À Villejuif, Pierre Garzon fait face à une situation dégradée par la crise

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

À Villejuif, Pierre Garzon fait face à une situation dégradée par la crise

Élu il y a un an, le maire communiste dénonce le « pacte de Cahors », signé par son prédécesseur de droite avec l’État, qui remet en cause la libre administration des collectivités et permet de rogner sur les services publics. Entretien

Vous avez été élu lors des dernières municipales, qu’est-ce qui vous a frappé à votre arrivée dans vos relations avec l’État ?

Pierre Garzon : Mon premier coup de fil du préfet, à la suite de mon élection au conseil municipal du 4 juillet, a lieu le 6 juillet. Très délicat, il me félicite et demande à me voir très vite, notamment sur un sujet : la dette de la ville à l’État suite au pacte de Cahors.

On nous réclamait 1,5 million d’euros. Mon prédécesseur de droite, qui soutenait la contractualisation avec l’État, n’avait, lui-même, pas respecté ce pacte financier qui contraint le budget des communes. Malgré les besoins sociaux, et donc de services publics, et la crise sanitaire qui a entraîné de nouvelles dépenses, la ville devait payer une somme correspondant au coût de la restauration scolaire… C’est un État étrangleur et en même temps très ordonnateur. Il a par exemple obligé les villes à organiser la vaccination mais, à ce jour, on a eu zéro euro de compensation.

Avec ces marges de manœuvre restreintes, à quelles urgences devez-vous faire face ?

Pierre Garzon : La situation sociale est très tendue, avec des besoins sociaux très forts et exacerbés par la crise. Cela va des jeunes cannibalisés par les plateformes aux soignants mal payés et en grande souffrance psychologique… C’est une ville abîmée qui nécessiterait beaucoup plus de moyens, précisément parce que les familles n’en ont pas.

L’enjeu, c’est d’abord l’emploi, la hausse des salaires. Mais, à l’échelle de la commune, nous avons rouvert des services qui avaient totalement disparu. Celui de l’action sociale ne comptait plus d’assistante sociale. On a mis en place une série de mesures de soutien direct aux familles comme des bons pour l’achat de fournitures scolaires. On s’attaque aussi aux promoteurs qui ont fait main basse sur la ville pendant six ans, avec pour conséquence un prix du mètre carré qui a quasiment doublé et 6 000 demandeurs de logement. Nous refusons que les classes populaires soient chassées avec l’arrivée prochaine des métros. Nous avons créé une charte de la construction pour maîtriser les prix, revendiquer l’expérimentation de l’encadrement des loyers qui nous est refusé par le gouvernement, réviser le plan local d’urbanisme pour permettre la construction de logements sociaux interrompue par le précédent maire.

Lors de son discours aux Mureaux, outre les prémices à la loi sur le « séparatisme », Emmanuel Macron s’engageait aussi au retour de la République partout sur le territoire. Quel bilan dressez-vous ?

Pierre Garzon : D’un côté, on a les discours, et de l’autre les actes : par exemple, on vient de nous annoncer la fermeture d’un bureau de poste, le seul du nord de la ville. C’est vrai de l’école. Après les confinements, le rattrapage de ce que les enfants n’ont pas pu assimiler à la maison est extrêmement compliqué. Beaucoup ont décroché. Selon les indications des services de l’État, notre ville ne figure pas parmi celles qui ont perdu le plus de moyens. Mais l’enjeu face à ces inégalités est d’en avoir davantage. Sur la sécurité, la police municipale ne peut pas se substituer à la police nationale et son existence ne doit pas entraîner un désengagement, comme nous l’avons vécu. Nous n’avons pas de commissariat de plein exercice, nous faisons partie d’une très grosse circonscription avec peu de fonctionnaires et qui connaît pourtant tout ce qui peut aller avec la mal-vie, les réseaux de drogue, de banditisme… Un des autres symptômes du recul de la République concerne la santé : aux portes de Paris, dans une ville qui compte trois hôpitaux, on a des enfants en manque de soins, des pathologies qui ne sont plus soignées, faute de soignants qui s’installent dans les banlieues.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui  Publié dans l'Humanité

Publié dans Communes

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