Polynésie : Macron passe à côté des essais nucléaires !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Polynésie : Macron passe à côté des essais nucléaires !

L’occasion était historique, mais le président a loupé le coche. Encore une fois !

Malgré des promesses de meilleure prise en charge des victimes, il a refusé de demander pardon au nom de la France. Pour les Polynésiens, la plaie reste ouverte.

Il faut reconnaître au chef de l’État un certain art oratoire : celui d’emberlificoter son auditoire sans rien lâcher sur le fond. Un talent dont il a fait étalage à l’occasion de son voyage en Polynésie française, conclu par un discours qui se voulait historique, notamment sur la question des 193 essais nucléaires réalisés entre 1966 et 1996.

De pardon, il n’y aura point, malgré l’immense souffrance des Polynésiens :

« La nation a une dette à l’égard de la Polynésie française. Cette dette est le fait d’avoir abrité ces essais, en particulier ceux entre 1966 et 1974, dont on ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres », a reconnu Emmanuel Macron à Papeete.

Une allusion notamment aux essais atmosphériques, dont le dernier, baptisé Centaure et tiré le 17 juillet à Mururoa, a eu des conséquences catastrophiques : le nuage radioactif, dont la trajectoire a été mal calculée, a contaminé les 110 000 habitants de Tahiti, selon l’enquête parue en mars dans l’ouvrage Toxique, de Sébastien Philippe et Tomas Statius (PUF), et qui n’a donné lieu à l’heure actuelle qu’à… 63 indemnisations.

Face aux innombrables mensonges d’État, Emmanuel Macron a assuré, dans son discours, qu’il voulait « tout assumer avec vérité et responsabilité ».

Il a ainsi déclaré que la France avait choisi la Polynésie – après l’Algérie (on a été prié d'aller voir ailleurs après l'indépendance acquise dans la douleur) – « car c’était loin » et « qu’on n’aurait pas fait ces mêmes essais dans la Creuse ou en Bretagne ».

Mais pas question de reconnaître une quelconque faute : « Les militaires qui ont fait ces essais ne vous ont pas menti, ils ont pris les mêmes risques », a-t-il osé, alors même que l’armée parlait alors de « bombe propre ».

Doutes sur les indemnisations

Une parole qui a provoqué l’ire des Polynésiens, notamment de l’association 193, dont le président, le père Auguste Uebe-Carlson, a réagi :

« Dire qu’il n’y a jamais eu de mensonge, de vérité cachée, c’est encore un mensonge. On ne veut pas entamer de dialogue avec quelqu’un qui ne reconnaît pas ses torts. »

Paradoxalement, le président de la République a reconnu, lors d’un échange avec un manifestant, ne pas pouvoir lui « demander d’avoir confiance en (moi) après qu’on vous a menti si longtemps ». Ces manifestations pourtant pacifiques, organisées par le parti de gauche indépendantiste Tavini et les associations antinucléaires, ont d’ailleurs été interdites par le haut-commissaire !

Mais, pour la population polynésienne, l’enjeu porte également sur le concret : prise en charge médicale, indemnisation et transparence. Sur ces points, Emmanuel Macron a beaucoup promis : « Je veux que nous indemnisions mieux », a-t-il- assuré, annonçant que « les moyens financiers et humains du Civen (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires – NDLR) seront renforcés ».

Mais des doutes demeurent quant à la hauteur de ces indemnisations, d’autant que, selon Gilles Hermitte, le président du Civen,

« beaucoup plus de personnes pourraient déposer un dossier ». Autre promesse : « Les archives seront ouvertes, sauf lorsqu’elles peuvent fournir des informations (...) qui mettraient notre dissuasion en risque », a promis Emmanuel Macron.

Mais, là encore, la déclassification du « secret-défense » risque d’être plus que limitée d’autant que le gouvernement durcit en ce moment même, via la loi renseignement, l’accès aux archives classées.

Enfin, il a annoncé la création d’un pôle de cancérologie, rappelant « en même temps » que « tous les cancers ne peuvent être pris en charge au titre des essais ».

Une déclaration qui a fait bondir le père Auguste Uebe-Carlson :

« Nous n’avons jamais tenu ce discours. Il veut nous faire porter la responsabilité, mais il y a un coupable dans ce pays, c’est l’État français. Il ne pourra pas toujours fuir sa responsabilité. »

Malgré son séjour, Emmanuel Macron est loin d’avoir apporté les réponses aux souffrances des Polynésiens. Un début de campagne électorale curieux et à risques !

Sources l'article de Benjamin König publié dans l'Humanité

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