Il n'y a pas de pénurie de main d'oeuvre, mais une pénurie d'emplois !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Il n'y a pas de pénurie de main d'oeuvre, mais une pénurie d'emplois !

Selon le patronat et le gouvernement, le manque de main-d’œuvre (sous-entendu le manque de volonté des privés d’emploi pour occuper les postes vacants) serait le pire mal auquel serait confronté notre marché du travail et la plus grande menace pesant sur la reprise de notre économie.

Pourtant, à bien y regarder, même si les milliers d’emplois vacants recensés par le Medef étaient occupés, il resterait encore des millions de personnes inscrites à Pôle d’emploi. C’est donc bien à la pénurie d’emplois – et non à la pénurie de travailleurs – qu’il faut s’attaquer pour permettre à tous de travailler.

La pénurie de main d'oeuvre : une ritournelle ancienne !

Depuis 2013, de Hollande à Macron, les gouvernements successifs ainsi que le patronat évoquent régulièrement aux alentours de 300 000 emplois non pourvus.

Les vrais chiffres et leur véritable signification

Les chiffres de la Dares sont clairs :

  • 264 000 emplois vacants (et non pas 300 000 comme annoncé) ;
  •  seule la moitié des postes est réellement inoccupée (129 360 emplois) ;
  • l’autre moitié correspond à des projections d’emplois qui pourraient se libérer (départ en retraite par exemple) ou d’emplois nouvellement créés.

Ce qu'il en est en réalité, des emplois non pourvus

Les emplois non pourvus ne sont pas le fait d’un manque de candidatures, bien au contraire. Selon les données de Pôle emploi :

  • 3,2 millions d’offres ont été publiées en 2018 ;• 2,9 millions ont été pourvues – soit plus de 90 %. Il reste ainsi entre 210 000 et 350 000 offres non pourvues, pour lesquelles :
  • 112 000 sont abandonné·e·s faute de budget ou pour évolution des besoins dans l’entreprise ;
  • 157 000 sont abandonné·e·s faute de trouver le « bon » candidat, ce qui revient à 4,9 % des offres totales publiées ;• selon des données récentes, il n’y a que 18 000 emplois non pourvus faute de candidats1.

Une diversion pour occulter le chômage de masse

En réalité, le slogan du gouvernement et du patronat des « 300 000 emplois vacants » vise à occulter la réalité de l’ampleur du chômage de masse

Au 2e trimestre 2021 :

  • 5,6 millions d’inscrits à Pôle emploi pour les catégories A, B et C ;
  • 3,5 millions pour la seule catégorie A ;
  • auxquels s’ajoutent tous les privés d’emploi qui ne sont pas inscrits à Pôle emploi pour un ensemble de raisons (radiation, découragement, absence d’indemnités, etc.).

Il ne fait ainsi aucun doute que les emplois vacants sont une goutte d’eau dans l’océan du chômage de masse.

Pour chaque emploi vacant (pris au sens large), il y a 16,3 demandeurs d’emploi. Dit autrement, si tous les emplois vacants étaient pourvus d’un seul coup (ce qui est évidemment impossible), seuls 8 % du chômage serait « réglé » ; 92 % des privés d’emploi seraient toujours au chômage.

Une pénurie de "bons" emplois

L’Observatoire des inégalités considère que sont en situation de « mal emploi », outre les personnes privées d’emploi, celles en :

  • CDD ;
  •  intérim ;
  •  apprentissage.

Soit, en 2019, un total de 7,6 millions de travailleurs dont près de la moitié d’entre eux en contrat précaire. Une majorité de femmes (51,2 %) sont concernées par le « mal-emploi ».

Or, une majorité des secteurs qui se plaignent avoir du mal à recruter sont des pourvoyeurs du mal-emploi.

À cela, il faudrait également prendre en considération les salariés travaillant à temps partiel. En 2019, ils étaient 4,209 millions alors que 22,231 millions de salariés travaillaient à temps complet.

60 % des travailleurs à temps partiel souhaiteraient exercer un travail à temps plein.

Si les publications disponibles ne permettent pas d’identifier le temps partiel « subi », selon une étude de la Dares2 datant de 2013, on observe que près de 32 % des travailleurs subissaient un temps partiel et que près de 34 % d’entre eux étaient des femmes (contre 7 % pour les hommes) afin de « s’occuper des enfants ou d’un autre membre de la famille ».

C’est dans ce contexte que la CGT a confié à l’Institut Mines-Télécom-Lille-Douai une étude quantitative afin d’estimer le niveau d’emplois directs et qualifiés qui pourraient être créés, suite à la mise en œuvre d’un plan « d’investissement social », dans l’économie du soin et du lien aux autres, mais aussi celui du nombre d’emplois nécessaires pour lever les freins à l’emploi des femmes (de la petite enfance au grand âge).

La réduction légale du temps de travail à 32 heures permettrait non seulement de réduire ces inégalités d’accès au travail, mais surtout de lutter efficacement contre le mal emploi.

Travailler moins pour travailler mieux est une réponse à la pénurie d’emploi et à la prolifération du « mal-emploi ».

Sources : note CGT Travail Emploi

Publié dans Economie, Social

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