Plan de 30 milliards de Macron ou comment le retour au monde d'avant en l'aggravant

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Plan de 30 milliards de Macron ou comment le retour au monde d'avant en l'aggravant

Macron est en campagne électoral pour tenter d'être réélu. Régulièrement depuis la rentrée sociale de septembre, il use des moyens de l'Etat pour, avec l'aide des médias, présenter son programme. Il en est ainsi ces derniers jours son "grand plan d'investissements" intitulé "France 2030"

Ce nouveau plan vient tout juste 4 ans après le « grand plan d’investissements » de 57 milliards annoncé à l’été 2017 dès le début du quinquennat a provoqué des dégâts considérables à la France et à son peuple. Ce nouveau plan construit sur la même logique risque d'avoir des résultats pires que ceux des précédents !

Ce plan fait suite à celui de l’été 2020, qui s’élevait à 100 milliards d’euros sur plusieurs années. 20 milliards d’euros de ce plan étaient dédiés à la baisse des « impôts de production » (10 milliards en 2021 et en 2022). Pour le reste, c'était du saupoudrage et des dispositifs déjà annoncés. En fait l’objectif du gouvernement étant de pouvoir annoncer un chiffre impressionnant. 100 milliards, c'est un chiffre certes impressionnant mais inférieur aux exigences de la situation et des enjeux.

Les plus fragiles étaient laissés de côté. Les seules mesures sociales étaient : revalorisation de l’allocation rentrée scolaire en 2020, restaurant universitaire à 1€ et soutien à l’hébergement d’urgence. Mais d'un autre côté le gouvernement mettait en application sa réforme de l’assurance chômage qui va réduire les revenus de plusieurs dizaines de milliers de chômeurs et les salariés les précaires.

Macron multiplie les « primes », les « revalorisations exceptionnelles » comme la « prime macron », la « prime d’activité », la « prime inflation » qui visent à calmer la colère des plus pauvres en leur accordant un sursis, alors que les plus riches profitent eux de cadeaux pérennes comme la « flat-tax », la fin de l’ISF ou la baisse de l’impôt sur les sociétés.

Alors qu'est mise en avant l’importance de l’épargne accumulée (par les plus riches) pour stimuler la relance, le gouvernement ne fait rien pour forcer la mobilisation de cette épargne, en taxant les plus hauts patrimoines ou revenus par exemple. Pire, le gouvernement a facilité la transmission de ce patrimoine entre les générations, ce qui de fait perpétue les inégalités.

Concernant les relocalisations, la stratégie est celle de « l’attractivité », c'est à dire assurer au capital français et étranger les conditions pour une rentabilité accrue de leurs investissements avec d'énormes profits dégagés de toute contribution à la solidarité nationale soit par l'impôt ou autre taxe. Le gouvernement n'excluant pas de mettre la main à la poche en distribuant généreusement des aides ou subventions au capital. Il espère ainsi obtenir du capital des relocalisations d'activités en France. Cette politique va se traduire par : 

  • Une baisse des dépenses publiques et la réduction des services publics;
  • De nouvelles baisses d'impôts pour le justifier:
  • De nouvelles baisses du coût du travail;
  • Des droits réduits pour les salariés et leurs syndicats;
  • La remise en cause de la Sécurité Sociale;
  • Des subventions aux entreprises non conditionnées.

Pourquoi utiliser cet argument de l'attractivité, alors qu'en juin, Ernst et Young, le 3ème plus gros cabinet d’audit financier au monde, lors de la sortie de son rapport annonçait que la France était le premier pays d'Europe en termes d'attractivité pour les investissements étranger. Aussitôt Macron se félicitait même sur Twitter de cette première place en Europe. Nous sommes donc déjà très attractifs mais cela ne produit pas d'effet en termes d’emploi, le chômage et la précarité restent massifs et pourrissent toute la société. L'emploi reste ainsi la question politique majeure pour l'immédiat et l'avenir.

En fait il s'agit pour le pouvoir actuel, de tenter de voler les emplois des autres pays qui pour résister voudront être aussi attractifs que la France pour les profits et pour se faire utiliseront la même logique. Cette guerre inter-capitalistes enfonçe dans le déclin la France et les autres pays avec l'exacerbation des crises économique, sociale, financière, sanitaire et démocratique.  

Avant de se lancer aussi vite et pour raison électorale dans un nouveau plan, il aurait fallu tirer les enseignements du premier. Certes un rapport d'évaluation vient de sortir mais selon la CGT,  il est beaucoup plus quantitatif que qualitatif.

A l’époque, 50% du CITE (Crédit d'Impôt Transition Energétique) était capté par les 20% les plus riches. Ces derniers ont été exclus du dispositif MaPrimeRénov’ pour les travaux effectués avant le 1er janvier 2021 et qui succédait au CITE.

Ce dispositif mis en place avant la crise sanitaire, a été étendu par le plan de relance aux 20% les plus riches en augmentant l’enveloppe globale du dispositif. On ne sait pas encore qui profitera le plus de cette prime.

Bien que le gouvernement compte dessus dans ses dépenses en faveur de la transition écologique, la conditionnalité est bien trop faible pour produire un effet significatif en matière de consommation énergétique. On notera d’ailleurs que 85% des travaux sont « mono-gestes » (une pompe à chaleur par exemple) bien que l’ADEME recommande de faire l'inverse et de ne pas multiplier les mono-gestes. Enfin, seulement 0,2% des travaux financés par cette prime bénéficient du forfait «sortie passoire thermique»

Rénovation énergétique des bâtiments publics

Là encore, conséquence du saupoudrage évoqué, l’effort consenti est ridicule au regard des enjeux. Les montants sont de 2,8 Mds € pour les bâtiments d’État et 1,35Mds € pour les collectivités territoriales.

C’est bien trop peu après des années de sous-investissements et une situation du parc immobilier public totalement dégradée. Ainsi, le rapport du comité de suivi pointe le fait que 50 % du parc universitaire affiche une étiquette énergie égale à D ou moins bien (les notes allant de A à G). Comme pour MaPrimeRenov’, le critère du gain de performance énergétique des travaux semble marginal dans la sélection des dossiers. L’État n’est visiblement pas capable de s’imposer à lui-même des conditions claires et strictes.

Soutien à l’investissement industriel

On retrouve ici la même logique d’appels à projets, de soutien et de « co-financement » au lieu d’une vision stratégique et d’investissements directs.

Au niveau macroéconomique, le montant est beaucoup trop faible pour avoir un effet quelconque: 2,45 milliards d’euros pour le soutien aux investissements industriels. Le gouvernement continue à croire à la « magie » de l’industrie ; les baisses d’impôts, les subventions feraient revenir « par magie » l’industrie dans le pays.

Les premières évaluations sont sans appel :

  • Les entreprises bénéficiaires de ces aides étaient principalement des entreprises dynamiques avant la crise ; « le dispositif n’a été que peu utilisé pour soutenir des acteurs structurellement en difficulté »
  • La subvention moyenne est de 788 000 €
  • Le rapport note un effet d’aubaine probable pour les PME et ETI ainsi que les grands groupes, ces derniers n’auraient « pas modifié substantiellement leur feuille de route »

Sur « industrie du futur » (1 milliard d’€).

C'est la même logique, mais appliquée aux PME. Le comité d’évaluation se félicite de la forte demande des TPE / PME... mais quelle entreprise ne serait pas heureuse de recevoir de l’argent public ?

De plus, le rapport note que ces subventions ont servi à la robotisation et l’automatisation des chaines de production, évidemment sans contrôle public, on ne saura pas l’impact de cette automatisation sur l’emploi. Une fois de plus, le gouvernement a paré au plus pressé et a dépensé des milliards avec une vision court-termiste qui n’implique aucune « transformation structurelle de l’industrie française ».

« 1 jeune - 1 solution »

Le rapport rappelle que la plupart des mesures de ce dispositif existaient déjà avant le plan de relance ou avaient été mises en place lors de crises précédentes.

Sur l’enveloppe de 10,4 milliards d’euros consacrée à ce plan, 7,6 milliards, soit les ¾ de l’enveloppe sont des primes à l’embauche ou des aides à l’apprentissage et aux contrats de professionnalisation, ce sont donc surtout des aides aux entreprises et non à la jeunesse.

Selon la Dares2, « ce dispositif n’aurait pas eu d’effet sur l’emploi total de ces jeunes » mais il a tout de même permis d’améliorer la qualité de l’emploi puisque les formes dégradées d’emploi (intérim, non-salarié, intérim) n’était pas éligibles. Concernant l’impact du plan « 1 jeune 1 solution » pris dans son ensemble, le rapport du comité de suivi indique qu’il est trop tôt pour en faire une évaluation de qualité.

France 2030 ; toujours le même (mauvais) cap

Alors que le plan de relance est toujours en cours, Macron a déjà annoncé un nouveau plan, cette fois-ci spécifique à l’industrie. On remarquera l’absence du Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, alors même que ce plan aurait dû découler du travail de son haut-Commissariat. On peut donc se demander si ce plan a été présenté par Macron en tant que Président ou en tant que candidat à sa réélection. En effet, il a annoncé 30 milliards d’euros sur 5 ans, mais en vérité seuls 3 à 4 milliards seront effectivement dépensés l’an prochain (ce qui est ridicule par rapport aux ambitions affichées, c’est l’équivalent de 0.25% du PIB soit moins d’une journée de PIB) !

Notons que quelques jours après la présentation de ce plan, le gouvernement annonçait une dépense de même niveau, décidée à la va-vite pour la « prime inflation » (3,8 milliards €). Entre 3 et 4 milliards c’est ce que coûte chaque année aux finances publiques la transformation de l’ISF en IFI. Le gouvernement argumentait pourtant que cet impôt ne rapportait rien mais visiblement assez pour transformer l’industrie du pays.

Ce nouveau plan souffre de la même logique que les précédents, il s’agit de saupoudrage. Le gouvernement applique la même méthode, verser des aides publiques aux entreprises, sans contrepartie, sans véritable contrôle de la part des salariés ou des pouvoirs publics, en espérant que « par magie » les entreprises « jouent le jeu ».

Le gouvernement a fait le choix de sanctuariser les profits (et donc les revenus du capital et des actionnaires), d’abreuver les entreprises d’argent public sans contreparties, et d’abandonner les ménages. E. Macron « assume » cette stratégie quand il dit : « J’assume d’investir dans les innovations industrielles et de moins dépenser dans les dépenses curatives comme l’assurance-chômage » (12 octobre 2021).

Aides publiques au capital ; jusqu’où ?

Le gouvernement multiplie les plans, tous d’un montant important mais pas assez significatifs (d’où la nécessité de les multiplier), pour changer réellement la situation économique et industrielle.

Le cœur du plan de relance c’est de continuer les baisses d’impôts pour le capital (en particulier les impôts de production) pour 10 milliards €. Or ça ne marche pas, et les rapports s’enchaînent pour :

  • Critiquer le CIR qui ne stimule en rien l’investissement en R&D et représente quasiment deux fois le budget annuel du CNRS.
  • Critiquer le CICE transformé en baisse de cotisations, ruineux et quasiment sans effet sur l’emploi et l’investissement.

Même sans ces plans, en « régime de croisière » les aides publiques au capital prises dans leur globalité représentent au moins 150 milliards d’euros par an. C’est près de trois fois le budget du Ministère de l’Éducation Nationale.

La vraie question c’est : quelle autre usage de cet argent pourrions nous avoir ? Plutôt que ces distributions d’argent public (quasiment) sans condition, l’État devrait investir par lui-même et matérialiser les aides au secteur privé par des prises de participation pour éviter les effets d’aubaine et que ce soit des investisseurs privés qui bénéficient d’un retour sur investissement de fonds publics.

La devise « Socialisation des pertes, privatisation des profits » n’a jamais été aussi appropriée. Pour les aides aux entreprises qui ont une justification, la première des mesures à prendre est d’exiger des contreparties, notamment des garanties en termes d’emploi et d’investissement.

La réduction des aides aux entreprises doit également se traduire par de la dépense directe. Ce ne sont pas les besoins qui manquent, pour développer les services publics comme la santé, l’éducation, les transports. C’est évidemment moins valorisé par le PIB3 mais sans commune mesure en termes d’intérêt général et de bien-être collectif.

Avec 15 milliards d’euros, soit seulement un dixième de ce qu’on dépense chaque année pour les entreprises on peut recruter 300 000 fonctionnaires. Et ce sans compter les recettes supplémentaires (ex : cotisations sociales) et les économies de dépenses (ex : allocations chômage) que cela engendrerait.

1 https://analyses-propositions.cgt.fr/memo-eco-la-france-attractive-pour-le-capital

2 Dares (2021), « Quels ont été les effets de l’aide à l’embauche des jeunes sur l’emploi des jeunes ? Premières évaluations », Dares Analyses, n° 22

3 Les services publics ne sont valorisés dans le PIB qu’à leur coût de production

Sources : Pôle économique CGT