Zemmour : la baudruche ne s'est pas dégonflée !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Zemmour : la baudruche ne s'est pas dégonflée !

Après le débat télévisé entre Mélenchon et Zemmour les médias se sont excités pour savoir qui l’avait emporté ? Chercher un « gagnant » au débat de jeudi soir, est-ce bien la question tant le débat fut pauvre et surtout à côté des attentes des Français.

Par contre, BFM TV, la chaîne de Drahi a réussi son coup sur le dos de la politique. Plus de 3 millions de personnes ont regardé le débat, bien plus que le débat entre amis du même camp (Valérie Pécresse - Gérald Darmanin), organisé au même moment par France 2 (1,05 million).

Alors pourquoi un tel débat avec lequel Zemmour a tout à gagner et Melenchon beaucoup à perdre en servant la soupe à un fasciste ? La question de la pertinence d’un tel débat a fortement agité le camp progressiste. Tout à fait normal.

Éric Zemmour, pourtant pas encore candidat officiel est désormais systématiquement testé par les enquêtes d’opinion, entre 10 et 11%, a cherché à lancer en grand ses idées en les confrontant à un candidat autoproclamé et établi bien que par deux fois éliminé dès le 1er tour aux précédentes présidentielles.

Zemmour a pu ainsi dérouler sa vision haineuse de la France, en direct. Il ne s’en est pas privé. La première partie du débat résumée ainsi par BFM - « La France est-elle en danger ? Immigration : chance ou péril ? » - est faite pour lui. Tous les thèmes de Zemmour sont passés en revue : « submersion migratoire » qui représenterait, selon un calcul délirant, « la ville de Paris tous les cinq ans », les « stocks (sic) de mineurs isolés, qui ne sont ni mineurs ni isolés », les « banlieues islamisées », « la France futur Liban en grand »…

Face à ces névroses xénophobes, Mélenchon a voulu opposer la « créolisation », emprunté au philosophe martiniquais Édouard Glissant. Il doit faire face à un double défi. D’abord essayer de rebondir, il n'est pas en position de force dans les sondages, (autour de 7-8 %), la primaire écologiste occupe les médias et la campagne de Fabien Roussel se déploie avec des propositions fortes et nouvelles pour la gauche et la jeunesse. Il veut ensuite, se montrer comme un opposant acharné à l’extrême droite, en tentant dedégonfler la baudruche Zemmour. Pourtant l'échec cinglant de sa candidature dans le Nord face à Marine Le Pen aurait dû être une leçon.

La France identitaire du passé le plus noir contre la France universaliste et multiculturelle, deux positions irréconciliables. Zemmour ne sera pas neutralisé loin s'en faut, la mission n’est pas vraiment accomplie.

C’est sur les questions sociales et écologiques, que Melenchon a sans doute marqué quelques points. Cela n'est pas la tasse de thé de Zemmour mais aussi parce que cela n'est pas le rôle de Zemmour qui est là pour faire baisser l'audience de Marine Le Pen en lui volant sa radicalité idenditaire et permettre un second tour opposant Macron à un candidat de droite afin d'avoir une élection présidentielle sans risque pour la bourgeoisie, c'est à dire avec un résultat qui ne change rien !

Sur l'insécurité, Zemmour nie tout lien entre misère sociale et délinquance. « La misère n’a rien à voir avec ça, la preuve il y a des pauvres qui ne sont pas délinquants », affirme-t-il sérieusement. Et il rajoute : « La délinquance n’est pas de la délinquance, c’est un djihad », malgré qu'il ait été déjà condamné pour provocation à la haine.

Comme le dit avec ironie l'Humanité : "L’Abribus en bas de chez vous a été dégradé ? Djihad. On vous vole votre portable dans le métro ? Djihad. Le type devant vous à la boulangerie ne vous tient pas la porte ? Djihad encore, djihad toujours, djihad formule "all inclusive", petit déjeuner compris." Mélenchon ne manque pas de citer les déclarations de Zemmour à propos des djihadistes du 13 Novembre 2015 et du 14 juillet 2016 : « Je respecte les gens qui donnent leur vie pour leur conviction, c’est pour cela que je les respecte ».

Sur le social, alors que Melenchon défend un Smic à 1 400 euros net, Zemmour n'a d'autres arguments que ceux des droites ultralibérales, selon lui, la France est malade de « son modèle social obèse », de « l’assistanat », sans oublier « l’immigration sans travail ». Face à cela, il faut donc « baisser les charges sociales » et « supprimer les impôts de production ». Le capital en rêvait, Zemmour l'a dit ! Il a donc choisi son camp, le même que Macron et des candidats de droite ! 

Sur l’écologie, l'insoumis prône une « bifurcation » écologique par la relance, Éric Zemmour lui plaide pour le nucléaire et critique les éoliennes, une technologie qui rendrait la France dépendante des Chinois. Le thème est cher à l’extrême droite comme aux droites libérales. L’espace politique convoité par Zeemmour est clair !

Mélenchon a peu parlé concrètement de la question sociale qui monte en force dans cette pré-campagne : semaine de 32 heures, retraite à 60 ans, plafonnement de l’écart des salaires, renationalisations, politique de l’emploi et pouvoirs nouveaux aux salariés étaient absents. Mais à sa décharge, le débat n'était pas fait pour ça, mais pour les thèmes de l’identité, de l’immigration, de l’islam, et de la sécurité chère à l'extrême droite et à Zemmour.

Alors fallait-il débattre ? L’exercice a permis aux idées nauséabondes de Zemmour de pénétrer un peu plus les foyers français. Donc la baudruche ne s'est pas dégonflée ! 

Comme le note l'Humanité "le perdant s’avère le journalisme, incapable d’imposer une vraie modération. En témoigne le dispositif de fact-checking de BFM, qui s’est épuisé à ergoter sur des chiffres, sans jamais reprendre Éric Zemmour sur la mobilisation du concept complotiste de « grand remplacement », pourtant démonté par les historiens comme les démographes."

Face aux dangers de l'extrême droite, la route est encore bien longue.

Publié dans Présidentielle 2022

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