Intervention d'Evelyne Ternant au CN des 3 et 4 juillet

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention d'Evelyne Ternant au CN des 3 et 4 juillet

Même si le calendrier de la campagne présidentielle nous pousse à le faire, nous ne devons pas tourner la page trop vite de la séquence électorale qui se termine, car il faut en tirer des enseignements sur notre stratégie et nos pratiques politiques.

S'agissant des régions, dont l'élection a toujours été délicate à aborder pour notre parti, nous nous étions fixés au CN de septembre dernier trois objectifs :

1-Nous donner une cohérence nationale sur les contenus, à partir du texte de base programmatique intitulé « Ce que nous voulons pour nos régions » et ses 10 propositions phare,

  • dont la primauté aux services publics,

  • dont la construction, de conférences permanentes sur l'emploi, la formation et la transformation écologique qui visent à faire reculer, avec les luttes, l'emprise du capital sur l'avenir des territoires,

  • dont le changement de modèle agricole,

  • dont une ambition démocratique rendue urgente par cette nouvelle étape de la sécession civique.

2- Donner de la visibilité nationale à ces propositions, grâce à des initiatives fortes et coordonnées.

3- Appeler au rassemblement des forces de gauche et écologistes en mettant ces contenus au cœur du débat.

Avons-nous tenu ces objectifs ? Mon point de vue est que nous ne les avons pas parfaitement atteints, et qu'il faut en repérer les obstacles .

1- Nous n'avons pas rendues visibles nos propositions régionales dans le cadre d'une campagne nationale. J'en assume ma part de responsabilité, le groupe informel « Régions » s'est mis en sommeil, car les « assidus » du groupe, nous avons toutes et tous été submergés par nos campagnes régionales respectives.

Cet arrêt du groupe national Régions depuis le mois de janvier nous a manqué, en particulier pour mettre réellement les contenus au centre des rassemblements, comme nous disons à chaque fois vouloir le faire.

J'ai le sentiment que nous avons traité séparément les stratégies électorales et les contenus, et souvent prédéterminé les alliances, avant de négocier les programmes. Certes les conditions sanitaires et le confinement démocratique ne nous ont pas aidés, certes l'incertitude sur la date des élections a pesé, et réduit finalement le temps réel de campagne, mais je crois aussi qu'il y a des tendances lourdes dans le parti à pratiquer ainsi. 

2-Nos camarades, et le premier cercle de nos électeurs, sortent de cette séquence dans une certaine incompréhension de ces alliances à géométrie variable selon les régions, entre régions et départements .

Nous avons eu dans beaucoup de régions à choisir entre des options, sous contrainte du choix d'isolement d'autres partis, EE-LV ou LFI. Nos statuts font des communistes les  décideurs des stratégies, c'est bien ainsi.  N'ayons surtout pas la nostalgie de l'époque des stratégies prédéterminées au sommet et des négociations centrales: la pression du vote des militants, avec l'éventualité du refus d'un mauvais accord, permet d'obtenir de meilleurs rapports de force locaux, nous l'avons éprouvé en BFC.

Mais ce processus démocratique, qu'on retrouve dans très peu de partis, est exigeant et difficile, car il suppose deux conditions de réussite :

- une construction réellement collective en région, avec du temps, de la transparence sur les accords politiques possibles, afin que les communistes aient toutes les clés en main pour choisir en connaissance de cause, et donner ainsi au vote toute sa légitimité.

- une certaine coordination nationale quand même , pour analyser ensemble le « pourquoi » des choix divergents, pour évaluer collectivement la qualité des accords, en terme de de contenus, de représentation des communistes ,et aussi d'opportunité stratégique.

Ce que nous n'avons pas fait avant et pendant la campagne, il faut absolument que nous le fassions après.

1-Un bilan stratégique

Trois remarques

  • la proposition de recherche d'union de toutes les forces au premier tour est-elle efficace derrière des candidatures écologistes qui portent vraiment d'autres priorités que les nôtres ? Au vu des résultats en Paca, ou Hauts de France, ou du deuxième tour en IdF, la capacité des écologistes à créer une dynamique de rassemblement à gauche mérite d'être posée.

  • Quel bilan faisons nous de l'alliance avec LFI ? En terme de dynamique électorale, de nombre d'élus, de propositions politiques, de stratégie de rassemblement ?

  • Le scénario « indépassable » d'un duel Macron Le Pen et l'injonction à le combattre par une candidature commune perdent de leur évidence, même si l'abstention impose la prudence, et même si les comportements diffèrent selon les élections. Néanmoins, le jeu est ouvert, les rapports de force politiques sont mouvants et cela confirme notre décision de candidature à la présidentielle.

2-Un bilan sur les programmes de « compromis » que nous avons du signer, les uns et les autres dans nos régions, leurs avancées mais aussi leurs manques par rapport à notre projet, et les batailles qui nous attendent : l'ouverture à la concurrence du rail, la régionalisation  de la distribution d'électricité, l'industrie, la sécurisation des expérimentations sur la sécurisation de vies dans l'emploi /formation.

Nous constatons en BFC combien la question du contenu effectif des conférences permanentes est un point dur: le PS l'imagine comme limitée à la formation professionnelle, séparée de l'économie et de l'emploi. Nous voulons en faire au contraire un espace de délibération et discussion collective sur ces questions.

Comment nous organiser désormais pour exercer une influence en région, partout, là où nous sommes et là où nous ne sommes pas, là où nous sommes en situation d'opposition et là où nous sommes dans les exécutifs ?

Comment, là où nous sommes en responsabilité, résister aux dérives libérales probables de certains de nos partenaires, comment aller au delà d'une gestion bienveillante et redistributrice, qui est le socle des programmes de gauche, et pousser les expérimentations sur de nouveaux rapports sociaux ?

Ce sont les questions incontournables, y travailler dans les semaines à venir n'est pas une diversion par rapport à la campagne présidentielle mais nous donnera au contraire des points d'appui.

Pour conclure, deux propositions :

1) Il y a de l'intérêt à ce que le groupe national Régions reprenne ses activités, avec des nouveaux élus régionaux, les référents régionaux, des camarades intéressés, pour échanger sur les programmes, les politiques régionales, mutualiser les expériences, mener des batailles communes à l'échelle nationale .

Nous avons besoin de cette mise en cohérence nationale, une manière pour nous de résister au mouvement de « Différenciation territoriale » qui peut justement à casser l'intérêt commun.

2) Il y a nécessité de soutenir en région l'action de nos élus par la mise en place de réseaux régionaux dans le parti pour que nous puissions déployer une activité politique régionale cohérente et efficace sur les grandes compétences des régions (emploi, formation, transports, lycées).

Les comités régionaux, tels qu'ils sont prévus dans nos statuts ne fonctionnent pas bien, ils sont sans doute à repenser.

C'est une structuration régionale souple qu'il faut installer, surtout pas une superstructure qui coifferait les fédérations, qui sont l'ossature et la force de notre organisation.

Mais nous avons besoin de nous mettre à hauteur d'une organisation politique du pays qui fait des régions un lieu stratégique pour le capital, pour en déjouer les objectifs et en faire au contraire des leviers de résistance, de constructions et de transformations sociales.

 

 

 

 

 

Publié dans PCF

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