Recherche. Sanofi tente de rattraper le train de l’ARN

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Recherche. Sanofi tente de rattraper le train de l’ARN

Après avoir loupé le coche de cette biotechnologie, le groupe absorbe son partenaire américain pour entrer dans la course.

En rachetant la start-up américaine Translate Bio, spécialisée dans l’ARN messager, pour 2,7 milliards d’euros, le géant pharmaceutique français entend combler une partie de son retard. Car le leader mondial des vaccins est à la peine sur cette technologie prometteuse qui consiste à injecter des instructions génétiques dans l’organisme pour qu’il fabrique lui-même la protéine du virus qu’il doit combattre.

Alors que les premiers sérums contre le Covid-19 à base d’ARN messager, développés par Moderna et Pfizer-BioNTech, sont disponibles depuis de longs mois, le vaccin développé par Sanofi avec le britannique GSK, conçu grâce à la technologie traditionnelle de la protéine recombinante, ne devrait pas être produit avant le quatrième trimestre 2021 et son propre sérum à base d’ARN messager, en cours de développement avec Translate Bio, ne serait disponible qu’en 2022.

« C’est un peu une course à la rustine, résume Fabien Mallet, coordinateur CGT chez Sanofi. Ce rachat démontre une certaine panique car Sanofi a dix ans de retard dans ce domaine. »

Pourtant, le groupe pharmaceutique a eu l’opportunité de miser sur cette technologie bien plus tôt. En 2018, le PDG d’alors, Olivier Brandicourt, entre en discussion avec le fondateur de Moderna, spécialiste de l’ARN messager, mais décide de ne pas la racheter. À la place, un prudent partenariat avec la firme Translate Bio est noué. Et « ils ne l’ont pas vraiment fait vivre », note le syndicaliste.

400 licenciements prévus dans les laboratoires

S’appuyant sur leur succès contre le Covid-19, les leaders de cette nouvelle technologie menacent la branche vaccin de Sanofi.

Moderna a lancé les essais d’un vaccin contre la grippe, dont le groupe français est aujourd’hui le premier producteur mondial, alors que BioNTech entend développer des sérums contre le paludisme et la tuberculose.

« Si on ne s’y met pas maintenant, on va disparaître », prévient Fabien Mallet, pour qui la stratégie du rachat met directement en cause la casse progressive de la R&D (recherche et développement) interne, compensée « à coups de dollars ».

Dans le dernier plan stratégique du groupe, ce sont 400 nouveaux licenciements dans les laboratoires qui sont prévus.

« En absorbant des start-up, on les intègre à Sanofi pendant que la direction supprime des emplois en France et délaisse ses sites historiques de recherche », déplore Pascal Collemine, délégué syndical central CGT Sanofi.

« Le centre de gravité est en train de basculer totalement. La tendance est de transférer la R&D aux États-Unis. »

Juliette Barot Article publié dans l'Humanité

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