Sécurité publique. Le modèle français du maintien de l’ordre en question...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Sécurité publique. Le modèle français du maintien de l’ordre en question...

Une étude publiée le 29 novembre par la Défenseure des droits décrypte les facteurs d’escalade de la violence entre policiers et manifestants.

Alors que le ministre de l’intérieur s’apprête à rendre public le nouveau schéma national du maintien de l’ordre, la Défenseure des droits a publié ce lundi 29 novembre une étude sur le sujet. Intitulée « Désescalade de la violence et gestion des foules protestataires. Quelles(s) articulation(s) en France et en Europe aujourd’hui ? », elle a été réalisée par une équipe de chercheurs entre décembre 2018 et juin 2021, avec la participation de la police et de la gendarmerie nationale.

Mais la préfecture de Police de Paris n’a pas souhaité s’y associer, alors même que la concentration des pouvoirs centraux et de la presse dans la capitale détermine une intervention souvent «  plus brutale et plus précoce ».

Il apparaît que la notion d’ordre public exerce aujourd’hui « un ascendant croissant sur la liberté de manifester ». L’interdiction pure et simple de rassemblement restant exceptionnelle, cela se traduit par des interdictions administratives individuelles de manifester (calquée sur les interdictions de stade pour les supporters) et des arrestations qualifiées de « préventives », suscitant des critiques dans les plus hautes juridictions puisque l’usage de la garde à vue à cet effet n’est absolument pas prévu par le code de procédure pénale.

D’ailleurs, le recours à la justice pour décourager les manifestants est une pratique qui s’intensifie. Avant les années 2000, les infractions commises lors de manifestations n’engendraient quasiment jamais de poursuites. Le « rétablissement de l’ordre » primait alors sur la judiciarisation. Les chiffres d’interpellations sont désormais régulièrement twittés par les responsables politiques comme autant de signes de « l’excellence du travail policier », « nonobstant les circonstances de ces interpellations et les suites qui leur seront données », pointent les chercheurs.

L’une des causes des tensions exacerbées entre les manifestants et les forces de police s’explique par la réduction des effectifs chez les CRS et gendarmes mobiles, seuls formés au maintien de l’ordre. Une carence qui implique l’envoi sur le terrain de supplétifs tels que les Brigades anti criminalité (BAC), peu habituées à intervenir dans ce cadre. Cela se traduit souvent par une « mise en danger des manifestants », note l’étude.

Autre facteur d’escalade : l’enjeu du traitement médiatique des manifestations, stratégique pour les manifestants comme, de plus en plus, pour les policiers et gendarmes, qui souhaitent «  garder la maîtrise du récit public sur le travail policier. »

La démocratisation des outils numériques et des téléphones munis de caméra est perçue comme une menace. D’autant plus que faute de procédure ad hoc, les policiers et gendarmes gèrent instinctivement la présence de plus en plus régulière de militants, de journalistes et de simples citoyens qui filment leurs actions. Selon les informations de la Défenseure des droits, le nouveau schéma national de maintien de l’ordre devrait consacrer «  une large partie de ses développements aux images ».

En outre, cette guerre de communication conduit à la «  dangereuse tentation du face-à-face », qui d’inscrit dans une logique d’affrontements et de visibilisation des dérives possibles.

L’étude pointe une « distance persistante entre les conceptions françaises du maintien de l’ordre et celles promues en Europe du nord. » En cause, le regard porté sur les manifestants par les policiers, qui les assimilent à «  une meute animalière guidée par ses instincts et le suivi irréfléchi du plus fort ou du plus virulent, le meneur ».

Cette vision est renforcée par les simulations organisées dans le cadre des entraînements, qui sont toujours axées sur le pire scénario où la possibilité même d’une désescalade est exclue. Ce qui, selon l’étude, «  implique des représentations erronées de l’adversaire et favorise une gestion particulièrement ferme des mouvements protestataires ».

Pourtant, d’autres modèles existent : en Belgique, la gestion négociée de l’espace public, exemple le plus abouti de police de la facilitation, prouve que l’on peut faire le choix de privilégier l’accompagnement des manifestations sur le contrôle des foules.

Eugène Barbezat Article publié dans l'Humanité

Publié dans Libertés Démocratie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article