Pierre Garzon, maire de Villejuif : Nous voulons privilégier l’humain dans la police, pas l’armement

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Pierre Garzon, maire de Villejuif : Nous voulons privilégier l’humain dans la police, pas l’armement

Partisan d’une politique de prévention, le maire communiste de Villejuif souhaite retirer les lanceurs de balles de défense et les Taser à la police municipale. Entretien.

Alors que les gouvernements successifs s’accrochent au tout-répressif dans le domaine sécuritaire, la nouvelle municipalité communiste de Villejuif (Val-de-Marne) a décidé de supprimer les lanceurs de balles de défense (LBD), le pistolet à impulsion électrique (Taser), ainsi que la brigade canine de la police municipale de sa ville.

Le maire PCF Pierre Garzon prône un retour à la police de proximité pour améliorer les relations entre police et population. Il souhaite aussi voir renforcer les effectifs de la police nationale.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de supprimer le lanceur de balles de défense, le Taser et la brigade canine de la police municipale ?

Pierre Garzon, maire (PCF) de Villejuif. © Guillaume Clément

Pierre Garzon La police municipale a été créée par la droite, en 2014. Un bilan réalisé par la ville de Villejuif souligne qu’elle n’a permis ni de résoudre les problèmes de fond – incivilités, trafics de drogue, violences – ni d’améliorer les conditions de sécurité des habitants. Le déploiement de policiers municipaux a surtout servi de prétexte au préfet pour supprimer des postes de policiers nationaux, ce qui n’est pas acceptable. Concernant le LBD, cette arme a trop souvent occasionné des blessures graves lors des manifestations. Qu’il s’agisse du LBD ou du Taser, leur usage doit être en principe extrêmement limité, mais c’est tout l’inverse qui se produit. Enfin, un récent rapport de la Cour des comptes interroge le recours à ces armes et émet quelques réserves qui n’ont pas manqué de nous interpeller, notamment le chapitre où l’on apprend que la délinquance augmente dans certaines villes malgré le développement de la police municipale. Cela nous a conduits à privilégier l’humain sur l’armement en doublant les effectifs. Par ailleurs, les agents municipaux garderont leur arme à feu dans le cadre de leur défense et du plan Vigipirate.

Votre prise de position tranche avec celui du ministère de l’Intérieur, qui privilégie le tout-répressif…

Pierre Garzon On est à l’opposé des doctrines considérant que la sécurité, à laquelle nous sommes attachés, se résume à la répression. Il y a beaucoup de monde pour vanter les mérites de la loi sécurité globale, mais ce texte ne renforce pas les moyens de la police nationale, affectée par une baisse des effectifs, des conditions de travail déplorables. Le double langage du discours sécuritaire d’Emmanuel Macron consiste à renforcer les technologies de surveillance, sans résoudre les questions d’effectifs policiers dans les quartiers. Nous devons nous attaquer à la pauvreté, tout en donnant les moyens à la justice, à la police et aux ­collectivités de garantir le droit à la sécurité.

Quelles sont vos propositions en matière de sécurité ?

Pierre Garzon À l’échelon local, il s’agit de réorienter les missions de la police municipale vers son cœur de métier, à savoir réaliser des patrouilles, être proche des habitants par l’îlotage, notamment à travers la mise en place de permanences dans les quartiers.

Aujourd’hui, la police municipale se substitue de plus en plus à la police nationale sur des interventions ponctuelles, au détriment de la notion de sécurité de proximité. Nous misons sur la création d’une équipe de médiation, qui ne serait pas rattachée à la police municipale, pour gérer les conflits mineurs, installer un dialogue avec les personnes fragiles. En parallèle, la brigade cadre de vie agirait contre les incivilités, les dépôts sauvages, la dégradation des biens publics…

Au niveau national, il faut absolument augmenter les effectifs des forces de sécurité, s’attaquer à l’explosion du chômage et de la précarité, qui alimentent l’insécurité. 

Lola Ruscio Entretien publié dans l'Humanité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article