Intervention d'Evelyne Ternant au CN du PCF le 28 mai

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention d'Evelyne Ternant au CN du PCF le 28 mai

Nous sommes dans une situation politique paradoxale. Alors que les crise sanitaire et économique devraient être propices à la mise en avant de l'emploi et des services publics, à la diffusion des propositions progressistes, le pouvoir, la droite, l'extrême droite réussissent à imposer le sujet de la « sécurité », au sens étroit et répressif du terme, jusque dans les élections départementales et régionales, bien que la sécurité ne relève pas des compétences directes de ces collectivités.

En Bourgogne Franche-Comté (BFC), le candidat du RN, qui a des ambitions sur la région, annonce froidement une nouvelle conditionnalité des aides : la « sécu-conditionnalité » des subventions régionales aux collectivités locales: elles seront fonction de leur politique sécuritaire, armement de l'armement de la police municipale, des investissements de vidéo-surveillance, etc. Un déni de démocratie locale et un régime régional autoritaire assumé !

Sur fond de respiration du déconfinement, des fanfaronnades de Bruno Le Maire sur le mode « La reprise est là... », et des effets anesthésiants des mesures d'urgence encore sensibles, le pouvoir espère passer cette séquence sans essuyer un revers aussi important que prévu. Il se pourrait même que LaREM réalise de bons scores notamment dans les régions où la droite est en grande porosité avec l'extrême droite, comme en BFC où elle est alliée avec Debout La France.

La gauche me semble en revanche encore plus mal en point qu'il y a quelques semaines.

Un moment de fin de cycle, on pourrait presque dire de décadence. Les négociations de sommet entre partis pour ces élections des 20 et 27 juin ont été particulièrement longues et pénibles, elles ont absorbé une énergie considérable des militants car aucun de nos partenaires n'a vraiment pris en compte l'affaiblissement collectif à gauche, ses raisons, et la nécessité d'une refondation. Chacun s'est cru au contraire légitime à revendiquer une hégémonie :

- le PS, sur ses acquis en élus, en dépit de l'écroulement de son organisation,
- LFI sur la base de son résultat à la présidentielle de 2017,
- EE-LV sur la base des Européennes et municipales.

Il résulte de cet opportunisme généralisé les configurations électorales les plus diverses, qui ne peuvent que troubler l'électorat, le seul invariant étant la difficulté que nous avons eu à faire notre place et les batailles -parfois perdues- qu'il a fallu mener, qu'il s'agisse des têtes de listes ou de notre représentations dans les listes régionales et les cantons.

On arrive aux limites d'une méthode de rassemblement, à laquelle nous devons réfléchir : si elle se perpétuait sur le même mode aux législatives, elle nous emmènerait tout droit dans le mur.

Quant aux plate-formes des associations qui entendent s'inscrire désormais dans le débat politique, et qui couvrent un large éventail d'organisations( telles que « Pouvoir de vivre » ou « Plus jamais ça ») , elles ont pour intention d'interpeller les forces politiques en posant sur la table des propositions programmatiques complètes pour chaque élection. Mais l'ambition d'aboutir à un projet complet se heurte à certaines difficultés internes : rien n'est encore sorti pour ces élections, alors que les programmes et les professions de foi sont bouclés.

Et nous, où en sommes nous ?

La recherche éperdue du rassemblement nous a conduits la plupart du temps à ne pas faire de contenus exigeants la condition pour déterminer le périmètre du rassemblement, en dépit du travail qui avait été fait en amont. C'est très problématique pour les régionales où des sujets importants ne font pas consensus entre les forces de gauche :

- l'utilisation de l'argent, dont les fonds de relance : comment s'assurer qu'ils vont à l'emploi, et pas aux délocalisations ?
- Où en est -on des conférences permanentes dans les programmes que nous soutenons ?
- La transition énergétique, nouvelle compétence des régions : la proposition de « régions autonomes en énergie », associée à la régionalisation de la distribution d'énergie, vise en fait le démantèlement du service national de distribution d'électricité. Là encore, diversité des positions.
- Que faire par rapport à Enercoop , Railcoop, promues par EE-LV, qui sous couvert de diversification coopérative, sont le cheval de Troie du démantèlement des services publics EDF et SNCF ?
- Comment mener la bataille sur l'industrie, et sa liaison intime avec l'écologie, quand il y a désintérêt pour ne pas dire opposition franche de certains partenaires à une nouvelle industrialisation ?

On pourrait multiplier les exemples.

Je termine donc par deux propositions :

  1. Un appel de la direction nationale à la mobilisation des communistes, en particulier dans les régions à risque de basculement à droite et à l'extrême droite. Le rapport de force à l'issue de ce scrutin sera un des déterminants de la représentation mentale collective sur 2022. message à moins d'un an des Présidentielles d'une poursuite de l'effondrement à gauche et/ou d'une accession du RN à la tête d'une ou plusieurs régions aurait des effets très négatifs, y compris pour le déroulement de notre campagne présidentielle.

  2. La mise en place d'un nouveau secteur national officiel, le secteur « Régions » dès le lendemain des élections régionales, comprenant les nouveaux élus régionaux, les référents régionaux, et les camarades intéressés par les dossiers régionaux, pour échanger et mutualiser les informations programmes, évaluer collectivement les expérimentations. Il est important de ne pas laisser les élus isolés dans leur région, et de nous donner les moyens d'une cohérence de nos interventions et de notre ambition transformatrice.

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