Tests Covid. Ce qu'ils rapportent vraiment aux pharmacies et labos d'analyse

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Tests Covid. Ce qu'ils rapportent vraiment aux pharmacies et labos d'analyse

Le nombre de dépistages du Covid, qu'ils soient antigéniques ou PCR, bat des records cet été et devrait encore s'accentuer avec la validation par le Conseil constitutionnel du pass sanitaire.

Un jackpot se chiffrant en centaines de millions d'euros pour les pharmacies et laboratoires d’analyses médicales qui profitent des largesses de l’État, en attendant la fin du remboursement des « tests de confort » cet automne. On a fait le calcul.

C’est la course. Toutes les dix minutes, dans son officine, Philippe Besset teste. Depuis le 15 juillet, c’est la ruée, et les pharmaciens sont complètement débordés. Vacances obligent, « avec les annonces d’Emmanuel Macron et la mise en place d’un passe sanitaire, le nombre de rendez-vous pris dans les pharmacies explose », confirme-t-il.

« Des gens qui veulent aller au cinéma, à la piscine ou au zoo »

Le rythme est soutenu et, comme tous ses confrères, le pharmacien est dépassé. « Il y a une recrudescence assez extraordinaire des tests antigéniques, surtout en fin de semaine. Samedi dernier, je n’ai fait que ça : des tests et de la saisie informatique. J’ai dû en faire une vingtaine. Le vendredi, on en a fait presque trente, c’est beaucoup », témoigne un autre professionnel.

« Ce sont essentiellement des personnes qui veulent aller au cinéma, à la piscine ou au zoo. Des fois, c’est pour se rendre en vacances, notamment dans les campings qui le demandent. On a aussi des cas contacts, surtout avec le variant Delta, il y en a de plus en plus », liste-t-il.

Pour faire face à la demande, sur le littoral, où se sont massés les touristes, certaines officines ont même recruté.

D’autres font part de l’agressivité des personnes qui ne trouvent pas de rendez-vous. « Les pharmaciens sont pris pour cibles, avec de nombreuses incivilités, et trois agressions », complète Philippe Besset, également président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

4 millions de tests en une semaine

En moyenne, les pharmacies réalisent « 1,5 million de tests antigéniques chaque semaine », confie Philippe Besset. Mais ce chiffre ne cesse de grimper. La semaine dernière, 2,26 millions de tests antigéniques ont été réalisés, selon les chiffres du ministère de la Santé. En comptant les tests PCR, le total monte à 4 millions. Un record.

Tout comme celui du vendredi 30 juillet, où, dans une seule journée, 850 000 tests ont été dispensés, dont 300 000 antigéniques, créant ainsi une « surcharge intense de travail dans les officines ».

Mais, pour ces professionnels, le jeu en vaut la chandelle.

Tester reste pour la pharmacie une activité très lucrative. Acheté 4,95 euros à son fabricant, le test est remboursé 25 euros par la Sécurité sociale au pharmacien. Reste à l’officine de payer les équipements de protection individuelle de ses employés, ainsi que leur salaire. Selon Philippe Besset, « il faut compter 1 euro pour les équipements. La rémunération, chargée des cotisations sociales du pharmacien, est quant à elle de 47 euros de l’heure, soit environ 8 euros par test ».

Entre mars 2020 et le 1er août 2021, 26,7 millions de tests antigéniques ont été réalisés.

Ce qui revient pour l’officine à un bénéfice de 11 euros. La carotte est belle. Il est possible d’estimer que les pharmaciens ont potentiellement gagné plus de 290 millions d’euros.

Au minimum puisque, avant le remboursement à 25 euros, l’ARS (agence régionale de santé) avait tarifé l’acte à 33 euros, puis 29 euros. Une manne en comparaison de celle du vaccin dont l’acte est tarifé à 7,90 euros.

750 millions de revenus pour le seul labo Eurofins

Outre les pharmacies, les laboratoires d’analyses médicales font aussi leurs chiffres sur les tests. Eurofins Scientific, géant français des laboratoires d’analyses, s’est félicité, ce jeudi, d’un excellent premier semestre. Entre janvier et juin, le groupe a dégagé un bénéfice de 415 millions d’euros, plus que quadruplé par rapport à un an plus tôt, selon un communiqué. Ses revenus ont bondi de 41 %, à 3,3 milliards d’euros.

Pour l’heure, Eurofins estime que les produits liés au Covid-19 lui ont rapporté 750 millions de revenus au premier semestre 2021, une dynamique persistante qui le pousse à relever ses prévisions annuelles. « Si l’activité reste élevée au quatrième trimestre pour les tests Covid-19, (ces objectifs) pourraient à nouveau être nettement dépassés », note le groupe.

Les pharmaciens pensent que cet engouement pour le curetage nasal s’atténuera cet automne, grâce à la fin du remboursement des « tests de confort », en dehors des personnes symptomatiques ou cas contact. Mais aussi avec la progression espérée de la vaccination. En attendant, pharmaciens et laboratoires encaissent en toute discrétion.

Clotilde Mathieu  Article publié dans l'Humanité

Publié dans santé, Finances-riches

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