Diplomatie. L’Europe au cœur de la guerre entre Pékin et Washington

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Diplomatie. L’Europe au cœur de la guerre entre Pékin et Washington

La tournée de Joe Biden sur le Vieux Continent, qui s’achèvera le 16 juin par un entretien avec Vladimir Poutine, a pour principal objectif de souder les « démocraties » contre la montée en puissance de la Chine.

« L es États-Unis sont de retour ! » s’est exclamé Joe Biden à son arrivée sur la base aérienne de Mildenhall, dans le sud-est du Royaume-Uni. S’ils ne sont bien sûr jamais partis, le président états-unien entend saisir l’occasion de sa première tournée européenne pour clore de manière symbolique le chapitre Donald Trump, soit quatre interminables années de volte-face, de menaces et de chantages à l’égard des pays du Vieux Continent, sommés de plier face à la première puissance militaire du globe, garante de la sécurité de l’Union européenne via l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan).

« Et les démocraties du monde entier sont unies pour affronter les défis les plus difficiles », a-t-il ajouté, avant un tête-à-tête jeudi avec le premier ministre britannique, Boris Johnson, et un sommet du G7 programmé ce vendredi en Cornouailles (sud-ouest de l’Angleterre), où les luttes contre la pandémie et le réchauffement climatique ont été érigées au rang de priorités.

L’intelligence artificielle, un des enjeux stratégiques

Mais l’allusion explicite à l’union sacrée des « démocraties », au moment où le département d’État relance les suspicions d’un coronavirus échappé d’un laboratoire en Chine, premier émetteur de CO2 du globe, signe l’objectif réel du déplacement de Joe Biden. Soit arrimer durablement les États-Unis à l’Europe, premier débouché commercial pour les multinationales, face à la montée en puissance de la Chine, désignée principal concurrent militaire, démographique et idéologique de Washington.

Derrière le sourire et les paroles apaisantes de Joe Biden, la pression des États-Unis s’est singulièrement durcie ces derniers mois dans les coulisses des chancelleries européennes, en particulier en direction des diplomates soupçonnés de « tendresse » envers Pékin. Les rappels à l’ordre se multiplient des deux côtés de l’Atlantique.

« Au travail ! » a ainsi intimé au Pentagone le ministre états-unien de la Défense, Lloyd Austin, estimant que les militaires n’avaient pas encore traduit dans les actes ses efforts pour contrer la puissance militaire chinoise, après vingt années de choix stratégiques dirigés vers des États faillis (Irak, Afghanistan…) ou des organisations terroristes (al-Qaida ou l’« État islamique »).

« Les efforts que j’ordonne permettront au ministère de revitaliser notre réseau d’alliés et de partenaires, de renforcer la dissuasion, d’accélérer le développement de nouveaux concepts opérationnels, de capacités émergentes et d’un nouveau déploiement de nos forces », a ajouté Lloyd Austin.

Les géants de la Silicon Valley, qui travaillent main dans la main avec l’industrie de la défense et les agences de renseignements, sont au diapason. Eric Schmidt, ancien patron de Google et actuel président de la Commission de sécurité nationale américaine sur l’intelligence artificielle (IA), assurait à la fin du mois de mai au micro de la BBC :

« Nous sommes dans un conflit stratégique géopolitique avec la Chine. Le moyen de gagner est de rassembler nos ressources afin de mettre en place des stratégies nationales et mondiales permettant de gagner dans le domaine de l’IA. Si nous ne le faisons pas, nous serons confrontés à un avenir où d’autres valeurs nous seront imposées. »

Même emphase apocalyptique chez Brad Smith, PDG de Microsoft, pour qui le cauchemar dystopique de George Orwell, 1984, pourrait advenir dès 2024, à cause des progrès exponentiels des laboratoires chinois, leaders mondiaux depuis 2019 en matière d’intelligence artificielle.

Pour les États-Unis, pionniers dans l’utilisation de l’IA pour ficher leurs citoyens/consommateurs et espionner rivaux comme alliés, la course pour la domination mondiale passe-t-elle par un apaisement avec la Russie ?

En dépit de l’hostilité du complexe militaro-industriel, qui a besoin des tensions avec Moscou pour écouler ses armes en Europe de l’Est (Pologne, pays Baltes, Ukraine…), une partie des stratèges du Pentagone et du département d’État plaident pour calmer le jeu et empêcher la constitution d’un solide axe Chine-Russie.

Joe Biden, qui rencontrera Vladimir Poutine le 16 juin à Genève, assure de son côté ne pas chercher « le conflit avec la Russie », mais « une relation stable et prévisible ».

Soit tout le contraire de la guerre en germe entre la Chine et les États-Unis.

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