Honte à la France et à ses dirigeants. 31 migrants morts en Manche au large de Calais

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Honte à la France et à ses dirigeants. 31 migrants morts en Manche au large de Calais

Ils ont été contraints de fuir leur pays soit soumis aux effets de la crise climatique soit parce que la guerre n'en finit plus, les met en danger avec leur famille. Ils espéraient un peu d'humanité et de solidarité pour pouvoir vivre loin de chez eux et loin des leurs. Il leur a fallu un courage énorme motivé par l'accueil des pays européens avec souvent bien des illusions.

31 viennent de périr dans un froid glacial en tentant d'échapper à la police française chargée de garder la frontière avec l'Angleterre et ayant pour mission de ne laisser passer personne, même celles et ceux qui fuient la France.

Comme beaucoup, nous sommes sans voix et en colère. Ce n’est pas la première tragédie, la méditerranée est déjà qualifiée de "cimetière". Comme il y a beaucoup de morts, peut-être y aura-t-il un peu plus de bruit autour de celle-ci, mais il y en a tous les jours. Nous sommes sidérés de voir une Europe qui n’arrive pas à trouver de solutions en France mais aussi en Pologne et de voir Macron annoncer qu'il va faire la chasse pour que personne ne passe en Angleterre, sa seule réponse est d’être plus sévère avec les passeurs. Ce n’en pas une réponse d'autant qu'il sait que des migrants, il y en aura encore et encore avec les guerres faites par les mêmes et avec le réchauffement climatique et son lots de catastrophes.

C’est le naufrage le plus meurtrier jamais observé en Manche. Selon nos informations il y aurait cinq femmes et une fillette parmi les victimes.  C'est un appel violent à changer en urgence de politique migratoire pour la fonder sur l’accueil et la fraternité.

La plupart des gens décédés mercredi étaient des Kurdes originaires d’Irak et d’Iran. Avant ce naufrage, le bilan humain depuis janvier était de trois morts noyés et quatre disparus dans la Manche. S’il vient d’augmenter spectaculairement, il n’a hélas rien de surprenant. De nombreuses associations alertaient depuis des mois sur l’imminence d’une tragédie d’une telle ampleur.

« Ces morts sont la conséquence la plus dramatique, la plus grave et la plus insupportable de la politique de non-accueil menée depuis trente ans à la frontière franco­-britannique », a réagi la Cimade.

« Cette frontière tue », ajoute Utopia 56, qui estime elle aussi que « ces décès sont les résultats de politiques migratoires mortifères » et les conséquences directes « de la militarisation accrue de la frontière et de la lutte acharnée contre la présence des personnes exilées sur le littoral français à coups d’expulsions de lieux de vie et de confiscations d’effets personnels ».

À ce jour, 336 personnes sont décédées à la frontière franco-britannique depuis 1999, dont 36 au total rien qu’en 2021. Sans compter les milliers de réfugiés morts en Méditerranée et dans nos montagnes ces dernières années. De quoi rouvrir, plus que jamais, le débat sur la nécessité d’un accueil digne à l’échelle française, européenne et internationale devant les déséquilibres mondiaux liés aux guerres et aux graves inégalités sociales et économiques.

Alors que notre pays prendra bientôt la présidence de l’UE, Macron a renvoyé l’essentiel de la responsabilité sur le dos des passeurs. Sans regarder la réalité de la politique française et continentale. Gérald Darmanin, charge lui aussi les passeurs, et se fait fort d’accélérer le « démantèlement des réseaux criminels ». « Depuis le 1er  janvier, nous avons arrêté 1 500 passeurs », a-t-il annoncé.

Fabien Roussel ne partage pas du tout ce discours droitier. « Combien de temps allons-nous encore accepter que des hommes, des femmes, des enfants meurent sous nos yeux ? La France n’est plus elle-même quand elle n’agit pas pour la fraternité et des réponses humaines », a déclaré le candidat à la présidentielle, dont le parti dénonce les accords du Touquet en plus de défendre l’abrogation des directives de Dublin et le plein respect du droit et des conventions internationales.

L’extrême droite cible, elle aussi, les mafias qui profitent du désespoir, et elle estime insuffisamment répressive la politique de Macron. « Le laxisme en matière migratoire entraîne des drames », a asséné Marine Le Pen. Ni une ni deux, une partie de la droite lui a emboîté le pas. « La seule solution, c’est de déclarer le littoral français comme une zone zéro migrant », défend Pierre-Henri Dumont. Le député LR, qui fustige les associations qui viennent en aide aux réfugiés.

« La France et l’Europe n’ont pas les moyens d’intégrer cette immigration massive irrégulière, il faut la stopper. Dire le contraire, c’est risquer des vies. Notre devoir est de dissuader et d’arrêter clairement ces flux », a pour sa part réagi Éric Ciotti qui comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse fustige avant tout les passeurs.

Les passeurs ne sauraient pourtant être les seuls fautifs. « Il ne sert à rien d’incriminer d’abord les passeurs ou de s’en prendre aux associations. Les vrais responsables sont ceux qui refusent d’accueillir ces hommes, ces femmes, ces enfants qui fuient leur pays et cherchent refuge en Europe », développe la Ligue des droits de l’homme.

« Cette tragédie aurait pu être évitée. Car ses traversées du désespoir sont une des conséquences de ce qui se joue depuis près de vingt ans suite aux stupéfiants accords du Touquet, à travers lesquels la France accepte que la frontière britannique passe, de fait, sur son territoire », se désole SOS Racisme.

Le parti socialiste affirme l’urgence de changer de politique. « Ces gens sont morts d’avoir espéré une vie meilleure. Aujourd’hui, ce qu’il manque, ce sont des voies légales vers le Royaume-Uni », indique Olivier Faure, premier secrétaire du PS.

Sources l'Humanité

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article