Lourdes menaces sur l’emploi et le pouvoir d’achat

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Lourdes menaces sur l’emploi et le pouvoir d’achat

Plusieurs notes de conjoncture publiées par l’INSEE ce matin et les jours précédents laissent supposer que l’inflation va repartir tandis que la situation de l’emploi risque de se dégrader en France dans les prochains mois. De multiples ruptures dans les chaînes d’approvisionnement des entreprises font monter les prix des matières premières et mettent déjà des hommes et des femmes au chômage avec de longs arrêts sur des chaînes de production.

En page 4, « l’Humanité » du 30 juin nous informe que depuis le début de cette année le prix du fer a grimpé de 150 %, celui du cuivre de 125 % et celui de l’étain de 145 %.

En page 5 on nous annonce du chômage partiel dans l’industrie automobile en raison d’une pénurie planétaire des semi-conducteurs. Il s’agit-là de conséquences prévisibles de la mondialisation capitaliste dès lors que la segmentation de la production s’est surtout traduite par des délocalisations dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre dans le seul but d’augmenter les profits et la rémunération des actionnaires.

En mai 2021, le prix du pétrole continue d’augmenter avec une hausse de + 4,3 %.

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) les prix en euros des matières premières alimentaires importées augmentent de +1,8 % en mai après +6,8 % en avril.

Toujours en mai, les prix des oléagineux ont augmenté de +5,6 % après +2,1 % en avril, ceux des céréales ont progressé de +4,3 % en mai après +1,8 % en avril. Le sucre suit la même tendance avec + 4,2 % en mai après +2,3 % en avril.

Les denrées tropicales ne sont pas en reste avec +6,1 % en mai.

Plus 41,9 % pour les oléagineux et plus 45,3 % pour le sucre

Mais il faut regarder ligne par ligne le tableau que publie l’INSEE en page 4 de sa note du 25 juin sous le numéro 165 pour saisir l’ampleur des hausses des prix des matières premières importées.

Sur douze mois, l’augmentation moyenne du prix des produits alimentaires importés est de 12 %.

Mais la hausse atteint 41,9 % pour les oléagineux, 21,6 % pour les céréales, 45,3 % pour le sucre et 10 % pour la viande. Seuls les prix des produits de la mer sont en baisse de 10 % et on peut penser que la longue fermeture des restaurants, des marchés couverts et de plein air y est pour beaucoup.

S’agissant des produits industriels et agro-industriels, on note une hausse de 99,2 % sur douze mois pour les métaux ferreux, de 47,6 % pour les métaux non ferreux. Les fibres textiles naturelles sont en hausse de 14,4 %. Le prix du caoutchouc naturel augmente de 37,8 % et celui des cuirs de 48,7 %.

Sur les douze mois passés, le prix de la pâte à papier est annoncé en baisse de 2,9 %, celui des bois sciés tropicaux aurait chuté de 2,7 % et celui des bois sciés de conifères de 10,2 %. Mais on sait que la tendance est en train de s’inverser dans des proportions beaucoup plus importantes, suite à de nombreuses ruptures d’approvisionnement dans le secteur du bâtiment un peu partout dans le monde.

Une inflation retardée concernant l’alimentation

Voilà qui n’est pas de nature à améliorer le pouvoir d’achat des ménages.

Pour le moment, ces hausses ne sont que peu répercutées dans les prix à la consommation. Une autre note de l’INSEE, publiée ce mercredi matin, nous livre le diagnostic suivant en utilisant le conditionnel :

« Sur un an, selon l’estimation provisoire réalisée en fin de mois, les prix à la consommation augmenteraient de 1,5 % en juin après 1,4 % le mois précédent. Cette hausse de l’inflation résulterait d’un rebond des produits manufacturés. Les prix du tabac augmenteraient au même rythme que le mois précédent. La baisse des prix de l’alimentation se poursuivrait sur un an, au même rythme qu’en mai. Le prix des services et ceux de l’énergie ralentiraient. Sur un mois, les prix à la consommation augmenteraient de +0,2 % après +0,3 % en mai ».

Dans le tableau que publie l’INSEE, le prix de l’énergie est annonce en hausse de 10,9 % sur douze mois et ce prix n’intègre l’augmentation du prix du gaz de 10 % qui intervient en ce début d’été. Les prix alimentaires, toutes denrées confondues, seraient en baisse de 0,3 % sur douze mois.

Mais on sait que cette évolution doit beaucoup à la multiplication des promotions dans magasins de la grande distribution depuis le début de la pandémie de coronavirus. Ces enseignes ont mené une « guerre des prix » pour tenter de gagner des parts de marché les unes contre les autres, et plus généralement au détriment des commerces de proximité. On sait aussi que ces promotions sont rendues possibles par des baisses de prix d’entrée en magasin imposées à de nombreux fournisseurs, à commencer par le PME de l’agroalimentaire.

Parallèlement, les producteurs de viande, de lait et d’œufs voient leurs coûts de production augmenter via la hausse des prix du maïs et des tourteaux de soja et de colza sans pouvoir les répercuter à l’aval, comme nous l’avons encore montré ces derniers jours dans plusieurs articles.

Chômage en hausse et licenciements en perspective

Hier, une autre note de l’INSEE indiquait que le nombre de chômeurs a encore progressé en France de 18 000 personnes au cours du premier trimestre 2021 selon la méthode de calcul du Bureau international du travail (BIT).

Parmi eux, 700 000 déclarent rechercher un emploi depuis au moins un an. Toujours au cours de premier trimestre 2021, le nombre moyen d’heures de travail hebdomadaires se situe à 31 heures par semaine en France, selon l’INSEE. Voilà qui donne une idée de l’ampleur du temps partiel subi par un nombre croissant de salariés précarisés.

L’INSEE ajoute que « la part des jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation augmente de 0,43 point, à 13,1 %, après avoir reculé de 0,4 point au trimestre précédent (…) Elle demeure au-dessus de son niveau d’avant crise de 0,8 point ce trimestre ».

Alors que de nombreuses entreprises préparent des plans de licenciements et des fermetures de sites, tout indique qu’il va falloir se battre pour s’opposer aux ravages économiques et sociaux induits par la course au profit dans les prochains mois.

Le 30 juin Gérard Le Puill

Article publié dans l'Humanité

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