Région Aura, les orientations budgétaires 2022 : du flou et des loups par Laurence Margerit

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Conseil régional Aura

Conseil régional Aura

Le CESER AURA a été saisi pour donner un avis sur les orientations budgétaires qui seront votées cette semaine par la Région.

Un exercice d’autosatisfaction récurrent

Dans le document soumis pour avis, l’Exécutif récemment réélu ne déroge pas à son traditionnel exercice d’autosatisfaction. Comme l’an dernier, la présentation des orientations budgétaires relève toujours du même dogme : se présenter comme le plus fort et le meilleur.

A cette fin, l’accent est très fortement mis sur la non-dégradation du ratio de désendettement (avec l’objectif de ramener celui-ci à 3,2 ans en fin de mandature) .

Or, à l’heure du « quoi qu’il en coûte » et des taux d’intérêt réels négatifs et au regard des conséquences de la crise conjoncturelle liée à la Covid et de celles, structurelles, découlant de situation sociale et des enjeux environnementaux, l’urgence est-elle à la préservation de ce « fétiche » ou à la mobilisation de la capacité d’endettement pour engager, de façon plus volontariste, des mesures en réponse aux besoins des habitants de la Région (dans la transition environnementale, l’accès de tous à la santé, aux transports collectifs, à une nourriture saine …) ?

En acceptant de mobiliser cette capacité d’endettement pour porter l’endettement au niveau de la moyenne des autres régions françaises, ce serait autour de 1 milliard d’euros qui pourrait être engagé au profit des habitants de la région.

Et si le tableau « prospective 2021/2027 » semble donner crédit à l’exécutif quand il affirme être « la seule région à tenir son budget tout en agissant sur la crise » , une lecture plus approfondie de ce tableau permet de mettre en avant que ,sur la période crise sanitaire (2020/2023) l’enveloppe des dépenses réelles d’investissements n’aura progressé, pour l’essentiel, qu’à hauteur de l’augmentation des recettes d’investissement liées au plan d’urgence et de relance provenant de fonds européens et d’État.

Nous sommes, dès lors, loin des effets d’annonce ayant entouré le lancement, mi-2020, du plan « 1 milliard d’euros pour l’emploi », présenté comme la contribution propre de la Région en soutien aux habitants.

Un flou total autour des grandes compétences de la Région : formation professionnelle, lycées et transports

La présentation des Orientations budgétaires étant un moment privilégié d’affichage des priorités retenues par le nouvel Exécutif, nous ne pouvons que déplorer qu’aucune des deux compétences principales de la région, la formation et les transports , qui représentent pourtant la part la plus importante des budgets de fonctionnement et d’investissement et un enjeu majeur pour tous au regard des difficultés de recrutement et des mutations des métiers à venir d’une part , de l’envolée des coûts de la mobilité avec la montée du prix des carburants et des enjeux environnementaux d’autre part, ne soient pas développées dans ce rapport.

Sur les transports, nous le regrettons d’autant plus que la région est autorité organisatrice de la mobilité et que, au vu des enjeux de réduction des gaz à effets de serre, renforcer les transports collectifs est une réponse aux besoins de mobilité des usagers.

Dans son budget 2022, la région entend mettre en œuvre des moyens d’actions en faveur de la santé ce qui est fort louable, cependant il serait particulièrement nécessaire d’axer ces actions vers encore plus de formations en santé et social car c’est de la pénurie de professionnels dont souffre-le plus le système actuellement.

Quant aux actions en faveur des maisons de santé, elles sont certes importantes mais elles ne doivent pas occulter Les restrictions budgétaires, suppressions de lits et de postes dans les structures hospitalières.

Une vision sécuritaire mise en avant au détriment des besoins des habitants

La priorité qui semble alors constituer le fil conducteur de ces Orientations Budgétaires est le renforcement d’un volet sécuritaire/contrôle des populations les plus en difficulté.

Ainsi, alors que la sécurité, qui, nous le rappelons, n’est pas une compétence de la Région, le rapport met en avant la création de brigades de sécurité dans les lycées et le renforcement des effectifs de la SUGE pour les transports, qui impacteront pourtant les dépenses de fonctionnement de compétences qui sont elles, dévolues à la Région.

Elle met aussi en avant l’accélération de mise sous vidéosurveillance des habitants de la Région, avec le projet d’installations de 10 000 caméras supplémentaires durant la mandature

Guichet ouvert pour les entreprises et renforcement des contrôles des plus fragiles

Nous trouvons inquiétant et choquant que la Région affiche dans ses dispositifs d’intervention une « charte de droits et de devoirs » pour les bénéficiaires d’aides de la Région, allant jusqu’à la suspension de l’accès aux aides dans certains cas.

Le sont tout autant les récentes annonces du Président liées au plan de 100 millions d’euros consacré aux formations sur les secteurs en tension : un arrêt de formation entrainant une suspension de parcours formation durant 3 ans, un salarié qui quitte un emploi sur un métier en tension devant rembourser.

Pénaliser les demandeurs d’emploi les moins qualifiés, ceux qui sont captifs de secteurs mal rémunérés, avec des conditions de travail difficiles et précaires n’honorent décidément pas la Région pas plus qu’elle ne renforcera l’attractivité de ces filières d’emploi. D’autres régions ont fait d’autres choix, notamment celui de revaloriser les rémunérations de formation des publics les plus éloignés de l’emploi.

Dans le même temps où c’est « guichet ouvert » pour les entreprises, la Région durcit ses dispositifs pour les plus précaires. Le droit à l’erreur, reconnu à certains, n’est décidément pas universel. Et, le nouveau scandale lié aux « Pandora papers » démontre qu’il est toujours plus facile de réduire les droits des populations les plus fragiles que de s’attaquer à l’évasion fiscale pratiquée par certains privilégiés !

Par ailleurs, nous ne pouvons que regretter que la seule conditionnalité retenue pour des aides soit liée à une application de la charte de préférence régionale. Les aides publiques devraient être soumises à l’obligation de préserver les emplois, d’augmenter les salaires, de respecter la loi concernant l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, le code du travail et les règles fiscales, d’investir dans la recherche et la formation pour développer et mettre en œuvre des process préservant l’environnement.

Plus que jamais, nous avons besoin d’un plan de rupture avec le système actuel

Pour nous, il y a urgence à anticiper les mutations du travail pour construire des réponses aux défis et aux enjeux d’aujourd’hui pour un futur désirable, en anticipant pour préserver l’emploi, pour renouveler les compétences et l’outil industriel, à l’exemple des projets portés par les équipes syndicales de GE, LUXFER,JTECK, DIÉTAL, FERROPEM, FAMAR, la SAD…et tant d’autres sur les territoires de notre Région.

Face aux mutations à venir des métiers, la formation professionnelle, plus que jamais, représente un investissement pour l’avenir qui mérite bien plus que des effets d’annonce liés à un contexte électoraliste. Les 1,4 milliards d’euros annoncés et scénarisés récemment par le Premier Ministre dans un train vers Poitiers ne sont pas 1,4 milliards d’euros « supplémentaires » mais un redéploiement de crédits déjà budgétés, notamment concernant le Fonds National de l’Emploi-Formation.

Alors que nous sommes dans un double mouvement de recentralisation des politiques publiques, notamment par les dimensions budgétaires, et de possibilité territoriale de déroger du cadre législatif et réglementaire, dans le cadre du projet de loi 3DS,plus que jamais des voies alternatives doivent être explorées.

Face à l’urgence climatique et sociale, il n’est plus temps de demander poliment aux grands groupes du CAC40 de bien vouloir se montrer plus vertueux en contrepartie des aides distribuées ou d’appeler de ses vœux au changement des comportements individuels, Il faut changer très vite les logiques économiques à l’œuvre et investir massivement dans les services publics, la formation, la recherche, la relocalisation des productions et la réappropriation sociale d’activités essentielles.

Ce n’est pas d’un « plan de relance » dont l’économie française besoin : c’est d’un plan de rupture pour construire un futur commun.

Nous voterons l’avis du CESER.

Publié dans Région, syndicats

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