Hausse des prix de l’énergie, et si ce n’était que le début ? par Jean Christophe Le Digou

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Hausse des prix de l’énergie, et si ce n’était que le début ? par Jean Christophe Le Digou

Face à la flambée des prix de l’énergie, des réponses immédiates sont indispensables pour garantir le pouvoir d’achat des ménages, particulièrement celui des plus modestes. Une baisse de la TVA pourrait permettre un allégement immédiat des factures. Mais les dispositions gouvernementales actuelles ayant pour seule ambition de passer au mieux le cap de la période préélectorale ne vont guère permettre cet allégement.

Certes on ne peut ignorer le rebond d’activité qui a fait suite aux périodes de confinement et qui s’est traduit par une hausse brutale de la demande. Fait nouveau, l’Europe, sur les approvisionnements en gaz, s’est retrouvée en concurrence frontale avec la Chine qui, pour des raisons environnementales, a fermé certaines mines de charbon et ses centrales les plus polluantes. De plus, dans la Baltique et en Europe du Nord, un été sans vent a nui à la production des éoliennes. Danemark, Allemagne, Grande-Bretagne se retrouvant avec une production électrique insuffisante ont été amenés à relancer l’activité de leurs centrales à gaz. Pris de panique, les acheteurs ont accepté de payer au prix fort les fournitures de gaz liquéfié (GNL) sur le marché mondial. Le déséquilibre s’est transmis du marché du gaz à celui de l’électricité conduisant à négocier des « contrats » à plus de 100 euros le MWh pour 2022.

Cet enchaînement d’événements n’explique pas tout, et en aucun cas l’importance prise par le marché du gaz jusque-là considéré comme secondaire par rapport au marché pétrolier. La transition énergétique, certes nécessaire, y est pour beaucoup. Vouloir mettre de côté les énergies fossiles d’un coup de baguette magique, c’est ignorer que l’homme ne pilote pas la nature, ne domine ni le vent ni l’eau ni le soleil. Le gaz est devenu le complément indispensable des énergies renouvelables dont elles compensent l’intermittence. L’Europe en a fait ainsi, étape par étape, l’énergie de référence. Mais ce choix a placé notre continent dans une position inconfortable de dépendance des importations de gaz du Qatar, de l’Algérie ou de la Russie. Ce marché mondial ouvert et abondant devait assurer un accès garanti à la ressource, mais a conduit à abandonner la sécurité assurée par les contrats à long terme avec les pays fournisseurs et à s’en remettre au « marché spot » installé aux Pays-Bas. Sur ce marché européen bancal, la spéculation a eu tôt fait de s’installer.

Désormais ménages et entreprises consommatrices d’énergie se trouvent dans la difficile situation de devoir payer de lourdes factures et de faire face à toutes les conséquences qu’induit une conception libérale des marchés de l’énergie. Ces marchés nécessairement fluctuants en raison de la place occupée par le renouvelable et par nature non pilotables vont être encore plus orientés à la hausse en raison du coût de la transition énergétique. Le seul moyen de maîtriser cette hausse serait de considérer – enfin ! – que l’énergie est un bien de première nécessité, justifiant une organisation publique du secteur, et qu’en aucun cas l’énergie n’est une marchandise qui plus est, laissée à la merci de la finance.

Jean Christophe Le Digou économiste et syndicaliste

Article publié dans l'Humanité

Publié dans Economie, Industries

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