Liban. La contestation toujours aussi forte !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Liban. La contestation toujours aussi forte !

La colère continue de secouer le pays du Cèdre, où le gouverneur de la banque centrale est sous le coup d’une enquête préliminaire.

Piégés par un effondrement économique sans précédent, aggravé par la double explosion au port de Beyrouth en août 2020 et la crise du Covid, les Libanais expriment à nouveau leur colère dans la rue, devenue le seul espace de lutte. Les jeunes sont en première ligne.

Dans la capitale et à Tripoli, dans le nord du pays, ils bloquent les routes et affrontent la police. Lieu emblématique de la corruption qui a pourri tous les circuits, le ministère de l’Économie est la cible de manifestants rassemblés à l’appel du collectif « Les révolutionnaires du 17 octobre » et dispersés par les forces de sécurité.

Sans gouvernement depuis le 10 août 2020

Le pays du Cèdre est sens dessus dessous… Du courant électrique pour quelques heures seulement, de l’essence au compte-gouttes après des heures d’attente, des médicaments introuvables, des pharmacies portes closes, des hôpitaux dépourvus des moyens essentiels, une monnaie vidée de sa valeur, des prix de produits de première nécessité constamment à la hausse, le tout sur fond de crise politique inextricable. Sans gouvernement depuis le 10 août 2020, la société libanaise demeure empêtrée dans le confessionnalisme qui mine la classe politique.

« Le problème n’est pas la nomination d’un premier ministre, ce qu’il faut, c’est un changement structurel de système. Si un gouvernement n’a pas de vision claire et de programme, cela ne sert à rien », estime Nawaf Salam, ancien ambassadeur du Liban à l’ONU et juge à la Cour internationale de justice, cité par le quotidien l’Orient-le Jour.

Un temps pressenti comme chef du gouvernement, ms mobilisésais refusé par le Hezbollah qui le jugeait trop proche des États-Unis, l’ex-diplomate plaide pour un exécutif constitué « de personnalités indépendantes de la classe politique actuelle, qui nous a menés à la crise, qui puissent procéder à une répartition équitable des pertes et mener des négociations avec le Fonds monétaire international ».

De son côté, la France souffle sur les braises en exigeant des réformes de structures de type libérale pour que les aides internationales promises soient versées, une voie que rejettent les libanais mobilisés depuis deux ans dans la rue !

La France doit cesser cette ingérence dans les affaires internes du Liban, les libanais doivent décider seuls de leur avenir !

Tel était le fond de la question de Jean Paul Lecoq député communiste posée au gouvernement à l'Assemblée Nationale :

"La conférence de presse tenue dimanche depuis l’Élysée sur la situation du Liban avait un mauvais air de déjà-vu : la dernière fois qu’un président français a parlé d’un pays en utilisant de tels mots – ce peuple s’en souvient encore –, il s'agissait de la Libye…

L’ingérence dont fait preuve le Président de la République est insupportable et humiliante pour le peuple libanais. N'est-il pas assez mature pour être souverain et choisir lui-même un gouvernement ?

Les députés communistes s'interrogent : pourquoi imposer un ultimatum ? pourquoi parler de trahison avec tant de légèreté quand la situation est aussi complexe ? pourquoi balayer tous les partis politiques, particulièrement le Hezbollah, du plan de reconstruction ? Nous n’avons pas de sympathie particulière pour ce parti, mais il ne nous appartient pas, ni au Président de la République, ni à aucun Français, de dire aux Libanais qui ils doivent élire.

Si tous les partis politiques sont exclus du futur gouvernement libanais, celui-ci sera-t-il choisi par Macron, Netanyahou et Trump ? Est-ce à eux d'écrire le programme de réforme ?

Qu’aurions-nous dit si un chef d’État étranger était intervenu en pleine crise des gilets jaunes pour demander la démission de notre président, dans une France fracturée, dirigée par un gouvernement impopulaire ?

Certains ont osé s'exprimer en ce sens, et le Président de la République leur a répondu : « Mêlez-vous de ce qui se passe chez vous ! »

Le plus grave, comme le dit l’historien Hicham Safieddine, c'est que la feuille de route fixée par le FMI – Fonds monétaire international – et la France pourrait apporter au Liban un soulagement immédiat et apparent, mais porte à long terme les germes d’un effondrement politique et économique assuré, puisque les projets d’aide reposent sur des privatisations imposées au profit de ceux qui sont justement accusés d’avoir ruiné le pays !

Nos amis libanais ont besoin de solidarité, pas d'ingérence ! "

Extrait de la réponse de Franck Riester ministre :

" Étant donné l'histoire des relations entre la France et le Liban, personne n'aurait compris que la France ne soit pas en première ligne pour permettre à ce pays de trouver une solution.

Dimanche, le Président de la République n'a fait que rappeler les responsabilités libanaises dans la crise actuelle. Il n'incombe pas à la France d'assumer des responsabilités qui reviennent aux forces politiques libanaises.

Les responsables politiques du Liban ont la responsabilité de mettre en place un gouvernement de mission et de mener ensuite les réformes qui permettront au pays de sortir de la crise économique et sociale qu'il traverse."
 

Publié dans Moyen Orient, International

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article