Le passe va pénaliser les plus fragiles...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le passe va pénaliser les plus fragiles...

La stratégie vaccinale peinant à atteindre les plus précaires, le passe sanitaire a tout de la double peine pour eux. Le maire PCF de La Courneuve, Gilles Poux, détaille les freins qui expliquent cette situation.

«À La Courneuve, nous tâchons de faire beaucoup pour l’accès à la vaccination, avec notamment un centre ouvert depuis le 18 janvier et une volonté d’aller vers les habitants. Mais la population est dans une grande précarité, 43 % des habitants sont sous le seuil de pauvreté, et une partie ne maîtrise pas totalement le français – il y a plus de cent nationalités dans la commune. Or, on s’aperçoit que ce sont eux, les plus précaires, qui sont aujourd’hui les moins vaccinés. Nous sommes ainsi, à La Courneuve, entre 12 et 14 % en dessous de la moyenne nationale concernant la vaccination, car les freins sont nombreux. Ils ne sont pas plus antivax que les autres mais il y a de l’ignorance, des difficultés à appréhender les structures d’accès aux droits. D’une façon générale, 25 % à 30 % des personnes en situation de précarité ne font pas valoir tous leurs droits. Il en va de même avec le virus.

C’est pourquoi, à La Courneuve Plage, nous avons organisé la vaccination dans un lieu très populaire et fréquenté. Là, beaucoup de gens, et notamment des populations étrangères, sont venus. C’est parce qu’il y a eu un rapport direct, des explications.

Dans un département comme la Seine-Saint-Denis, où il y a entre 150 000 et 200 000 personnes en situation irrégulière, on sait que, pour elles, tout ce qui paraît institutionnel est perçu comme un danger potentiel. À tort ou à raison mais il faut le prendre en compte. Or, le passe sanitaire sera contraignant alors que l’accès à la santé doit être positif. Le fait d’avoir une loi s’appliquant aussi rapidement et brutalement ne va pas permettre de corriger cette réalité d’un coup de baguette magique : cela va pénaliser les couches les plus fragiles.

Cette loi a notamment été validée trop vite par le Conseil constitutionnel : il aurait fallu ajouter des délais supplémentaires. Cela n’aurait pas remis en cause la volonté gouvernementale mais permis une application plus équitable, juste.

Mais également envoyé des signaux positifs aux populations les plus fragiles. Parce qu’en plus, elles pourront voir leur salaire suspendu si elles ne présentent pas de passe. Pour elles, il est urgent par ailleurs que le gouvernement traduise en acte ce qui a été dit sur le besoin de remettre à flot notre système de santé, dépecé depuis vingt ans. On est à court d’initiative ! Rien ne change !

J’en veux pour preuve : en Seine-Saint-Denis, le futur hôpital de Saint-Ouen se fait avec la fermeture de deux autres hôpitaux. Résultat : 750 lits en moins. Tout cela manque de cohérence et a conduit à ce que la crise ait de telles conséquences sur un territoire comme le nôtre. »

Publié dans santé, Politique nationale

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