La mort de Belmondo le magnifique...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La mort de Belmondo le magnifique...

L'acteur Jean-Paul Belmondo, monstre sacré du cinéma français, est décédé lundi à son domicile à Paris à l'âge de 88 ans, a annoncé son avocat à l'AFP. L'Humanité lui rendra hommage dans son édition de mercredi.

"Il était très fatigué depuis quelque temps. Il s'est éteint tranquillement", a précisé son avocat, Me Michel Godest.

Celui qu'on surnommait Bébel a tourné dans 80 films et laisse derrière lui des rôles inoubliables : jeune premier dans "A bout de souffle" ou encore pendu à un hélicoptère au-dessus de Venise dans "le guignolo".

Jean-Paul Belmondo n’a pas toujours été le Bébel «tac tac badaboum» des films d’action des années 1970 et 1980. On connaît moins son engagement syndical, à la tête du Syndicat français des acteurs (SFA) de la CGT.

Il l'a été entre 1963 et 1966. Mais il faut remonter au film les Copains du dimanche. Il a été repéré par Henri Aisner, son réalisateur, en 1956. C’est une commande de la CGT, et son premier rôle au cinéma. Le film avait un double objectif : valoriser les comités d’entreprise et sortir de la guerre froide par la fiction, en prônant une alliance, mezzo vocce, entre la CGT et Force ouvrière.

Ce film, d’ouverture n’a pas très bien marché, pour différentes raisons, essentiellement parce que le syndicat  patronal des producteurs a fait pression sur celui des distributeurs, mais aussi parce qu’on était juste après les événements de Budapest... Peu importe, Belmondo y joue très bien, disait René Vautier, et c’est ce qui lui a permis d’être repéré plus tard.

C’est un événement fondateur de sa carrière?

Il est toujours resté fidèle à cet engagement. C’est un film qu’il aime bien, même s’il est un peu naïf, que la production manque de moyens.... Sur le tournage, il a fait la connaissance de Miche Piccoli. Il en parle dans ses mémoires, écrivant même qu’il avait voulu en racheter les droits.

Son adhésion à la CGT ne sera pas un accident de parcours...

C’était un acteur généreux, de sensibilité de gauche. La star de gauche dans les années 1960, libéral au sens américain - il aimait beaucoup Marlon Brando pour ses engagements - face à la star de droite, Alain Delon.

Après Gérard Philipe, qui avait été secrétaire général du SFA jusqu’à sa mort brutale en 1959, le syndicat a sans doute voulu retrouver une figure de gauche, populaire et sympathique. Il a accepté en 1963, même si pris par les tournages, il a souvent confié les rênes au délégué général Robert Sandrey et à son ami Michel Piccoli.

 

Belmondo, itinéraire... est un téléfilm documentaire de Vincent Perrot et Jean-François Domenech, réalisé par Vincent Perrot consacré à Jean-Paul Belmondo, sorti en 2011.

 

S’il a accepté de s’engager, c’est qu'il se sentait réellement concerné par le sort de ses copains acteurs. Au quotidien, il jonglait entre les contrats et était peu disponible... sauf pour le Gala des Artistes, crée par l’Union des artistes au profit des artistes dans le besoin, pour lequel il sera toujours partant.

S’il a accepté ce mandat, c’est aussi parce que le milieu était reconnaissant à l’époque à la CGT, et au Parti communiste aussi, d’avoir sauvé le cinéma français par ses mobilisations en 1948 (qui seront à l’origine du système de financement actuel et de «l’exception culturelle française» - NDLR).

"Vous ne réussirez jamais dans ce métier avec votre physique !" Ce jugement n'a pas empêché Jean-Paul Belmondo, avec sa gouaille, de devenir le "Magnifique" dans le coeur des Français et un monstre sacré du cinéma.

De "Pierrot le fou" à "L'As des as"

L'acteur au charisme exceptionnel a eu l'itinéraire d'un enfant gâté du cinéma, champion du box-office, avec quelque 80 films, de "Pierrot le fou" à "L'As des as", et 50 ans de carrière.

A l'écran, il est tour à tour star de la Nouvelle Vague et flic ou truand dans des films grand public.

Né le 9 avril 1933 à Neuilly-sur-Seine, le jeune Belmondo grandit dans une famille d'artistes. Son père est un sculpteur reconnu. Lui aime faire le pitre et rêve de théâtre.

Il intègre le conservatoire dans les années 50 et se constitue une bande "à la vie, à la mort" avec ses copains Jean Rochefort, Claude Rich, Bruno Crémer et Jean-Pierre Marielle.

Après des petits rôles au théâtre et au cinéma, il fait la rencontre qui scelle son destin, en la personne de Jean-Luc Godard. "C'est lui qui m'a fait aimer le cinéma (...) Avant +A bout de souffle+, on m'avait tellement dit que je n'étais pas bon que je doutais", confiait en 2001 Jean-Paul Belmondo.

Ce premier rôle clef, en 1960, aux côtés de Jean Seberg, le propulse sur le devant de la scène. Lui au départ si réticent vis-à-vis du septième art devient vite une vedette. Et, avec Alain Delon, l'un des deux monstres sacrés du cinéma français.

Roi de la cascade

Mélange de titi parisien à la Gabin --le héros de "Quai des Brumes" l'adoube d'ailleurs sur le tournage d'"Un singe en hiver": "Môme, t'es mes 20 ans !"--, de pitre à la Fernandel et de jeune premier à la Gérard Philipe... il enchaîne les succès.

Acteur emblématique de la Nouvelle Vague ("Moderato Cantabile", "Pierrot le fou"), il se tourne vite vers les comédies et les aventures rocambolesques où il enlace les plus belles actrices, de Catherine Deneuve à Sophia Loren en passant par Claudia Cardinale et Françoise Dorléac. Certaines deviennent ses compagnes à la ville, comme Ursula Andress et Laura Antonelli.

Passionné de boxe --gamin, il rêve d'égaler Marcel Cerdan--, il privilégie ensuite les rôles très "physiques" avec moult cascades, sans doublure, et coups de poing. C'est la période des superflics, des macho bagarreurs et des truands: "Borsalino", "Le Magnifique", "Flic ou voyou", "Le Professionnel" ou encore "L'As des as".

"On a fini par me coller une étiquette" de cascadeur alors que "moi, ce que j'ai eu envie de faire, dans ma carrière, c'est de naviguer entre Malle, Godard, Melville et des gens comme Verneuil, Deray, Lautner", confiait-t-il.

Et "si je n'exécute pas de pirouette, on m'en veut, on m'étrille", plaisante-t-il en 2016 dans un livre de souvenirs. Comme dans "La Sirène du Mississipi" de Truffaut (1969) où il est un amoureux transi.

Le "polar de trop"

Pendant plus de vingt ans, 48 de ses films dépassent chacun le million d'entrées... Jusqu'au "Solitaire" en 1987, son premier gros échec commercial. "Le polar de trop. J'en avais marre et le public aussi".

Il rebondit avec le personnage truculent de Sam Lion dans "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch (1988). L'un de ses plus grands rôles, avec à la clef le César du meilleur acteur. Trophée qu'il ne va pas chercher. Il revient à ses premières amours: il remonte sur les planches avec "Kean" et "Cyrano" et devient propriétaire du Théâtre des Variétés.

Mais à partir de 2001, un accident vasculaire cérébral qui l'a fortement handicapé l'écarte des studios. Hormis un bref retour dans "Un homme et son chien" (2008) de Francis Huster. L'histoire d'un vieillard que la société rejette.

Le visage buriné et éternellement bronzé, "Bébel" alimente alors davantage la rubrique people. Après son divorce avec Natty, il défraie la chronique avec sa nouvelle conquête, une sulfureuse ex-mannequin belge, dont il se sépare en 2012.

Récompensé d'une Palme d'honneur à Cannes en 2011, d'un Lion d'or à Venise en 2016, il est à l'honneur des César 2017 où il est longuement ovationné. Canne à la main, "Bébel" ravit une nouvelle fois le public en plaisantant sur sa "sale gueule".

L'éternel séducteur est père de quatre enfants: Patricia (décédée), Florence, Paul et Stella, la petite dernière qu'il a eue à 70 ans.

Sources l'Humanité

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