Les psychologues veulent boycotter le nouveau dispositif du pouvoir. Pourquoi ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Les psychologues veulent boycotter le nouveau dispositif du pouvoir. Pourquoi ?

Alors que la loi de finance de la sécurité sociale pour 2022 est en cours d’examen par le Sénat, les psychologues se mobilisent contre la proposition d’un forfait de remboursement des séances psy et cherchent à alerter citoyens et décideurs des conséquences désastreuses du système qui se dessine.

Ils sont d’accord pour que les consultations psy soient remboursées par la Sécurité sociale, ils le souhaitent même ardemment, mais pas n’importe comment. Les psychologues sont donc vent debout contre les mesures proposées par le gouvernement, qu’ils considèrent comme « inadéquates, inadaptées, méprisantes et maltraitantes pour les psychologues et pour les citoyennes et citoyens qui les consultent ».

La contestation des psychologues n'est pas écoutée

Le mouvement de contestation a émergé dès le printemps dernier, et ne cesse de prendre de l’ampleur. Après la grande manifestation du 10 juin 2021, le mouvement s’est renforcé et c’est en nombre, « plusieurs milliers » [les participants au mouvement de contestation ne donnent pas de chiffre exact – NDLR], que les psychologues ont adressé les 27 et 28 octobre derniers à chacun des 906 parlementaires français une lettre ouverte pour expliquer pourquoi ils ne participeraient pas au dispositif tel qu’il est prévu dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2022.

Le coup d’éclat de cette dernière opération réside dans le fait que tous les psychologues qui le souhaitaient ont chacun envoyé la même lettre. De quoi mettre en surchauffe les boîtes mail des parlementaires…

Malgré tout, vendredi 22 octobre, les députés ont voté par 54 voix contre 2 le remboursement, sur prescription médicale, de séances chez un psychologue, sans que celui-ci puisse prévoir un dépassement d’honoraires. Depuis le 3 novembre, c’est au tour du Sénat d’examiner le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2022, dans laquelle s’inscrit ce dispositif de prise en charge psy.

Une profession menacée

Les psychologues signataires de la lettre ouverte regrettent que le Monsieur Véran et ses conseillers aient « ignoré [leurs] demandes et continué dans la même logique », alors même qu’ils se félicitaient de voir enfin le sujet pris en main par le gouvernement.

« L’heure est grave, écrivent-ils. Notre profession est menacée, et notre travail de soin auprès des sujets en situation de souffrance psychique sera fortement dégradé voire rendu impossible par les mesures que le Ministère des Solidarités et de la Santé, en collaboration avec le Président de la République, veulent imposer, sans concertation avec la profession et contre son avis. »

En cause, la création d’une subordination du psychologue au médecin généraliste et le plafonnement du prix des séances à un montant dérisoire par rapport aux réalités du métier, tant en termes de valorisation de l’expertise des psychologues qu’en termes d’adéquation avec les charges que les psychologues en libéral supportent.

« L’articulation et la collaboration confraternelle des psychologues et des médecins est nécessaire, et elle se déroule naturellement dans le secteur libéral, précisent les psychologues signataires. Mais soumettre la pratique des psychologues à un avis médical, même dans ce cadre restreint de la prise en charge des consultations, est incompatible avec cette même pratique. Les psychologues ne sont pas paramédicaux et ne travaillent pas sur prescription, celle-ci est antagoniste à toute démarche de soin psychique. »

Les psychologues ne sont en effet pas une profession para-médicale. Leur cursus universitaire ne passe pas par des études de médecine, mais s’inscrit dans le champ des sciences humaines. Les signataires refusent donc d’être « inféodés à la science médicale » et veulent que soit garantie la préservation de l’accès libre et direct à leur service.

Ils insistent sur le montant strictement encadré des consultations dans le cadre du dispositif prévu. Non défini par la loi, il devrait être, selon les annonces faites par le Président de la République lors des Assises de la Santé mentale et de la Psychiatrie, de 40 euros la première séance, réservée au bilan psychologique, et 30 euros les suivantes (dans la limite prévue par le forfait), sans dépassement d'honoraires possible :

« après déduction des charges, la somme restante sera totalement insuffisante et absurde au regard des exigences du travail de soin psychique, des contraintes de l’exercice libéral, sans parler du niveau de qualification, de compétence et de responsabilité du psychologue devant les patients qu’il prend en soin », constatent les signataires.

Un dispositif qui passe par le volontariat

Le dispositif prévoit une adhésion volontaire des professionnels, qui n’ont donc pas l’obligation de proposer des séances remboursées par la Sécurité sociale aux conditions fixées par la loi ni d’accepter les patients qui les solliciteraient dans ce cadre.

Ainsi, les signataires préviennent :

« Si aucune modification concernant ces deux points n’est réalisée, si la préservation de l’accès direct aux psychologues n’est pas garantie et si la tarification des consultations n’est pas conforme à la pratique des psychologues exerçant dans le secteur libéral, soyez assurés, Mesdames et Messieurs [les parlementaires], de ma non-participation au dispositif de prise en charge que le Ministre de la Santé et ses collaborateurs veulent imposer, et dont les enjeux électoralistes n’ont échappé à personne ».

La France compte plus de 20 000 psychologues en libéral.

Il est impossible de savoir combien de psychologues boycotteront le dispositif et donc dans quelle mesure il pourrait réellement être mis en œuvre s’il est définitivement adopté dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale pour l’année 2022.

Une chose est sûre, ce nouveau dispositif doit articuler deux exigences, d'une part faciliter l'accès libre des patients à des séances de psy dont le besoin s'accroît dans la population, remboursé par la solidarité nationale donc la Sécu et d'autre part dans le même temps prendre en compte les qualifications et compétences requises pour l'exercice de cette profession de soin, les exigences du travail de soin psychique et les contraintes de l’exercice libéral sachant qu'avec le dispositif de prise en charge, les psychologues libéraux verront augmenter leur nombre de patients.

Il faut une tarification à la hauteur.

Il revient au gouvernement de déterminer ce niveau de tarification pour cette nouvelle compétence de la Sécu et de le proposer chaque année dans le cadre du PLFSS aux parlementaires après consultation de la profession.

Aujourd'hui, le gouvernement fait une proposition qui ne répond pas à la demande des professionnels-elles et qui va donc faire obstacle au libre accès aux séances de psy qui devront payer de leur poche ces séances non remboursées, autant dire que les familles les plus aisées seront les premières utilisatrices alors que les plus pauvres faute de moyens et de remboursement, seront conduites à s'en passer. Le refus du gouvernement d'entendre la profession maintiendra voire creusera les inégalités.

Certes nous entendons le gouvernement argumentant sur les recettes insuffisantes voire les déficits de la Sécu pour s'opposer à la demande de la profession, mais il faut savoir aussi que l'un des axes de son action est de ne pas augmenter ces recettes, via la cotisation sociale payée par tous (entreprises et salariés) pour mieux réduire les prestations de la Sécu et à fortiori limiter la prise en charge pour de nouvelles prestations dont la demande monte dans la société et qu'il ne peut plus ignorer.

Augmenter la cotisation sociale santé, stopper les exonérations aux entreprises permettraient à la fois de réduire les déficits et de prendre en charge de bonne façon les prestations de la Sécu en prenant en compte les besoins et qualifications des soignants afin de répondre de manière efficace aux besoins de santé des populations, de l'hôpital public défaillant aujourd'hui jusqu'aux psychologues.

La balle est dans le camp du gouvernement arcbouté sur l'austérité sauf pour les super riches et le capital, mais aussi dans celui des psychologues qui doivent élever leur lutte et tenter de converger avec l'ensemble des citoyens pour une Sécurité Sociale qui ait les moyens de bien accomplir ses missions.

Oui pour cela, il faut augmenter les recettes de la Sécu, on sait le faire et comment le faire, il manque maintenant que la volonté politique du pouvoir aujourd'hui défaillante !

Sources : Psychologie