La situation au Liban...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La situation au Liban...

Un an après la terrible explosion dans le port de Beyrouth – qui a dévasté une partie de la capitale en août 2020, causant notamment plus de 200 morts, 6000 blessés et le déplacement d’environ 300 000 libanais – l’explosion d’une citerne d’essence à Akka.r dans le Nord-Liban le 15 août dernier a provoqué la mort de 30 personnes.

Ce drame survenait quelques jours seulement après la décision du Gouverneur de la Banque du Liban (« BDL ») de mettre un terme aux subventions sur les carburants et alors que l’armée a été déployée dans les stations-services en raison de la pénurie de carburant dans tout le pays.

Pour certains, c’est bien cette décision de la BDL et les pratiques de la « mafia des carburants » qui sont à l’origine de cette nouvelle catastrophe.

Selon le camarade Castro Abdallah, président de la Fédération nationale des syndicats et des employés du Liban (FENASOL), organisation sœur de la CGT:

« La décision d'arrêter les subventions étatiques pour les carburants, les médicaments et les denrées alimentaires il y a quelques jours prise par le gouverneur de la BDL en accord avec les autorités politiques, équivaut à une exécution du peuple libanais, pas seulement à le condamner à l'appauvrissement et la famine, mais une mort lente dans l'intérêt des monopoles et des mafias. Sous prétexte de ne pas toucher aux réserves obligatoires de la BDL, alors que des dizaines de milliards de dollars ont été passés en contrebande et déposés dans des banques étrangères, l'État est désormais incapable, silencieux et complice du pillage. Pour cette raison, les prix des médicaments ont augmenté sans plafond spécifique et les prix de l'essence sur le marché noir ont explosé...avec comme conséquence que le désastre touche les travailleurs, les chômeurs, les pauvres et leurs familles en général».

Bref éclairage sur la situation politique, économique et sociale.

Le Liban subit une des pires crises économiques jamais observées depuis le milieu du XIXe siècle selon la Banque mondiale.

En état d’urgence depuis 2019, le salaire minimum, qui était de 450 dollars américains en 2019, ne vaut plus que 27 dollars aujourd’hui. Les causes immédiates de cette situation dramatique sont la crise bancaire de 2019, aggravée par la pandémie de Covid. La crise de liquidité qui a consumé le secteur bancaire a entraîné une dévaluation de la livre libanaise de 90 % et une baisse fulgurante du PIB de 9% en 2020.

La majorité des Libanais ne sont pas en mesure de se procurer suffisamment de nourriture, des biens de première nécessité et des services de base car les prix ont augmenté de 580% depuis octobre 2020. La moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Le taux de chômage officiel a augmenté de 35%.

Face à cette situation dramatique, les dirigeants politiques n'ont toujours pas réussi à former un gouvernement de coalition. Le système de partage du pouvoir en vigueur au Liban, réinventé après la guerre civile de 1975-1990, a pour but de de garantir une représentation égale des représentants des 18 principales communautés du pays, de manière à ce qu’aucune communauté ne puisse dominer l'Etat à l'exclusion des autres.

Mais ce système a abouti à une situation dans laquelle un groupe de « seigneurs » de la guerre civile et de magnats ont utilisé leur position de chefs de communauté élus afin de s'emparer des institutions économiques de l'Etat. Ces personnalités puisent dans les fonds publics pour enrichir leurs fortunes personnelles. Les services de base – soins de santé, électricité et gaz – sont de plus en plus contrôlés par des factions communautaires privées. Ces services sont distribués aux membres de leurs communautés à condition qu'ils accordent leur vote aux chefs.

Ce système rend de nombreux citoyens dépendants des factions pour leur survie quotidienne. En 2020 le Liban est d’ailleurs classé parmi les Etats les plus corrompus du monde. C'est ici que le sectarisme politique se superpose au néolibéralisme. Le néolibéralisme est associé au recul de l'Etat, à la privatisation, à la réduction des impôts et à l'externalisation des travaux et services publics (tels que la collecte des ordures) à des entreprises privées.

L'une des illustrations les plus tristement célèbres de ce néolibéralisme est la reconstruction du centre-ville de Beyrouth par Solidere, une entreprise privée-publique créée par l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. Le transfert de l'espace public aux mains du secteur privé a rapporté à Solidere 8 milliards de dollars, soit un quart du PIB du Liban. » (J. Nagle, The Conversation)

En 2019, des libanais de tout le pays sont descendus dans la rue et scandaient : "Tous, ça veut dire tous", réclamant par la même la démission de tous les dirigeants communautaires du pays.

Témoignage de la FENASOL. Selon le camarade Castro Abdallah de la FENASOL :

« Nous, la FENASOL, avons eu l'honneur de participer à la préparation du lancement du soulèvement du 17 octobre 2019 pour notre peuple inébranlable et qui résiste, pour le changement et la construction d'un Etat national. Face à un régime corrompu et sectaire, en coopération avec le reste des forces démocratiques et des organes de la société civile au Liban, et les forces syndicales indépendantes de l'Union générale du travail au Liban, nous luttons. Notre syndicat continuera également à mener à bien sa mission en aidant les chômeurs et les familles des victimes de l'explosion du port, et tous les pauvres déplacés de leurs foyers à la suite de l'explosion, selon les modestes capacités dont il dispose et grâce au soutien des syndicats amis dans le monde.

Notre syndicat soutiendra ses travailleurs, employés et agriculteurs à lutter dans tout le pays pour la défense de la liberté, de la dignité, de la démocratie et du progrès et pour le bien du Liban, jusqu'au renversement du système politique sectaire et de ses autorités corrompues. Il appelle à la formation d'un gouvernement national extérieur au système politique au pouvoir, doté de pouvoirs exceptionnels pour demander des comptes et punir les corrompus et les voleurs de l'argent public, récupérer les fonds de contrebande à l'étranger et mener des réformes nationales qui permettraient de sortir de la crise grâce à une loi électorale nationale proportionnelle».

L'espace international Afrique du nord et Moyen Orient de la CGT

Publié dans Moyen Orient, syndicats

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