Dividendes. Un avenir radieux promis aux actionnaires... grâce aux aides publiques

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Dividendes. Un avenir radieux promis aux actionnaires... grâce aux aides publiques

Avec des bénéfices accumulés de 37 milliards d’euros en 2020, les entreprises du CAC 40 s’apprêtent à distribuer au moins 51 milliards d’euros, calcule l’Observatoire des multinationales. Un record à mille lieues de ce qui se passe dans l’économie réelle, obtenu grâce au soutien financier de l’état. Scandaleux.

Un futur désirable attend les actionnaires. Partout dans le monde, les indices des places financières explosent, dépassant semaine après semaine de nouveaux records. À l’image du CAC 40, qui franchissait les 6 500 points pour la première fois depuis septembre 2000. Depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020, l’indice a ainsi rebondi de plus de 70 %. Une euphorie toute rationnelle de l’actionnaire, voyant dans cette crise du Covid une pause qui ne condamnera pas la trajectoire de long terme de son investissement.

Les experts de la finance sont formels, le cours d’une action ou d’une obligation est la contrepartie de « la somme des dividendes attendus à l’avenir divisée par le taux de rentabilité espéré par l’investisseur », rappelle Michel Levasseur, professeur à l’université de Lille, sur le site The Conversation.

En clair, explique l’économiste, « la valeur d’une action dépend des revenus que l’on anticipe grâce à elle, et la Bourse ne reflète pas l’état présent de l’économie, mais le futur tel qu’il est perçu par un très grand nombre de professionnels de la finance ».

De plus, ajoute son confrère Thomas Dallery, avec la pandémie, une sur-épargne des ménages les plus aisés est venue alimenter la tendance à la hausse sur le marché d’actions. Or, ces nouveaux investisseurs qui ont acheté à prix d’or leurs actions vont exiger des entreprises de généreux dividendes.

70 milliards pour 2023

Les multinationales l’ont déjà anticipé et promettent d’arroser. Ainsi, les grandes sociétés françaises cotées du SB120 devraient verser 52 milliards d’euros de dividendes au titre de 2021 à leurs actionnaires, selon IHS Markit. Soit une hausse de 42 % en un an. Ces dividendes versés le seront au titre des résultats 2020, année qui pourtant a été marquée par la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus. L’objectif est de retrouver le niveau record de 2019, soit près de 70 milliards d’euros en 2023, notent les analystes.

Pour ce faire, les entreprises ont reçu le soutien des banques centrales, lesquelles, « en faisant baisser les taux d’intérêt, ont contribué à rendre les actions attractives en matière de rendement », note l’économiste lillois. Si bien que « si le choc lié au Covid-19 a provoqué un effet brutal (des marchés) à court terme, il n’a pas modifié en 2020 une perception positive des professionnels de la finance » sur les rendements futurs. La crise est ainsi « vécue comme un choc exogène à l’économie ».

Une « parenthèse », commente de son côté Thomas Dallery. « Sans modification des institutions et des gouvernances d’entreprise, le pouvoir est resté dans les mains des actionnaires. » Ainsi, ajoute l’économiste, « le mouvement de pression sur les dividendes et de création de valeur pour l’actionnaire, installé depuis les années 1990, se poursuit ». « L’appel à la moralisation n’a eu encore une fois aucun effet », conclut-il.

Si bien que, avec des bénéfices accumulés de 37 milliards d’euros en 2020, les multinationales du CAC 40 s’apprêtent à ne distribuer pas moins de 51 milliards d’euros, calcule l’Observatoire des multinationales. « Soit l’équivalent de la construction de 100 hôpitaux publics ou 1 300 lycées, ou encore 36 000 kilomètres de ligne TER, ou encore la rémunération des 960 000 personnels soignants et non soignants des hôpitaux publics. Ou encore ce que gagnera une personne au Smic en 3,5 millions d’années. »

Comment ? En puisant dans leur trésorerie ou même en empruntant à taux zéro. Ces entreprises se sont lancées également dans une chasse… « au coût » du travail. Renault, Société générale, Sanofi – pour ne citer qu’elles – ont lancé des plans de suppressions de postes. Chez Renault, par exemple, 15 000 emplois sont menacés, dont 4 600 en France.

« Coût public du capital »

Pour rassasier les appétits féroces des actionnaires, les grands groupes ont aussi pu compter sur ce que les économistes de Lille appellent « le coût public du capital ». À savoir, « les aides publiques distribuées pour permettre aux entreprises de tenir », résume Thomas Dallery.

Depuis le début de la crise sanitaire, 155 milliards d’euros ont été octroyés aux entreprises, selon les chiffres de la Commission européenne, « faisant de la France la championne en Europe des aides aux entreprises et la deuxième derrière l’Espagne en parts du PIB », note l’Observatoire des multinationales. Auxquels s’ajoute une rallonge de plus de 15 milliards d’euros.

Or, 12,3 % de cet argent public a bénéficié à seulement 46 grandes entreprises. Et 66 % du montant des prêts garantis par l’État (PGE) à des filiales de groupe.

Or, explique l’économiste, ces aides publiques sont une sorte de « béquille » qui permet de « garantir la rentabilité du capital », puisqu’il n’est absolument pas demandé aux bénéficiaires de se justifier sur l’utilisation des profits réalisés, donc l’utilisation de ces aides publiques. 

Clotilde Mathieu Article publié dans l'Humanité

Publié dans Finances-riches, Economie

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