prirent de l'ampleur, les mineurs du cuivre d’Escondida se mitent en grève générale. Pinéra acculé du négocier. Un accord est conclu le 15 novembre, Piñera refuse de démissionner mais doit accepter le principe de réunir une assemblée constituante intégralement élue. Cette assemblée totalement paritaire (hommes-femmes) sera formée de 155 élus dont 17, représentant les 10 peuples autochtones et fonctionnera à la proportionnelle intégrale.

Ce scrutin tourne la page de l’ère Pinochet, président de 1973 à 1989 et de ses successeurs démocrates-chrétiens, seul comme Patricio Alywin ou issu(e)s de la coalition dite Concertation qui compte aussi des membres du Parti socialiste comme Michelle Bachelet, élue présidente à deux reprises, des membres du Parti radical social-démocrate etc.

Quant à Piñera, président actuel hommes d’affaires milliardaire, membre de Rénovation sociale, il a appelé à son gouvernement d’anciens éléments du gouvernement Pinochet.

Sous ces président(e)s, totalement dévoués au capital, les inégalités ont continué à s’aggraver considérablement, sous l’œil malveillant des USA qui ont des intérêts dans les mines de cuivre et de lithium chiliennes. L’épidémie de Covid, particulièrement massive a jeté une lumière crue sur ces inégalités : système de santé public quasi à l’abandon pour le peuple, des cliniques privées luxueuses pour les riches. C’est l’état le plus inégal d’Amérique latine, ses richesses naturelles sont pillées par les multinationales depuis des décennies.

La gauche chilienne et tout particulièrement le Parti Communiste, totalement décimée par la dictature Pinochet et les répressions suivantes, est aujourd’hui représentée par Frente Amplia (Le front large) constitué de très nombreux mouvements et partis qui souhaitent présenter une alternative au bipartisme de la Droite et des sociaux-démocrates.

Le Parti Communiste Chilien, le plus grand parti politique avec 46 000 adhérents est mené par Daniel Jadue et cherche à trouver sa place entre l'union nécessaire et une vraie ligne de remise en cause du système.

Daniel Jadue, le candidat du Parti communiste à la présidentielle en tête des sondages s'est réjoui : « les secteurs qui cherchent à transformer le pays ont triomphé ».

Et c’est bien de cela qu’il s’agit après ce scrutin. Avec une faible participation : 42,5 % de votants, c’est vraiment le petit score de la droite et son extrême qui marque ce vote : 21 % alors qu’elle partait conquérante et sûre d’elle.Surtout,

Les indépendants font une percée surprise. « La liste du peuple » et les « Indépendants non-neutres », gauche historique 31 % du total de l’Assemblée constituante. Ces indépendants sont pour la plupart directement issus du mouvement de contestation, mais leur grande diversité et l’absence d’organisation peut réduire leur impact. 

Mais le fait le plus important est que le PC du Chili sorte du placard ! Depuis la fin de la dictature, le PC du Chili n’a jamais retrouvé son audience d’avant 1973. Le PC représentait 15% du corps électoral. Depuis 1990, il ne recueillait qu’entre 3 et 5 % des voix aux différentes élections. 
 
Le système électoral chilien qui oblige à des alliances rend difficile l’observation des évolutions. Un des meilleurs indicateurs est le pourcentage de voix obtenus lors des élections des Concejales, les conseillers municipaux. Le PC y a obtenu 9,2 % des voix contre 5,5% en 2016. Il a fait élire 157 Consejales contre 80 il y a 5 ans (il y a en tout 2240 Consejales dans tout le Chili pour 346 communes). Dans la région capitale, en nombre de Concejales, il est le premier parti. Il gagne plusieurs municipalités dont la commune emblématique de Santiago du Chili.
 
A la Constituante, le groupe Apruebo Dignidad (28 élus dont 10 communistes ou apparentés) est le second groupe derrière celui de la droite unie (37 élus), et il dame le pion à la coalition centriste (DC-PPD-PS) 25 élus.
 
C’est le résultat du travail du Parti communiste chilien depuis plusieurs années pour se renouveler et c’est le reflet de l’explosion sociale d’octobre 2019.
 
Dès 2017, il faisait élire 3 jeunes députées, 3 femmes issues du mouvement des étudiants de 2011.
 
A son dernier Congrès en octobre 2020 (entièrement en visio conférence, pandémie oblige), le PC se déclarait féministe et antipatriarcal. Les deux tiers des dirigeants élus étaient issus du mouvement syndical, social, féministe… Rajeunissement : 6 des 16 membres du Comité Exécutif (le Bureau Politique) n’ont pas connu la clandestinité, ils ont adhéré au PC à partir de 1990. Les jeunes dirigeants communistes manient particulièrement bien tous les réseaux sociaux et y sont très présents.
 
Aujourd’hui son candidat à la présidentielle, Daniel Jadue, est en tête des sondages depuis près d’un an.

Le rejet de la droite entrouvre une perspective pour ce peuple si longtemps étouffé et martyrisé mais il ne suffira pas de « dépinochetiser » la Constitution comme y appelle la sociologue E. Barozet.

L’avenir du peuple chilien est encore dans la rue avec ses organisations de classe et il a tout notre soutien pour combattre le néolibéralisme et dépasser le capitalisme.

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