La COP 26 adopte un "pacte" minimum, criminel et injuste. Aux peuple de s'en mêler et d'intervenir pour de fortes exigences dans leur pays.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La COP 26 adopte un "pacte" minimum, criminel et injuste. Aux peuple de s'en mêler et d'intervenir pour de fortes exigences dans leur pays.

Les quelque 200 pays de la COP26 ont adopté samedi un accord pour accélérer la lutte contre le réchauffement de la planète, mais sans garantir de tenir l'objectif de le contenir à 1,5°C fixé à Paris ni répondre aux demandes d'aide des pays pauvres.

Est-ce une COP pour rien alors que la terre brûle et que se multiplient les catastrophes liées au changement climatique: inondations, sécheresses ou canicules, avec leur cortège de dégâts et de victimes ?

Le secrétaire Général de l'ONU a même relevé les faiblesses de ce "Pacte de Glasgow", avertissant que "la catastrophe climatique frappe toujours à la porte", la "volonté politique" ayant manqué pour surmonter les "contradictions" entre grandes puissances arc-boutées sur le maintien de leurs dominations et prisonnières des multinationales qui imposent leur dogme du profit quoiqu'il en coûte à l'Humanité et à notre planète.

Un texte à minima criminel !

Après deux semaines de négociations, le texte commun reste dramatiquement plat, à l'image des changements de dernière minute, moins contraignants, introduits sur la question des énergies fossiles.

Avant l'adoption de ce texte, le président britannique de cette 26e conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma, s'est dit d'une voix émue et les larmes aux yeux "profondément désolé" du dénouement de cette COP 26. Il avait pourtant estimé plus tôt que l'accord "inaugure une décennie d'ambition croissante" en matière de climat.

Boris Johnson, qui s'est déplacé deux fois à Glasgow pour tenter de faciliter les discussions, a de son côté jugé que ce résultat constituait "un grand pas en avant" mais qu'il y avait "encore énormément à faire". Une façon élégante de dire en langage diplomatique que tout reste à faire ! Confirmé par un autre propos : "Nous avons toujours su que Glasgow n'était pas la ligne d'arrivée", a commenté l'émissaire américain John Kerry pour atténuer les critiques qui ne vont pas manquer vis à vis du politique.

Sur le point critique de la limitation des températures, alors que la planète se trouve selon l'ONU sur une trajectoire "catastrophique" de réchauffement de 2,7°C par rapport à l'ère pré-industrielle, le texte appelle les Etats membres à relever leurs engagements de réductions plus régulièrement que prévu dans l'accord de Paris, et ce dès 2022.

Mais avec la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières", point qui a suscité les critiques des ONG dont certaines considèrent qu'il s'agit d'une porte ouverte pour échapper à l'action nécessaire et aux engagements pris.

Ainsi, le compromis trouvé n'assure pas le respect des objectifs de l'accord de Paris de 2015: limiter le réchauffement "bien en deçà" de 2°C et si possible à 1,5°C.

Il permet certes d'afficher comme un succès de voir Glasgow maintenir l'objectif de Paris "garder 1,5°C en vie" mais les engagements pris ne permettent pas d'assurer qu'il sera tenu, loin s'en faut ! Pourtant, les experts avertissent régulièrement que "chaque dixième de degré compte" !

"C'est mou, c'est faible, et l'objectif de 1,5°C est à peine en vie, mais il y a un signal sur la fin de l'ère du charbon. Et c'est important", a commenté Jennifer Morgan, patronne de Greenpeace International qui refuse de qualifier d'échec la COP 26.

Maxime Combes* est beaucoup plus sévère. Il qualifie l'accord de Glasgow de criminel, d'indécent et de dilatoire.

Le texte contient une mention inédite, celle des énergies fossiles (Charbon, Pétrole, Gaz etc), dont les principales utilisations sont responsables d'émissions de GES et du réchauffement et qui n'étaient pas citées dans l'accord de Paris.

La formulation a été atténuée tout au long des discussions et jusqu'à l'ultime minute avant l'adoption en plénière, sur l'insistance de certains pays.

La version finale appelle à "intensifier les efforts vers la réduction du charbon sans systèmes de capture (de CO2) et à la sortie des subventions inefficaces aux énergies fossiles" en tenant compte des "circonstances nationales particulières" au regard des inégalités existantes entre pays dans le développement de productions hors énergies fossiles et au regard de la démographie propre de chaque pays.

Ces précisions qui répondent à des cas particuliers ont été finalement acceptées "pour le bien commun", ont résumé, bien que déçues, de nombreuses interventions de délégués.

Les marchés carbone contre les coopérations non fondées sur les marchés**

Le point central de la COP sur lequel les deux dernières COP ont été en échec, concerné les règles d'utilisation de l'accord de Paris, en particulier le fonctionnement des marchés carbone. L'article 6 de l'accord de Paris laissait ouverte la possibilité de mécanismes de coopération internationale non fondés sur les marchés.

A Glasgow, les Etats n'ont pas conforté cette alternative, au contraire, ils ont finalement opté pour des marchés carbone dangereux, inefficaces et injustes. Étendre ces marchés douteux à l’échelon mondial, en autorisant les Etats à utiliser les crédits carbone accumulés sans raison sous le protocole de Kyoto, revient à saper l’ambition des maigres politiques climatiques nationales déjà prises et à vider de leur substance celles que la société civile pourrait obtenir dans les années à venir.

"C'est la porte ouverte à toutes sortes de marchés volontaires et autres mécanismes de compensation carbone qui vont permettre aux entreprises multinationales les plus nocives, de la production d’hydrocarbures au secteur aérien en passant par les industries lourdes, de ne surtout pas transformer en profondeur leurs systèmes productifs" s'insurge Maxime Combes.

"La combinaison de la généralisation des marchés carbone et de la neutralité carbone est le meilleur moyen d'instaurer à l’échelle international un greenwashing4 institutionnalisé et généralisé dans lequel tous les pollueurs vont se complaire avec allégresse" précise Maxime Combes.

Ainsi à Glasgow, les Etats ont collectivement déserté le terrain de l’ambition climatique. Les populations les plus pauvres en paieront le prix le plus fort. C'était aussi un dossier explosif qui n'a pas trouvé de résolution.

Mécontents par la promesse toujours non tenue des plus riches de porter à partir de 2020 leur aide climat au Sud à 100 milliards de dollars par an, les pays pauvres, les moins responsables du réchauffement mais qui sont les premières victimes de ses impacts, demandaient un financement spécifique des "pertes et préjudices" qu'ils subissent.

Les pays développés, au premier rang desquels les USA, s'y sont fermement opposés. Les pays pauvres ont du céder, acceptant une poursuite du dialogue afin ne pas perdre les avancées dans la lutte contre le réchauffement, dont les effets les menacent en permanence. "Tout en se disant "extrêmement déçus". "C'est une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique", a commenté Teresa Anderson, de l'ONG ActionAid International.

Greta Thunberg, c'est du "bla, bla, bla"

La jeune militante du mouvement mondial des jeunes pour le climat, Greta Thunberg, a été plus lapidaire, qualifiant une nouvelle fois la COP26 de simple "bla bla bla". "Le vrai travail continue en dehors de ces salles. Et nous n'abandonnerons jamais, jamais", a-t-elle promis.

Un signe qui ne trompe pas, après sa journée désastreuse de mercredi, la Bourse de New York a terminé en hausse vendredi, maintenant son rebond malgré un nouvel indicateur macroéconomique défavorable, (chiffre d'inflation à 6.2%, le plus haut niveau depuis 31 ans aux USA). Le Dow Jones, le Nasdag et l'indice S&P progressent tous les trois. Est ce un indicateur de la tranquillité des marchés financiers derrière le pauvre résultat de la COP26 de Glasgow pour le climat mais apparemment rassurant pour les affaires, le business ?

Nous verrons plus clair dans les jours à venir sur les effets possibles de cette COP26. Toujours est-il, et ce quel qu'il en soit, la parole et la main sont maintenant aux peuples afin que chacun dans son pays et aussi ensembles, ils fassent respecter les engagements pris tant à Paris qu'à Glasgow.

Des choses importantes peuvent être gagnées et en premier lieu en France, en exigeant que 140 milliards soient consacrés à la lutte pour le climat et à l'emploi. (Voir sur ce dernier point l'article du blog consacré aux propositions de Fabien Roussel***).

 

* Maxime Combes : économiste et auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil)

** Marchés carbone : voir article du blog : https://fdgpierrebe.over-blog.com/2021/11/la-cop-26-doit-elle-maintenir-les-marches-carbone-internationaux.html 

*** Propositions de Fabien Roussel : https://fdgpierrebe.over-blog.com/2021/11/intervention-de-fabien-roussel-sur-les-enjeux-de-la-cop-26.html

4 Le greenwashing :  est une technique de communication et de marketing qui permet aux entreprises de se créer une image écoresponsable avec des arguments écologiques alors qu’en réalité, il n’en est rien. L’exemple cité le plus souvent est : "la voiture propre". Les constructeurs automobiles mettent en avant l’hybride, les voitures économes ou encore leur performance en terme de GES. Alors que l’on sait que les voitures en sont l’une des principales sources d'émission. Autre exemple : les énergies dites propres ! Cela permet à certaines grandes industries mondiales de cacher leur utilisation d’énergies fossiles en communicant uniquement sur leur infime production d’énergies renouvelables. Plus simplement, pour faire du "greenwashing", il est très facile pour une marque de se cacher derrière une étiquette verte ou un nom qui fait croire que cette marque est écoresponsable, alors qu’en réalité c’est une publicité mensongère.

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