Crise démocratique. Une fracture entre engagement et politique 

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Crise démocratique. Une fracture entre engagement et politique 

Une enquête BVA pour la Fondation Jean-Jaurès montre comment la perception très positive de l’un côtoie la défiance à l’égard de l’autre. Entretien avec Adélaïde Zulfikarpasic

La Fondation Jean-Jaurès publie ce jeudi une enquête réalisée par BVA sur la perception de l’engagement par les Français. Si leur jugement est des plus positifs, la crise démocratique n’en est pas moins prégnante.

Adélaïde Zulfikarpasic, directrice de BVA Opinion, relève ainsi un « hiatus entre engagement et politique ».

Alors que l’abstention a été massive lors des dernières élections, l’engagement, lui, est bien perçu par les Français, selon votre étude. Comment cela s’explique-t-il ?

Adélaïde Zulfikarpasic L’enquête montre beaucoup d’énergie dans la société – l’engagement est perçu comme positif par 82 % des Français et 63 % d’entre eux se considèrent personnellement comme « engagés » – mais en revanche il existe une fracture entre cet engagement et la politique. Seulement 3 % des sondés citent spontanément un engagement politique lorsqu’ils sont interrogés sur ce que cette notion évoque pour eux. Les réponses renvoient surtout, à hauteur de 55 %, à leurs valeurs ou leur propre ligne de conduite. C’est une forme d’individualisation de l’engagement. Des démarches plus collectives, comme participer à une ­manifestation, adhérer à un parti ou à une association, représentent seulement 29 % des réponses.

Quelles sont les catégories pour lesquelles cette notion d’engagement est la plus positive ?

Adélaïde Zulfikarpasic Ce sont les plus jeunes, les 18-24 ans, chez qui le terme engagement résonne le plus positivement et ce sont d’ailleurs eux qui se considèrent le plus comme engagés, à 72 % contre 55 % des plus de 65 ans.

Le rapport à l’engagement des jeunes bat ainsi en brèche l’idée selon ­laquelle ils seraient repliés sur leur nombril et les réseaux sociaux. L’héritage familial joue aussi un rôle : on est plus réceptif quand on a des parents eux-mêmes engagés, ou qu’on vient d’un milieu où on parlait de politique à table pendant l’enfance. Parmi ces derniers, 10 % évoquent d’ailleurs l’engagement politique. Les salariés du public – dont l’intérêt général est une des motivations – en ont également une perception plus positive que la moyenne des Français.

Chez les jeunes, qui sont les plus abstentionnistes, quels moyens d’action sont perçus comme les plus efficaces ?

Adélaïde Zulfikarpasic C’est un paradoxe ­intéressant. Pour 71 % des Français, voter constitue un moyen efficace pour défendre ses convictions. Chez les 18-24 ans, c’est 73 %.

Néanmoins, chez eux, d’autres moyens d’action surpassent le vote en termes d’efficacité, comme s’engager dans une association (80 %) ou faire un don (74 %). Les jeunes, pourtant actifs et enclins à défendre leur cause sur les réseaux sociaux, ne considèrent pas pour autant que ce soit le levier le plus efficace. Celui-ci est tout de même cité par 70 % des jeunes, contre 41 % pour l’ensemble des Français. Mais il arrive derrière le fait de parler de sa cause dans les médias traditionnels (74 %).

Comment l’engagement des politiques est-il perçu, notamment dans la perspective de 2022 ?

Adélaïde Zulfikarpasic L’enquête confirme l’extrême défiance à l’égard des politiques. Interrogés sur le sens que revêt l’engagement dans le cadre de la présidentielle, les Français ne parlent pas du fait d’aller voter ni de leur propre engagement, mais de celui des candidats. Cependant 25 % seulement jugent qu’ils sont sincères quand ils prennent des engagements et 21 % qu’ils arrivent globalement à les tenir. Le sentiment que les politiques roulent d’abord pour eux, que des catégories sont laissées pour compte, est central de la crise de la démocratie.

Entretien de Julia Hamlaoui Publié dans l'Humanité

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