Total, ou le pétrole jusqu’à la lie par Cathy Dos Santos

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Total, ou le pétrole jusqu’à la lie par Cathy Dos Santos

Total était au parfum. Elf aussi. C’était bien avant la fusion de ces deux géants pétroliers, à l’aube des années 2000. En 1971, dans un document interne, Total pointait déjà l’impact des énergies fossiles sur l’effet de serre. C’est ce que révèle une étude retentissante publiée mercredi dans la revue Global Environmental Change.

Malgré la gravité des faits, Total va adopter la même ligne de conduite inconséquente que son homologue états-unien Exxon. Le mastodonte s’emploie d’abord à balayer les doutes quant aux conséquences « potentiellement catastrophiques » de ses activités sur le climat. Puis se complaît à nier ce qui devenait évidence, n’hésitant pas à décrier les travaux de recherche des scientifiques.

L’entreprise a joué de tout son poids pour contrecarrer des réglementations qu’elle jugeait trop contraignantes, en jouissant, à cet égard, de complicités politiques.

L’illustration de cette collusion politico-industrielle reste le sabordage du projet d’écotaxe européenne, laquelle ne verra finalement pas le jour. Elf et Total figurent alors au premier rang de ses détracteurs. Ils trouveront un soutien de taille en la personne d’un certain Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l’Industrie sous la présidence de François Mitterrand.

Le futur directeur du FMI sera à la manœuvre pour bloquer cet impôt au sein des institutions européennes. La nature de cette connivence n’est pas récente.

L’État français s’est lui aussi vautré dans le déni, comme le rappellent les chercheurs. En 1968, un colloque de la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar) soulignait, déjà à l’époque, que « l’augmentation du taux de gaz carbonique dans l’atmosphère » pourrait générer une « modification globale du climat terrestre ».

Tous savaient donc et n’ont rien fait, les uns aveuglés par l’appât du gain, les autres obnubilés par l’influence de la France à l’étranger via l’industrie pétrolière.

Comme si le sort de la planète était une question annexe. Ces agissements portent un nom : écocide.

Cathy Dos Santos  Editorial de l'Humanité