Au Liban, les partis communautaires ne désarment pas

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Najib Mikati

Najib Mikati

Depuis un mois maintenant, le Liban a un nouveau premier ministre, Najib Mikati. Le Parlement, réuni en séance plénière, lui a également accordé sa confiance, le 20 septembre.

Une séance marathon de huit heures pendant laquelle les députés ont examiné le plan d’action du gouvernement ; 85 parlementaires ont finalement dit oui et 15 non. Ironie de l’histoire et symbole de l’état dans lequel se trouve le pays, ce vote du Parlement a été retardé d’une heure en raison d’une nouvelle coupure de courant. Rien que de très habituel au Liban.

Le Liban était sans nouveau gouvernement depuis la démission du cabinet d’Hassane Diab, dans la foulée de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth, le 4 août 2020, qui avait fait plus de 200 morts et dévasté des quartiers entiers de la capitale.

L’arrivée de Mikati est officiellement l’aboutissement de treize mois de tractations politiques. Mais elle témoigne surtout de la volonté des partis communautaires de se maintenir au pouvoir malgré leurs responsabilités dans la crise actuelle.

Avec une dégringolade de la monnaie nationale, une inflation galopante et des licenciements massifs, 78 % de la population libanaise vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, selon l’ONU, contre 30 % avant la crise. Selon l’Observatoire des crises à l’université américaine de Beyrouth, le coût de la nourriture a bondi de 700 % au cours des deux dernières années. Les coupures d’électricité ont fortement augmenté ces derniers mois dans le pays, paralysant la vie de la population et plusieurs secteurs vitaux. Les rationnements ont atteint plus de 22 heures par jour dans certaines régions, contraignant même les propriétaires de générateurs à rationner leur production à mesure que le carburant se raréfiait.

Et les files d’attente interminables ne cessent de s’allonger devant les stations d’essence, faute de carburant.

L’incapacité « à mettre en œuvre des réformes nécéssaires »

Une grande partie de la population, surtout les jeunes, accuse la classe politique, jugée corrompue et incompétente, d’être à l’origine de cet effondrement. Lors des manifestations à l’automne 2019, le communautarisme, base du régime libanais, avait été largement conspué.

Mais, malgré cette volonté populaire, les mêmes formations confessionnelles continuent à tenir le manche. D’un point de vue strictement politique, elles peuvent se retrouver en confrontation, surtout en raison des implications régionales. Mais lorsqu’il s’agit de se maintenir au pouvoir, elles savent faire taire leurs divergences.

« On peut se poser des questions sur la capacité de ce gouvernement à mettre en œuvre des réformes nécessaires (…) qui toutes mènent à un manque à gagner pour les oligarques (…) et demandent donc un courage politique que ce gouvernement n’aura pas », estime le politologue Karim El Mufti.

Le premier ministre libanais applique la plus simple des solutions : faire appel au Fonds monétaire international (FMI) avec la bénédiction des Européens, notamment d’Emmanuel Macron.

Ce dont les services publics ne devraient pas se remettre, le FMI ayant toujours favorisé le secteur privé. Des élections législatives pourraient se tenir en mai 2022. Si les partis communautaires pensent qu’ils n’ont à rien à craindre.

Pierre Barbancey   Article publié dans l'Humanité

Publié dans Moyen Orient

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