Le SMIC Européen au menu du sommet social de l'UE à Porto par Francis Wurtz

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le SMIC Européen au menu du sommet social de l'UE à Porto par Francis Wurtz

Ces 7 et 8 mai se tient à Porto, au Portugal, un « Sommet social » européen réunissant les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE. Nous en avons récemment rappelé les grands axes, tels l’objectif d’une très légère augmentation du taux d’emploi et celui d’une diminution fort limitée du nombre de personnes « menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale »… d’ici 2030. (1). 

Il y sera également question du projet de salaire minimum européen annoncé par la Commission depuis deux ans. Ce serpent de mer du débat européen, tel qu’envisagé à ce jour, tient davantage du symbole que du progrès social effectif. Il ne peut évidemment pas s’agir de fixer un montant uniforme dans une Union économiquement aussi disparate.

Toute la question est, dès lors, de savoir quel mode de calcul de ce « SMIC » sera choisi pour agir en faveur d’une « convergence ascendante » , pour reprendre les termes de la Commission.

Celle-ci évoque « un SMIC européen » au moins égal à 60% du salaire médian de chaque pays (2). Notons que ce seuil a le mérite d’être nettement supérieur à celui initialement envisagé par la très macronienne Nathalie Loiseau ! L’ ex-tête de liste LREM aux dernières élections européennes  suggérait de limiter ce « SMIC » à « la moitié du salaire médian », ce qui aurait pour effet d’alimenter, pour le coup, une « convergence descendante » ! 

La proposition de la Commission n’en est pas , pour autant, satisfaisante. Le plancher prévu correspond, en effet, tout juste au seuil de pauvreté selon Eurostat  ! 

Il ne faut donc pas y voir un barrage aux pratiques de mise en concurrence des travailleurs ! Tout au plus pourrait-on en espérer une réduction (relative) de l’énorme disparité existant aujourd’hui entre un « SMIC » bulgare, de l’ordre de 300 euros, et celui du Luxembourg avoisinant 2200 euros !

La question se pose tout particulièrement pour un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale. En effet, si une partie du grand écart entre le « SMIC » de la plupart de ces pays et celui des anciens États membres résulte du niveau de productivité de leurs économies comparé à celui des économies d’Europe occidentale , une autre partie relève clairement du dumping social pratiqué par les entreprises -notamment occidentales- qui s’y sont installées dans ce but ! 

Resterait, en outre, à se prémunir contre la forte tentation des gouvernements des pays au salaire minimum aujourd’hui nettement supérieur à la moyenne européenne (3) de s’inscrire dans une spirale de nivellement par le bas ! Quant aux 6 pays membres qui n’ont pas institué, jusqu’ici, de salaire minimum inscrit dans la loi -Italie, Autriche, Suède, Danemark, Finlande et République de Chypre-, il n’est pas sûr qu’ils consentiront à renoncer à leurs « traditions », qui consistent à fixer le niveau des salaires -y compris le salaire minimum- par voie de négociations collectives.

La directive européenne à laquelle ce processus est censé aboutir sera donc à évaluer attentivement.

Et surtout, il s’agira, en tout état de cause, de ne pas relâcher les efforts pour garantir un « salaire décent  » pour toutes et pour tous dans une Europe où la solidarité primerait enfin sur la concurrence.

(1) Voir Humanité-Dimanche du 8/4/2021

(2) Une moitié des salaires se situe au-dessus, une moitié en dessous (À ne pas confondre avec le salaire moyen).

(3) Soit, par ordre décroissant: le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et, enfin, la France…

Francis Wurtz Chronique publiée dans l'Humanité Dimanche

Publié dans Europe, Social

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