Industrie. Dans le Jura, la fonderie MBF de nouveau en sursis

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Industrie. Dans le Jura, la fonderie MBF de nouveau en sursis

Le tribunal de commerce de Dijon a accordé, mardi, un délai supplémentaire à l’usine de Saint-Claude. Un partenariat public-privé pour le rachat de l’entreprise a été évoqué dans la presse.

Ils sont arrivés de Saint-Claude (Jura), mardi, en tout début d’après-midi, devant le tribunal de commerce de Dijon (Côte-d’Or). Déterminés autant que fébriles, alors que le sort de leur fonderie devait être scellé, « une bonne centaine » de salariés cette usine de pièces automobiles, en grève de puis près de soixante jours, sont venus assister à l’audience.

« C’est compliqué aujourd’hui, confie un syndicaliste de SUD, les sentiments sont mélangés, entre épuisement et colère. On veut tous y croire, on est là pour pouvoir enfin reprendre le travail sereinement. »

Des trois options que le tribunal de commerce avait entre les mains, celle de la reprise du site par l’entrepreneur lyonnais Mickaël Azoulay (le seul en lice) n’a pas été validée pour l’heure. Depuis le départ, son dossier, même s’il promet de conserver 227 des 279 salariés, est jugé trop faible financièrement parlant.

De même, le tribunal n’a pas prononcé, ce mardi, la liquidation de l’usine, inconcevable pour les salariés mobilisés depuis des semaines pour sauvegarder leur outil de travail et leurs emplois, jusqu’à piéger leur usine à la bouteille de gaz. « Ça aurait clairement été la pire des solutions, nous ne voulions pas en entendre parler », explique Koray Sukran.

Le flou demeure quant à l’utilité de ce délai

C’est donc en faveur d’un entre-deux que le tribunal a finalement tranché, en choisissant d’octroyer un sursis supplémentaire à l’entreprise.

La nouvelle audience est fixée au 15 juin. « On doit trouver le courage de tenir encore ces trois semaines, mais c’est de plus en plus difficile », regrette, à la sortie de l’audience, Saverio Vadala, de la CFDT.

Fatigués et déçus, « les salariés n’en peuvent plus de ce changement incessant de météo, on passe de l’orage à la tempête tout le temps », poursuit le syndicaliste. D’autant plus que le flou demeure quant à l’utilité réelle de ce délai accordé. « Il peut servir à Mickaël Azoulay, pour consolider son offre et revenir avec les engagements bancaires sur le million d’euros nécessaire à la viabilité de son projet », explique le cédétiste.

Mais il peut aussi être l’occasion, pour l’État, de finaliser un plan de rachat de la fonderie au moyen d’un partenariat public-privé engageant les fonds d’investisseurs publics – au premier rang desquels la région Bourgogne-Franche-Comté – et ceux d’investisseurs privés. « Cette nouvelle option, nous l’avons apprise par la presse, juste avant d’entrer dans le tribunal », déplore Saverio Vadala.

« Ce n’est pas l’État qui va gérer la boîte ! »

Révélé par le Progrès, ce montage serait une décision d’Emmanuel Macron lui-même, prise dans le week-end pour sauver le site industriel jurassien.

Dans une lettre d’intention datée du 25 mai, la présidence de région confirme le plan, relevant que la part totale des investisseurs publics ne devrait pas dépasser les 50 % et celle de la région, les 33 %.

Si l’arrivée de capitaux publics est un gage supplémentaire pour la sauvegarde des emplois, « ce n’est pas l’État qui va gérer la boîte ! » tempère le militant CFDT, qui regrette que rien de plus précis n’ait été annoncé aux salariés, mardi.

Des salariés bien décidés à se battre jusqu’au bout : 82 d’entre eux ont d’ailleurs présenté au tribunal de commerce une enveloppe commune de 86 000 euros dans le but, eux aussi, d’entrer au capital de leur usine pour la sauver.

Marion d'Allard Article publié dans l'Humanité

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