Renault fait du bénéfice en cassant l'emploi et avec des reculs sociaux et industriels

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Renault fait du bénéfice en cassant l'emploi et avec des reculs sociaux et industriels

Alors que le groupe Renault renoue avec les bénéfices en 2021, les syndicats rappellent que ces bons résultats sont en partie dus aux aides de l’État et aux efforts imposés aux salariés.

Les résultats de la marque au losange repassent au vert. Après une année 2020 catastrophique, notamment à cause de la crise sanitaire, une embellie se dessine.

Au premier semestre 2021, le chiffre d’affaires a augmenté de 26,8 %, à 23,351 milliards d’euros, et la marge opérationnelle s’élève à 654 millions, représentant 2,8 % de son chiffre d’affaires. Quant au bénéfice net, il se monte à 368 millions d’euros.

Le directeur général de Renault, Luca de Meo, s’est réjoui : « Nous gagnons à nouveau de l’argent sur notre cœur d’activité », mais, pour les syndicats, la satisfaction doit être nuancée. Si le constructeur est sorti de la zone rouge, c’est parce que le groupe a « fait payer l’addition aux clients, aux salariés et à la collectivité », selon la CGT.

4 600 suppressions de postes

Avec le plan stratégique Renaulution, les réductions massives de coûts décidées en juin 2020 sont un des éléments moteurs de ce bilan positif. D’ici à la fin 2021, 2 milliards d’euros d’économies seraient ainsi réalisées.

Dans ce train austéritaire, les employés sont les premiers sacrifiés : 4 600 suppressions de postes sont en cours dans l’Hexagone (15 000 dans le monde), alors que les usines ont largement bénéficié du chômage partiel, financé à 60 % par les pouvoirs publics.

« Les efforts de tous les salariés portent les fruits du redressement (…). L’entreprise montre un autre visage que les 7,4 milliards de pertes, il y a juste un an », estime la CFDT dans un communiqué, relevant tout de même « des points d’inquiétude pour la suite ». Et pour cause, en interne, les ingénieurs, ouvriers et employés des fonctions supports sont lassés des coups de rabot perpétuels.

Comme le précise Olivier Augustin, élu CGT au CSE de l’usine Renault Flins (Yvelines) :

« Renault n’a pas arrêté de supprimer des emplois, jusque dans ses fonderies. C’est révoltant ! Nous sommes soumis à tellement d’économies qu’il faut pleurer pour avoir une paire de gants et des outils. Depuis qu’ils ont annoncé la fin de l’assemblage des voitures pour 2024 à Flins, tout s’accélère. La cadence a baissé. Il y a un projet d’organisation en une seule équipe avec lequel nous ne pourrions produire que 400 véhicules, contre 2 000 avant la pandémie… »

Recul des acquis

Si la crise des semi-conducteurs a maintenu un prix élevé des voitures partout dans le monde, dans les usines, elle a aussi fait chuter la production. « On chôme une semaine sur deux. On ne sait jamais à quelle usine Renault va donner les composants », poursuit Olivier Augustin.

Dans certains sites comme à Douai (Nord), les salariés ont même été sommés de poser des jours de repos pour financer leur salaire complet.

Devenue une filiale, Douai fait d’ailleurs figure de test grandeur nature en matière de recul des acquis avec changement des horaires de travail et blocage de l’évolution salariale. Sur ce modèle, la rentrée s’annonce régressive pour l’ensemble du groupe.

Un processus de négociation de quinze mois va s’ouvrir avec les syndicats pour poursuivre la transformation en profondeur de l’entreprise, avec en ligne de mire, notamment, le statut social des salariés, les salaires, les rémunérations et la protection sociale. Pour la CGT, pas de doute :

« Le groupe Renault sera le laboratoire de la destruction des conventions collectives de la métallurgie, sujet que le patronat (Union des industries minières et métallurgiques) tente d’imposer depuis plus de trois ans. »

Cécile Rousseau  Article publié dans l'Humanité

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