Santé. Vérités et mensonges sur les vaccins anti-Covid

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Santé. Vérités et mensonges sur les vaccins anti-Covid

Effets secondaires ? Dangerosité ? Efficacité contre les variants ? De nombreuses interrogations nourrissent l’hésitation vaccinale. Pour démêler le vrai du faux, dix points basés sur les dernières études scientifiques.

1 On ne sait pas ce que contiennent les vaccins

Faux La composition des sérums est parfaitement connue. Le principe actif des vaccins développés par Pfizer/BioNTech et Moderna est l’ARN messager : du fait de sa relative nouveauté, cette technologie dite des « vaccins à acides nucléiques » suscite des questions et des craintes.

De quoi parle-t-on exactement ? Il faut savoir que l’ARN est une molécule présente naturellement dans les cellules des êtres vivants qui « sert à fabriquer les protéines nécessaires au fonctionnement de l’organisme », explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Comme le rappelle Bruno Pitard, directeur de recherche à l’Inserm et spécialiste de la vaccination ARN, tous les vaccins reposent sur le même principe : ils consistent « à injecter dans l’organisme de faibles doses d’un agent pathogène (virus ou bactérie) ou des fragments d’agent pathogène pour exposer le système immunitaire et le préparer à contrer les attaques futures ».

Dans le cas des vaccins Pfizer et BioNTech, on injecte des molécules d’ARN messager – une copie de synthèse d’un brin de code génétique du virus et non du virus lui-même, contrairement aux vaccins classiques – qui vont servir à la fabrication de la protéine Spike, laquelle va déclencher la production d’anticorps. Cet ARNm est enrobé d’une capsule lipidique pour le préserver de toute destruction, mais aussi pour faciliter la pénétration dans le cytoplasme de la cellule.

Les vaccins des laboratoires AstraZeneca et Johnson & Johnson reposent, eux, sur le principe de l’adénovirus. Il s’agit d’utiliser un virus affaibli pour transporter une petite partie de l’ADN du coronavirus dans notre corps et lui apprendre à se défendre.

2 Les vaccins à ARN messager modifient notre patrimoine génétique

Faux « L’ARN messager n’est pas capable de s’insérer dans le noyau des cellules et n’entre pas en contact avec l’ADN (les molécules porteuses du patrimoine génétique – NDLR). En aucun cas, il ne peut modifier notre génome », insiste Dominique ­Deplanque, professeur de pharmacologie médicale au centre d’investigation clinique du CHU de Lille.

En outre, « la présence de cet ARN messager dans l’organisme est très fugace, il disparaît rapidement après son injection ». Il produit juste ce qu’il faut pour entraîner le système immunitaire à réagir en cas d’infection « naturelle » par le virus avant d’être éliminé.

Cette ambiguïté s’explique par le fait qu’il existe « des micro-ARN qui peuvent interagir avec l’ADN, mais il ne s’agit pas des mêmes molécules, précise le Pr Deplanque. Comme dans bon nombre de théories diverses et variées, il y a un petit fond de vérité, mais celle-ci est surinterprétée pour introduire le doute ».

3 Les vaccins ont été mis au point trop rapidement

Faux En temps normal, il faut compter entre huit et quinze ans pour le développement d’un vaccin. Ceux contre le Covid ont été élaborés en dix-huit mois ! Ceci s’explique par plusieurs raisons : tout d’abord, même si elle était relativement confidentielle, la technologie de l’ARN messager ne date pas d’hier. Des chercheurs travaillent sur le sujet depuis plusieurs décennies.

« Les épidémies précédentes de Sars-CoV-1, en 2002-2003, et de Mers-CoV, en 2012, avaient permis de développer des candidats-vaccins », indique le Pr Deplanque. « Plusieurs essais sur l’homme ont été menés, notamment pour des vaccins contre des maladies infectieuses (le VIH, le virus Zika). Pour le candidat-vaccin Ebola, on était ainsi allé jusqu’en phase 1 », renchérit Morgane Bomsel, immunologiste, directrice de recherche au CNRS et cheffe du service « entrée muqueuse du VIH et immunité muqueuse » à l’institut Cochin, à Paris, qui travaille depuis mars 2020 sur le Covid-19 avec son équipe.

Ces antécédents expliquent pourquoi la première étude clinique sur le Covid a pu avoir lieu dès mars 2020. « On disposait, en outre, en 2020 d’une maturité technologique pour comprendre rapidement ce virus », poursuit Dominique Deplanque.

Enfin, la vitesse de propagation de l’épidémie et le nombre de malades ont permis d’aller plus vite dans les phases d’essai clinique : « On a eu beaucoup de volontaires pour y participer », précise le professeur de pharmacologie médicale. « La vitesse de circulation du virus dans la population a permis d’obtenir plus rapidement des résultats d’efficacité », corrobore Morgane Bomsel.

Quant aux délais administratifs, ils ont été raccourcis, « le processus de validation des données cliniques a été fait en temps réel, ce qui a permis de gagner du temps ».

Par ailleurs, jamais les fonds attribués à ce type de recherche n’avaient été aussi élevés, aussi bien l’argent investi par les laboratoires que par les autorités publiques.

4 Le vaccin est toujours en phase expérimentale

Vrai et faux Ce qui est faux, c’est dire que les vaccins contre le Covid sont toujours dans une phase expérimentale. En dépit de leur développement et de leur production en un temps record, ils sont tous passés par les trois phases obligatoires. Ils ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) dite « conditionnelle », un point à l’origine de la désinformation. Ce type d’autorisation existe depuis longtemps. « Une AMM conditionnelle, renouvelable, permet l’autorisation de médicaments qui répondent à un besoin médical non satisfait avant que les données à long terme sur l’efficacité et la sécurité ne soient disponibles », mentionne l’ANSM.

Ce qui est vrai, c’est que les laboratoires se sont engagés à poursuivre des essais cliniques complémentaires de phase 3 (jusqu’au 27 octobre 2022 pour Moderna et 31 janvier 2023 pour Pfizer) pour savoir quelle sera exactement la nature de la réponse immunitaire apportée par le vaccin.

Une procédure habituelle dans la conception de médicaments pour permettre notamment d’estimer d’éventuelles évolutions du ­rapport bénéfice-risque.

Selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), ces analyses permettront par exemple d’obtenir des précisions sur « le maintien ou la baisse de la réponse immunitaire dans le temps, l’évolution de l’efficacité vaccinale plusieurs mois après la vaccination, la nécessité d’un rappel, l’efficacité sur des variants, la fréquence de survenue des effets indésirables ».

5 On va devoir se revacciner tous les six mois

On ne sait pas « Il est un peu trop tôt pour dire si une troisième dose sera utile ou pas, estime Morgane Bomsel.  Tout dépendra de la persistance de la réponse immunitaire, et ça, on le découvre au fur et à mesure. » « Mais d’après les immunologistes, continue Dominique Deplanque, un certain nombre de signaux semblent montrer que les vaccins à ARN induisent une réponse immunitaire à long terme. »

En revanche, une troisième dose est d’ores et déjà actée pour les populations dont le système immunitaire est fragilisé par certaines pathologies (patients greffés, insuffisants rénaux).

Des essais sont également menés sur des traitements complémentaires pour renforcer l’immunité, notamment un vaccin par voie nasale en spray. « En complément du vaccin injecté, cela permettrait d’induire une immunité locale qui ferait barrière au virus », note le Pr Deplanque. Pour améliorer la réponse immunitaire, la question des combinaisons (ce qu’on appelle le vaccin hétérologue) se pose également : deux études récentes, publiées dans la revue Nature, accréditent que combiner AstraZeneca et un vaccin à ARN messager (Pfizer ou Moderna) confère « des titres d’anticorps deux fois plus élevés » qu’avec deux doses du même vaccin. ­Surtout, cela reste efficace et plus fort face aux différents variants. Une autre étude, menée en Corée du Sud, a obtenu les mêmes résultats.

6 Il n’y a jamais eu autant d’effets indésirables

Faux Comme pour toute prise de médicament, la vaccination peut entraîner des effets indésirables. « Il n’y a rien d’étonnant. Le vaccin stimule le système immunitaire. C’est normal qu’il réagisse. Certaines personnes ressentiront des effets plus ou moins importants, tout dépend des individus », ajoute Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS.

Fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs ou réactions cutanées au point d’injection… La plupart des réactions ne sont ni graves ni durables. Il s’agit, la plupart du temps, de symptômes grippaux bénins qui passent au bout d’une journée. Des réactions allergiques, des effets sur la pression artérielle ou des troubles du rythme cardiaque sont également relativement fréquents.

Quant aux réactions les plus graves, elles sont « excessivement rares sur tous les vaccins en général et ne concernent que quelques personnes sur des millions de vaccinés (pour rappel, plus de la moitié des Français sont désormais complètement vaccinés contre le Covid-19 – NDLR) », rappelle Morgane Bomsel. Ce que confirme la dernière synthèse de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur la surveillance des effets indésirables des vaccins contre le Covid : hormis les cas de thrombose atypique liés au vaccin AstraZeneca (56 cas enregistrés, dont 13 décès, sur les 7 411 000 injections du vaccin), les réactions les plus graves concernent des problèmes d’inflammation cardiaque (myocardite et péricardite) apparus aussi bien chez des patients vaccinés par un vaccin à ARNm qu’avec l’AstraZeneca.

Et dans l’immense majorité, l’évolution de l’état de santé des patients est « favorable ». « Le tableau est bénin, transitoire et disparaît rapidement sans trace sur le muscle cardiaque », rassure le Pr Deplanque. Concernant le vaccin Janssen, l’Agence européenne du médicament (EMA) « considère qu’il existe un lien possible (…) avec des cas de syndrome de Guillain-Barré ». « En France, 4 cas ont été déclarés depuis le début du suivi, dont 3 d’évolution favorable. Mais ils ne remettent pas en cause le rapport bénéfice/risque du vaccin », écrit l’agence sanitaire, qui affirme que « la majorité des effets indésirables sont attendus et non graves ». « Quand on met tout ça dans la balance, cela reste très en faveur du vaccin », analyse Morgane Bomsel.

7 On n’a pas assez de recul sur les effets secondaires à long terme

Faux Le risque zéro n’existe pas. Cependant, dans l’histoire, aucun vaccin n’a produit d’effets secondaires sérieux détectés par les autorités de pharmacovigilance au-delà de deux à trois mois après l’injection.

À ce jour, les risques les plus graves, extrêmement rares, sont de court terme. Les cas de thrombose atypique ont ainsi été observés de quatre à vingt-huit jours après une dose d’AstraZeneca. « Cette nouvelle technologie n’a, jusqu’à présent, pas mis en évidence d’effets indésirables graves à long terme. Ils sont peu probables au regard des remontées sur les autres vaccins », assure Morgane Bomsel. Même si la scientifique admet qu’on « n’a pas encore tout le recul nécessaire, les craintes s’estompent au regard des milliards de personnes vaccinées ».

Plus catégorique, Dominique Deplanque répond par une interrogation : « J’entends bien la crainte de la population sur les effets indésirables à long terme, mais de quoi parle-t-on ? De quelques semaines, six mois, un an, cinq ans, dix ans ? Comment rattacher un événement médical des années après une injection ? »

8 Le vaccin a tué des milliers de gens

Faux Des publications relayées sur les réseaux sociaux affirment que la vaccination contre le Covid-19 a entraîné la mort de plus de 15 000 personnes en Europe. Certains sites en évoquent plus de 18 000. Mais l’affirmation est erronée. Il s’agit des effets indésirables « susceptibles » d’être liés à l’utilisation des médicaments répertoriés dans les bases de données de pharmacovigilance au niveau européen. Ils ne doivent pas être interprétés comme des liens avérés entre l’administration du vaccin et un décès survenu après coup.

L’Agence européenne du médicament a insisté sur le fait que ces chiffres « ne signifient pas nécessairement que les événements rapportés ont été causés par le vaccin ».

Pour le professeur Deplanque, « les rapports de cas spontanés d’effets secondaires sont rarement suffisants pour prouver qu’un certain effet suspecté a effectivement été causé par un médicament spécifique. Un patient vacciné peut faire un AVC. S’il en décède, ce n’est pas lié au vaccin ».

9 Les vaccins sont inefficaces face aux variants

Faux « Aucun vaccin ne protège à 100 % », souligne la Haute Autorité de santé (HAS). Comme le souligne l’épidémiologiste Antoine Flahaut, il existe « des échappements vaccinaux et des personnes vaccinées qui contractent le virus et qui peuvent même faire des complications graves et en mourir ».

Mais les vaccins, notamment ceux de Pfizer et Moderna, ont fourni des données solides prouvant leur efficacité à 95 %. Concrètement, cela signifie qu’une personne vaccinée a 95 % moins de risque de contracter le Covid, notamment une forme symptomatique qui potentiellement peut l’amener à l’hôpital.

Selon une étude publiée en mai 2021 dans The Lancet, le vaccin de Pfizer serait même efficace à 95,3 % pour l’infection au Sars-Cov-2, à 97,2 % pour éviter les hospitalisations et à 96,7 % pour éviter les décès chez les vaccinés ayant reçu leur seconde dose depuis au moins sept jours. « Les vaccins disponibles gardent une efficacité sur tous les variants », conclut l’Inserm.

10 Être vacciné n’empêche ni d’être malade ni de transmettre le virus

Vrai « Quand vous êtes vacciné, vous ne risquez pas de continuer à contaminer les autres », a affirmé Jean-Michel Blanquer le 28 juillet. Quinze jours plus tôt, Jean Castex avait lui aussi déclaré que les personnes vaccinées n’avaient « plus de chance d’attraper la maladie ». Des affirmations erronées. Car la contamination reste possible.

Selon une note de la Drees, 6 % des nouveaux cas enregistrés du 28 juin au 4 juillet en France concernaient des personnes complètement vaccinées qui peuvent contaminer d’autres personnes. Par ailleurs, la transmission reste aussi possible et, d’après une toute récente étude américaine dont le Dr Rochelle Walensky, directrice des centres de prévention et de contrôle des maladies (Centers for Disease Control and Prevention), a révélé les premiers résultats au New York Times, même complètement vaccinées, symptomatiques ou pas, les personnes contaminées par le variant Delta seraient porteuses d’une charge virale importante dans le nez et dans la gorge, donc tout aussi contaminantes que des personnes non vaccinées, ce qui n’était pas le cas avec les formes antérieures du virus.

Rappelons cependant qu’il reste avéré que le vaccin protège des formes graves. Une nouvelle étude nationale réalisée entre le 31 mai et le 11 juillet dans les services Covid-19 et ceux de réanimation français montre que 85 % des hospitalisés ne sont pas vaccinés.

Alexandra Chaignon Publié dans l'Humanité

Publié dans santé

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