COP : les puissances capitalistes dominantes, s'engageront-elles dans la lutte pour le climat ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

COP : les puissances capitalistes dominantes, s'engageront-elles dans la lutte pour le climat ?

Ces puissances capitalistes dominantes comme les USA, le Canada, le Brésil, l'Australie, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde, l'UE dont la France, la Grande Bretagne et l'Allemagne vont-elles s'engager dans cette lutte pour la survie de l'humanité d'ici la fin du siècle aux générations futures ou bien vont-elles continuer à broyer les êtres humains et à détruire la planète en cherchant toujours plus à dominer le monde pour plus de profits ? Les peuples parviendront-ils à imposer un nouveau mode de développement pour un développement humain durable, une nouvelle civilisation qui les sécurise et protège la planète ?

Tel est l'enjeu résumé de cette COP26 et de celles qui suivront. Ce qui est certain, c'est que le GIET a dans son dernier rapport, pointé les défis posés à l'Humanité, non pas pour la fin du siècle mais pour les 10 à 20 prochaines années. La plaisanterie a assez duré, la terre brule, il est urgent de changer le modèle de développement actuel qui conduit à la catastrophe.

Les chefs d'Etat réunis en Ecosse savent donc à quoi s'en tenir et devraient prendre les mesures radicales attendues par le monde entier. Mais arriveront-ils à dépasser les résistances de la finance, des marchés et des multinationales ? Arriveront-ils à dépasser leurs dogmes ultralibéraux ? La chose est beaucoup moins sûre d'autant qu'aujourd'hui c'est la finance qui dirige nombre d'Etats et une partie du monde pour ses intérêts égoïstes, les profits, et non pas pour l'intérêt général.

De grandes mobilisations populaires sont nécessaires

Pour porter des exigences qui placent les hommes et la planète au centre du développement. Ces mobilisations comme celles des opinions publiques sont incontournables pour conquérir un changement de système, avec des propositions concrètes, radicales et transformatrices qui remettent en cause les dogmes néolibéraux qui usent les peuples et la nature.

Tout est bon pour se faire entendre et faire émerger des idées justes et rationnelles dont toute l'Humanité a besoin comme le développement du nucléaire civil la seule énergie décarbonée dans le cadre d'un mix-énergétique, avec la création d'un pôle public de l'énergie permettant à la puissance publique de maîtriser, de développer, de planifier, de contrôler et de pouvoir fixer les prix afin de priver les compagnies pétrolières comme Total, du pouvoir de remplir leur coffre fort en spéculant sur les prix du baril !

Où en est la COP26 ?

A partir de ces repères résumés qui aident à cadrer les enjeux de fond de cette COP 26 que va t-il se passer à Glasgow ?

Organisé du 31 octobre au 12 novembre, ce sommet de l'ONU est la reprise des négociations internationales sur le climat. La 26e Conférence a pour objectif le « relèvement de l’ambition » selon l’article 4 de l’accord de Paris, qui impose aux 195 pays l’ayant ratifié, de réviser à la hausse tous les cinq ans leur « contribution déterminée au niveau national » (NDC).

Ces engagements climatiques que définit pour lui-même chaque Etat à l'horizon 2030 (9 ans), traduiront les engagements de chaque Etat à décarboner sa société. En les additionnant et en les extrapolant sur plusieurs décennies, il sera alors possible d’estimer les futures émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et donc l'évolution du réchauffement climatique pour le siècle.

Chaque Etat devait en mars 2020 transmettre à l’ONU sa nouvelle contribution nationale (la première datant de l’accord de Paris). A cette date, seuls quelques Etats avaient tenu l'engagement. L'échéance a du être reportée au 13 octobre 2021, pour qu’un maximum d’Etats soient en règle avant la COP26.

Malgré que le monde ait depuis six ans renforcé son engagement à lutter pour le climat, le résultat n’est pas à la hauteur pour rester « bien en dessous » de 2 °C de réchauffement à la fin du siècle par rapport au début de l’ère industrielle comme le montre Alternatives Economiques.

100 milliards à verser

Cette COP 26 est aussi l’occasion de faire le point sur les finances climatiques. En 2009, les pays les plus industrialisés ont promis de verser aux nations les plus vulnérables 100 milliards de dollars par an, d’argent public et privé, à partir de 2020. Ce qui est une somme ridicule au regard des 11 000 milliards de dollars envolés dans l'évasion fiscale comme le montre le scandale des Pandora papers. Cette promesse a été renouvelée lors de la COP 21 de Paris.

Ce point est jugé essentiel à la conclusion de tout accord par les pays membres de l’Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS) et par de nombreux membres du G77.

Or, à ce jour, la COP26 n'en prend pas le chemin. L’OCDE a publié en septembre son chiffrage annuel de la finance climat. Il ressort que les pays du Nord et leurs banques de développement nationales et multilatérales ont alloué 79,6 milliards de dollars (68,6 milliards d’euros) en 2019 pour financer la lutte pour le climat dans les pays en développement. « Il manque encore 20 milliards de dollars pour que les pays développés atteignent l’objectif de mobilisation de 100 milliards en 2020 », rappelle Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE.

A la mi octobre les ministres des Finances du G20 se sont réunis à Rome, pour trouver les les financements complémentaires. Et pour que la COP 26 parte du bon pied ! Cette promesse porte sur les cinq années 2020-2025, étant entendu que par la suite cette somme est appelée à augmenter et avec la contribution de tous les pays.

La COP26 devrait fixer un nouvel objectif de finance climat pour l’après-2025. A noter l'annonce qu'entre 2021 et 2027, l’Union européenne débloquera 28 milliards d’euros à destination des pays en développement, soit 4 milliards de plus que prévu. Mais cela sera t-il suffisant au regard des énormes besoins ? On peut en douter !

Il faut savoir que les puissances capitalistes dominantes, premières responsables de la dégradation du climat, freinent les discussions portant sur les « pertes et préjudices ». Ce concept adopté à Varsovie exprime l’idée que les Etats responsables des changements climatiques actuels doivent dédommager les nations qui subissent ou subiront les conséquences du réchauffement qui sont de plus en plus évidentes.

Faute de financement, les autres piliers de la COP26 pourraient vaciller même si des avancées ont eu lieu lors des sommets de Katowice et de Madrid. Mais rien n'est acquis et notamment la mise en œuvre de l’article 6 de l’accord de Paris.

Le fameux article 6 de l'accord de Paris

Cet article 6 impose aux Etats de mettre en place un système d’inventaire de leurs émissions de GES tel qu’il n’y ait pas de « double comptage ». En effet, l’accord de Paris autorise un Etat à vendre à un autre Etat (ou à une entreprise d’un autre Etat) des crédits carbone générés par des réductions d’émissions de GES sur son sol. Ces crédits carbone baptisés « transferts internationaux de réductions d’émissions de GES » (ITMO), sont les successeurs des crédits carbone issus de l’ancien protocole de Kyoto.

Comme le montre la revue Alternatives Economiques, l’Etat A (ou une entreprise du pays A) qui achète au pays B des réductions d’émissions réalisées sur le territoire de B peut mettre à son crédit ces baisses d’émissions (le pays A réduit une partie de ses émissions nationales en achetant des crédits au pays B). Mais à partir du moment où il y a eu ce transfert, il ne faut pas que le pays B comptabilise ces réductions dans son effort national de baisse d’émissions (bien que réalisées sur son territoire), sinon les baisses d’émissions sont comptées deux fois.

Les négociations traînent. Les principaux points d’achoppement sont la définition même des ITMO : quels seront les projets éligibles (d’atténuation et d’adaptation), les méthodes d’évaluation des émissions évitées, les critères d’additionnalité, le plafond d’utilisation par les Etats pour assurer leur conformité ? Pas d’accord non plus sur l’institution qui régulera le fonctionnement de ce nouveau mécanisme, ni sur le système de comptabilité.

Autre grande question : les anciens crédits carbone du protocole de Kyoto seront-ils assimilables à des ITMO ? Par exemple, le Brésil qui dispose de gros stocks de crédits Kyoto, soutient fermement cette option, quitte à torpiller les négociations. C’est ce qui s’est passé lors de la COP25 à Madrid.

Pousser pour des démarches non fondées sur le marché

Le 8e paragraphe de l’article 6 ouvre quant à lui la voie à des « démarches non fondées sur le marché ». Dit autrement, il s’agit de programmes de coopération technique, d’appui législatif, de transfert de technologies. Là encore, pas de cadre organisant lesdites démarches et de méthodologie pour comptabiliser les réductions d’émissions associées.

Les Etats doivent aussi s’accorder sur la suite des NDC, en définissant la fréquence commune à laquelle ils devront les remettre à jour. Certains plaident pour le quinquennat et d'autres la décennie. La COP24 a fixé à 2031 l’échéance à partir de laquelle les parties doivent appliquer une fréquence commune. Enfin les Etats devront présenter des stratégies à long terme (2050). Reste à déterminer le contenu de ces futurs engagements.

Toujours plus complexe : l’adaptation. Les Etats doivent définir un objectif global. Il existe à l'heure actuelle autant de définitions de l’adaptation que d'Etats. Nul ne propose non plus les moyens d’en mesurer l’évolution, la gouvernance, etc.

Quel bilan mondial, comment et avec quelle gouvernance ?

Quel bilan mondial ? Il doit être publié en 2023, l'ONU devant évaluer les « progrès collectifs » accomplis dans la mise en œuvre de l’accord de Paris. Mais comment procéder à cette évaluation, sur quelles bases ?

Il n'y a pas d'accord actuellement sur les activités en prendre en compte dans l’atténuation et l’adaptation. Le débat porte sur l'agriculture ou pas, alors que d'autres Etats s’intéressent au genre, aux populations indigènes, au pouvoir de réchauffement global des GES à prendre en compte, à l’intégration (ou non) de l’aviation et du transport maritime, etc.

Les diplomates et experts doivent aussi finaliser le contenu des tableaux de rapportage que les Etats devront commencer à remplir, au titre du cadre de transparence renforcé, à partir de 2023 (pour les Etats les plus industrialisés) et de 2025 pour les autres. Nul doute que les tractations s’éterniseront sur la façon d’intégrer dans lesdits tableaux la différenciation entre ces deux familles de pays.

L'absence à Glasgow de Xi Jinping est-elle un problème ?

Depuis samedi les médias occidentaux s'offusquent que le 1er dirigeant chinois soit absent à Glasgow pour cause de Covid dans son pays. C'est l'occasion pour les médias de déployer leur campagne idéologique contre la Chine. Pourtant contrairement à ce que certains affirment, la Chine sera bien présente à Glasgow avec une délégation officielle conduite par le ministre des affaires étrangères chinois Wang Yi qui a mandat pour discuter de vive voix avec les autres dirigeants du monde présents.

Rappelons également que la Chine a respecté ses engagements en fournissant ses objectifs, son programme et ses actions, il y a 10 jours au comité de préparation de la COP26.

Ce sont des engagements sérieux qui prolongent ceux engagés par le pays depuis une dizaine d'années notamment depuis la COP de Paris. Certes ils peuvent toujours être discutés et jugés insuffisants, mais ils n'autorisent pas certains à d'intervenir alors que leur Etat a été condamné en justice pour inaction dans la lutte pour l'environnement. Qu'ils se taisent et nettoient d'abord devant leur porte. Il n'est pas sérieux de jouer à l'éléphant quand on est une grenouille !

La campagne médiatique vise à dénoncer la Chine comme le premier pollueur de la planète, encore faut-il utiliser des éléments comparables et notamment prendre en compte le nombre habitants concernés. Par exemple la France avec ses 66 millions d'habitants rencontrera moins de difficultés à entreprendre des actions efficaces pour le climat qu'un pays comme la Chine qui compte 1, 402 milliard d'habitants en 2020 soit 22 fois plus que la France, et une superficie 15 fois plus grande.

Il faut prendre également en compte que la Chine joue un rôle crucial pour la croissance mondial en fournissant à nombre pays du monde les marchandises dont ils ont besoin pour vivre et se développer. Sans la Chine, imaginons ce que deviendraient certains pays. Ce que la Chine a entrepris pour le développement de coopérations mutuellement avantageuses permet à un certain nombre de pays de prendre la voie de leur autonomisation et d'avoir une véritable souveraineté économique.

Alors si la Chine apparait comme le 1er émetteur global de carbone du monde avec 2777 millions de tonnes de carbone devant les USA (1442), l'Inde (714), la Russie (458) et le Japon (302), ses émissions ramenées par tête d'habitant modifie radicalement la problématique sans pour autant sous-estimer le besoin pour la Chine de déployer son action concrète et notamment la réduction de l'utilisation du charbon, comme l'ont fait pendant des décennies les pays capitalistes pour se développer.

Si on regarde les émissions de CO² par habitant et par an, la Chine arrive en 7ème position avec 7.72 tonnes par habitant, loin derrière le Qatar avec 37 tonnes, le Koweit avec 23.50 tonnes, l'Arabie Saoudite avec 19.40 tonnes, le Canada avec 16.85 tonnes, les USA avec 15.74 tonnes et même l'Allemagne avec ses 9.7 tonnes par habitant !

La France arrive 10ème avec 5.20 tonnes. Mais ce résultat plutôt bas de la France est à prendre avec des gants. Cela est du à deux facteurs, une participation du nucléaire civil importante dans la production électrique et la délocalisation de son industrie. Mais quand on prend en compte les émissions liées aux importations, l'empreinte carbone réelle est bien plus élevée et se situe à un peu plus de 10 tonnes équivalent CO² par an, soit beaucoup plus que la Chine !

Prendre en compte les résultats de la Chine

La Chine a pour objectif que 90% de son électricité proviennent d'ici 2050 du nucléaire et des énergies renouvelables.

L'avance de la Chine dans la production des énergies décarbonées est un point d'appui important pour atteindre son objectif. N'oublions pas que la Chine a adopté ces technologies pour réduire la pollution atmosphériques dans ces grandes villes. Selon son gouvernement, ces technologies sont un potentiel économique énorme car créateurs d'emplois et de revenus pour des millions de chinois tout en réduisant sa dépendance vis à vis du pétrole et du gaz étrangers.

De ce point de vue la Chine est à la tête de la transition énergétique mondiale selon Yue Cao de l'institut de développement d'outre mer. C'est l'une des raisons pour lesquelles ces technologies sont de moins en moins chères.

Ainsi la Chine produit plus d'énergie solaire que tout autre pays au monde (254355 mégawatts contre 75572 pour les USA). C'est un axe sur lequel veut continuer de progresser la Chine. L'énergie éolienne produite est trois fois supérieures à celle de tout autre pays en 2020.

Nous rajouterons que la Chine fabrique et achète plus de voitures électriques que tout autre pays. D'ici 2035 tous les nouveaux véhicules vendus seront entièrement électriques ou hybrides. D'ici 2025, la Chine produira également des batteries d'une capacité deux fis supérieure à celles des batteries produite dans le monde. Cela permettra de stocker et de libérer de l'énergie provenant de sources renouvelables à une échelle jusqu'ici impossible !

Enfin, le territoire chinois devient de plus en plus vert ! Parvenir à des émissions de GES nulles ne signifie pas qu'elle va cesser de produire des émissions. La Chine va réduire autant que possible ses émissions et absorber ce qui reste en combinant différentes approches.

L'augmentation de la superficie des terres couvertes de végétation sera utile, car les plantes absorbent le dioxyde de carbone. Là encore, les nouvelles sont encourageantes. La Chine devient plus verte à un rythme plus rapide que tout autre pays, en grande partie grâce à ses programmes forestiers destinés à réduire l'érosion et la pollution des sols. C'est aussi en partie le résultat de la replantation des champs pour produire plus d'une récolte par an, ce qui permet de garder la terre couverte de végétation plus longtemps.

Les absences des 1er dirigeants du Brésil concerné au premier chef pour la protection de la forêt amazonienne, et de la Russie, sont bien plus problématiques pour la COP 26 que celle du 1er dirigeant chinois, mais elles ne semblent pas émouvoir nos médias focalisés à tort sur la Chine !

Le monde a besoin de la Chine pour réussir.

"Si la Chine ne décarbonise pas, nous ne pourrons pas vaincre le changement climatique", selon le professeur David Tyfield, du Centre pour l'environnement de Lancaster.

La Chine a de gros avantages, notamment sa capacité à s'en tenir à des stratégies à long terme et à mobiliser des investissements à grande échelle. Avec 1.402 milliards d'habitants la tâche de la Chine est colossale. Grâce à son modèle de développement basée sur les réponses aux besoins des êtres humains, la protection de l'environnement, des coopérations internationales fructueuses, elle est en capacité de l'accomplir tout en assurant le bien être de son peuple.

La question de changement de modèle ne lui est donc pas posée, son modèle issue de la révolution démontre des capacités d'efficacité incomparables. Les donneurs de leçons ne lui arrivent pas à la cheville tant qu'eux mêmes ne s'interrogeront pas sur leur propre modèle (capitalisme financier mondialisé) qu'il est indispensable de dépasser pour ouvrir une voie nouvelle à la civilisation humaine.

De ce point de vue, la parole est aux peuples et à leurs mobilisations !