Financiarisation et ses conséquences, entretien de Bruno Odent avec Denis Durand

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Financiarisation et ses conséquences, entretien de Bruno Odent avec Denis Durand

Comment combattre la financiarisation et ses effets terribles sur l’emploi et l’inflation ?

Denis Durand. On assiste à une fuite en avant qui conduit les grands instituts d’émission à ne mettre aucune véritable condition dans leurs prêts à taux nuls et même négatifs aux banques et encore moins à leurs opérations directes de rachats sur les marchés financiers. Ce qui veut dire que les gestionnaires de gros patrimoines et de profits des multinationales, les spéculateurs les plus redoutables peuvent user de cet argent gratuit, voire de ces crédits à taux négatifs, à leur guise et selon leurs critères. C’est cela qui alimente une inflation financière extrêmement destructrice. Et aussi la flambée des prix de certains secteurs dans le contexte de la double crise sanitaire et économique, en relation avec l’apparition de goulots d’étranglement ou de problèmes d’offres ici ou là. D’autant que les plans de relance mis en place jusqu’ici encouragent les grands groupes dans leurs stratégies de rentabilité financière, dans la baisse du coût du travail, dans les suppressions d’effectifs pour « optimiser » leurs profits.

Est-ce à dire qu’il faudrait rompre avec les politiques de crédits à taux nuls, voire négatifs des instituts d’émission et singulièrement de la Banque Centrale Européenne ?

Denis Durand. La preuve est faite que ces refinancements à taux nuls, voire négatifs, ne sont plus considérés comme une hérésie mais il ne faut plus laisser le capital décider de leur usage. Il faut les soumettre à des critères précis d’efficacité sociale, économique (sécurisation de l’emploi et de la formation) et écologique. Les PME/ TPE françaises vont ainsi avoir le plus grand besoin de crédits bonifiés pour survivre à la sortie de la période où elles ont bénéficié de prêts garantis par l’Etat.

Comment retirer du pouvoir, voire le pouvoir, à cette finance qui hypothèque tant l’avenir ?

Denis Durand. Il nous faut passer à un nouvel âge de l’économie et de la démocratie dans les entreprises, les territoires, les États et en multilatéral sur toute la planète. À la place des achats de titres sur le marché, nous avançons, par exemple, l’idée de la création d’un fonds européen de développement économique, social, écologique et solidaire pour développer les services publics. Refinancé à taux nuls, voire bonifiés, auprès de la BCE, il financerait des projets démocratiquement décidés dans les différents pays de l’UE. Sans conséquence inflationniste puisque l’on mettrait, à chaque fois, des emplois et une création de richesses bien concrète, et non de la spéculation financière, en face de la monnaie créée.

Ce changement de cap révolutionnaire suppose de nouveaux pouvoirs des élus, des associations, des syndicats dans les régions, de nouveaux droits des salariés pour imposer une autre utilisation de l’argent des banques et des entreprises, contre l’absolutisme des marchés financiers.

Entretien réalisé par Bruno Odent et publié dans l'Humanité

 

Publié dans Economie, Finances-riches, PCF

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