Covid-19. Peur sur l’hôpital en août, avec les dégâts du variant Delta

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le virus en France au 24 juillet

Le virus en France au 24 juillet

Le rebond spectaculaire de l’épidémie dû à la souche venue d’Inde fait craindre un nouvel afflux de patients dans les services de santé, malgré les progrès réels de la vaccination. Reste à savoir quand cette 4e vague va s’abattre, et avec quelle ampleur…

Les 40 millions de primo-vaccinés, chiffre tout juste atteint dans l’Hexagone, permettront-ils de préserver l’hôpital de la 4e vague de Covid qui déferle actuellement sur le pays ?

Des services de réanimation aux plus hautes sphères de l’État, c’est l’une des préoccupations centrales du moment, alors que le Parlement s’apprêtait, dimanche, à valider le projet de loi instituant le passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants.

Et autant le dire tout de suite, que ce soit chez les médecins, les épidémiologistes ou les autorités de santé, plus personne ne croît que cette 4e vague puisse être traversée sans dommages pour notre système de santé.

« Au bout de trois vagues, on n’a plus aucun doute : oui, il y a aura un impact sur les hôpitaux », a affirmé, dans le Journal du dimanche, Aurélien Rousseau, le directeur général de l’agence régionale de santé d’Île-de-France. « Le rouleau arrive, on l’entend déjà sans le voir, mais on n’est pas encore face au mur d’eau », poursuit-il en filant la métaphore aquatique.

Hausse des hospitalisations, l’exemple de l’Occitanie inquiète

Ce qui reste incertain, ce n’est pas si le variant Delta va se faire sentir dans les services hospitaliers et singulièrement les réanimations, mais quand et avec quelle ampleur. Ce que confirme le responsable de l’ARS francilienne :

« Les projections des modélisateurs de l’épidémie sont plus incertaines que l’été dernier. L’immunité des personnes qui ont été infectées peut-elle ralentir la progression du virus ? Quel frein jouera la couverture vaccinale ? Il demeure des inconnues nombreuses, mais il n’y a pas de doute, les hôpitaux seront de nouveau sous forte pression. »

Une certitude née d’abord de la vitesse avec laquelle le variant Delta a fait repartir l’épidémie en France. Samedi, Santé publique France (SPF) faisait état de 22 767 nouveaux cas de Covid-19 sur les 24 dernières heures, contre seulement 10 949 le samedi précédent, et 4 580 le 9 juillet. Soit un doublement chaque semaine.

Le taux de positivité (soit la proportion de tests positifs sur l’ensemble des analyses) affichait, samedi, la même progression, avec une moyenne sur les sept derniers jours de 4 %, contre 1,6 % il y a une semaine. « On arrivera aux 50 000 cas probablement début août », a prévenu le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, vendredi, sur BFMTV. Insistant, pour ceux qui n’auraient pas bien compris : « Le retour à la normale, c’est pas maintenant, peut-être 2022 (ou) 2023… »

De fait, cette montée en flèche du nombre de cas positifs (+ 162 % sur les quinze derniers jours) commence à avoir de premières conséquences à l’hôpital, où la décrue était régulière depuis le dernier pic de la fin avril.

« Pour la première fois depuis quinze semaines, il y a une augmentation nette du taux d’hospitalisations (+ 55 %) et du nombre de patients admis en service de soins critiques (+ 35 %) », a ainsi mis en garde Santé publique France, dans son dernier rapport hebdomadaire, vendredi.

Ce week-end, près de 6 800 personnes étaient hospitalisées pour Covid-19, dont un peu moins de 900 en service de soins critiques. Pas de quoi s’alarmer encore, mais…

« Pour l’instant, il n’y a rien d’inquiétant dans les hôpitaux franciliens, constate Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil et expert vaccins à la Haute Autorité de santé.

Mais il existe toujours un décalage entre la hausse de l’incidence et les conséquences dans nos services. Logiquement, les cellules de crise des hôpitaux sont en train de se réactiver. Or, beaucoup de personnels sont partis ou vont partir en vacances. Si la vague nous tombe dessus dans cette période de congés, ça va être délicat à gérer. »

Ce qui s’est passé, ces derniers jours, dans la région Occitanie, inquiète. « On a assisté d’abord à une hausse des cas chez les plus jeunes, qui s’est transmise ensuite aux plus âgés, ce qui a donné lieu à des hospitalisations en hausse, résume Julie Figoni, épidémiologiste et infectiologue rattachée à SPF. On ne sait pas si ce schéma va se répéter partout, mais c’est une possibilité. »

« Même une vague moins importante sera difficile à avaler »

Après dix-huit mois d’une lutte acharnée contre le Covid, les soignants pourraient avoir du mal à digérer d’avoir à remonter au front, au moment même où beaucoup espéraient souffler, enfin…

« Le risque majeur, ce serait une arrivée précoce de la vague, en août, en période de pénurie d’effectifs. Si elle a lieu en septembre, les personnels seront plus nombreux à avoir repris », analyse Aurélien Rousseau, de l’ARS IDF. Même si, ajoute-t-il, « on n’évacue pas un an et demi de mobilisation en quelques semaines de congés ».

Jean-Daniel Lelièvre abonde : « On l’oublie souvent, mais il y a eu plus d’hospitalisés pendant la 3e vague que pendant la première. Ça use. Même une vague moins importante sera difficile à avaler pour des personnels épuisés. »

Le médecin craint aussi que cette nouvelle offensive du virus ne retarde à nouveau le dépistage d’autres maladies, toute aussi, voire plus, mortelles que le Covid-19. « Il y aura les morts dues au virus et aussi les morts indirectes provoquées par le virus. Et celles-là, on ne les comptabilisera que plus tard… »

Alexandre Fache   Article publié dans l'Humanité

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