Réflexions post électorale par Jean Marc Durand membre du CN du PCF

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Réflexions post électorale par Jean Marc Durand membre du CN du PCF
Après les élections régionales et départementales, quels enseignements, quelles issues ? 
 
Tout d’abord merci aux électrices et électeurs qui se sont mobilisés en faveur des listes qui, aux régionales comme aux départementales, restaient en concurrence pour le compte de la gauche même si aux départementales, la liste la Drôme en Commun, ne comportait plus de candidats.es communistes.
 
L’heure est venue maintenant d’entamer la réflexion sur ces scrutins et leurs résultats avec leurs diverses implications. Ainsi, au lendemain de ce second tour nous pouvons commencer à affiner les enseignements que nous avions brièvement tirés du premier tour.
 
La démocratie en danger.
 
Un phénomène se confirme c’est celui de l’abstention. Avec 65,7% au second tour, l’amplification du niveau de l’abstention est une donnée en passe de devenir récurrente qui commence à représenter un vrai danger pour la démocratie et la représentation démocratique. Le comportement des électeurs et des électrices traduit une vraie crise de la représentation démocratique et de la délégation dont on ne pourra pas sortir en appelant simplement à un sursaut populaire…
 
Deux questions sont à traiter sur le fond. La première est la prise de conscience qui doit monter à gauche du lien qui existe entre le désintérêt des citoyens pour les élections et les politiques, et la faiblesse des contenus, l’invisibilité de projets de société véritablement alternatifs au modèle néolibéral. Une situation qui est à mettre en relation avec la quasi inexistence de débats et de confrontations sur le fond des idées permettant d’identifier et de départager les candidats.es et de donner consistance au clivage gauche/droite qu’appellent de leurs vœux de plus en plus manifestement les françaises et les français.
 
La seconde est la nécessité de revivifier le cadre institutionnel dont les principaux dispositifs sont aujourd’hui à bout de souffle. Il s’agit d’en modifier l’architecture en proposant de nouvelles institutions où le pouvoir et la responsabilité des élus s’exerceraient dans une sorte de croisement entre leur action de représentation et l’intervention populaire directe à partir de pouvoirs nouveaux de participation aux prises de décisions. Particulièrement à celles se prenant dans les lieux de gestion que sont toutes les entreprises privées et publiques, de production et de services, l’ensemble des collectivités ; en fait, tous les lieux où s’effectuent des choix décisionnels en matière d’utilisation de l’argent.
 
Est à intégrer à ce développement de la crise démocratique, le glissement hyper présidentialiste de la 5ème République qui n’atteint d’ailleurs pas seulement le fonctionnement de l’État mais qui touche aussi celui de nombreux partis politiques dont des partis de gauche. C’est une évolution qui depuis environ trois décennies s’amplifie régulièrement et qui se manifeste particulièrement à l’occasion de chaque scrutin présidentiel à un point tel que maintenant, même le second tour de cette élection ne mobilise plus les foules ! (Voir à l’occasion de l’élection de E macron).
 
Enfin un autre élément entre en ligne de compte, c’est l’asservissement des médias au pouvoir et le rôle de courroie de transmission de plus en plus direct qu’ils jouent vis-à-vis des instances officielles du pouvoir. Tout discours en dehors de la doxa officielle est ainsi soigneusement ignoré. Seul quelques interventions dissonantes sont tolérées, et encore bien souvent à condition qu’elles entrent dans un schéma favorisant au final les dessins de la classe dominante.
 
Des enseignements qui rompe avec l’évidence dominante.
 
De façon parfois en apparence contradictoire, ces deux scrutins livrent d’autres enseignements. Le premier est celui de l’échec des listes LREM. Le camp du président de la République a été très clairement mis en échec. L’image présidentielle n’en ressort vraiment pas renforcée malgré les efforts déployés par l’Elysée pour faire comme si de rien n’était, notamment avec un E Macron continuant sa tournée des popotes.
 
A ce propos, une question ne mérite-t-elle pas d’être posée ? En dehors de la casse du service public de la poste et de l’incapacité des entreprises privées à assumer des missions d’intérêt général peu lucratives que révèlent les graves dysfonctionnements constatés dans la distribution des documents officiels de campagne, ces multiples accrocs n’arrangeaient-ils pas finalement le camp présidentiel dont toute l’attitude a consisté à ignorer soigneusement ces deux élections et donc d’une certaine manière à favoriser l’abstention ?
 
Le second est le recul significatif du RN. Ce parti voit son influence électorale reculer quasiment de 7 à 8 points par rapport à 2015. Là encore, E Macron qui ne ménage pas sa peine pour se désigner un adversaire- repoussoir en la personne de M Le Pen et de son parti le Rassemblement National, est pour le moins mis en échec.
 
Cela ne signifie pas que dans douze mois, le président sortant serait politiquement mis hors-jeu ni d’ailleurs que le RN soit définitivement sur la voie déclinante mais cela interroge et invite à la réflexion. N’y-a-t-il pas une vraie opération de poker menteur qui se joue autour du niveau d’influence du RN ? Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que nous assistons à un tel scénario ?
 
Le fait nouveau est que la manœuvre dont compte tirer parti d’ailleurs pas uniquement les forces au pouvoir mais aussi par exemple une certaine sphère entourant J-L Mélenchon, semble quand même avoir pris un peu de plomb dans l’aile ; cela, à un an de la présidentielle. Enfin peut-être que la bulle RN commence à faire pschitt tant aujourd’hui ne suffisent plus pour convaincre les électeurs et les électrices les coups de mentons, la désignation de boucs-émissaires ou les postures tribunitiennes. Il faut des propositions concrètes à porter dans des actions concrètes et pas seulement lors des joutes électorales…
 
La troisième leçon qui peut être tirée de cette phase électorale est le bénéfice que retire la droite d’une situation politique trouble résultant d’opérations de recompositions politiques autour de nébuleuses qui n’arrivent pas à rassembler et à s’imposer que ce soit par exemple LREM ou LFI. La droite conforte ainsi ses positions dans de nombreux départements et régions. Elle dirige 64 départements sur 95 sur fond d’une certaine stabilité ; seulement sept départements changeant de majorité. Elle conserve ses régions en améliorant significativement ses résultats dans plusieurs.
 
La droite qui malgré quelques dissensions apparait comme rassemblée aux yeux de celles et ceux qui votent, incarne sans doute un repère stabilisateur renforcé au moins en apparence, par une certaine cohérence de discours articulant les thèmes de la sécurité et du progrès social.
 
Le besoin d’une nouvelle cohérence.
 
Enfin à gauche, la situation demeure relativement insatisfaisante. Le total des voix de gauche et des écologistes atteint à peu près 33% des voix alors que la droite en totalise 38%. C’est le PS qui dans cet ensemble tient visiblement la corde avec 15%. Par contre LFI décroche. Avec 5% mis à son crédit, c’est une des mauvaises opérations de ce scrutin.
 
Quant au Pcf, en termes numériques, il augmente son nombre d’élus de + 32 aux régionales passant à 67 et de + 7 aux départementales passant à 160. Mais sa visibilité est encore partiellement brouillée. Des positionnements à géométrie variable selon les départements, les régions contribuent sans doute à ce manque de clarification très lié par ailleurs à des difficultés récurrentes à promouvoir ses propositions, à les mettre en débat et à avancer son projet.
 
Et il faudra sans doute s’interroger sur l’efficacité de certaines alliances passées ou la composition de certains rassemblements auxquels nous avons participé.
 
Cela dit, le Pcf a une vraie carte à jouer. Un vrai espace est ouvert devant lui, des oreilles sympathiques, voire attentives nous écoutent. Dans la société s’exprime aujourd’hui une profonde recherche de sens qui va de pair avec une volonté de cohérence de choix et de démarche appuyée sur des leviers précis et efficaces afin de ne plus retomber dans les ornières de la tambouille politique et finalement de la soumission au capital.
 
Nous avons besoin pour cela de travailler notre propre projet tout en agissant pour l’éclosion d’un nouveau clivage gauche/droite. C’est à ce coin de rue que le PCF est attendu !
 
Jean-Marc Durand.

Publié dans PCF, Elections

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article