Inflation en hausse et pouvoir d’achat en baisse pour les ménages par Gérard Le Puill

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Inflation en hausse et pouvoir d’achat en baisse pour les ménages par Gérard Le Puill

Plusieurs notes de l’INSEE montrent que les hausses de prix, dont ceux des carburants, réduisent le pouvoir d’achat des ménages et font reculer le taux d’épargne. Avec la spéculation mondiale sur les céréales et les oléagineux, ce sont aussi les produits alimentaires, dont les viandes de volailles, qui sont soumis à des hausses sensibles à quatre mois de la fin du quinquennat Macron

Les notes publiées à la fin du mois de novembre par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) convergent pour montrer que la baisse du pouvoir d’achat des ménages est enclenchée depuis la fin de l’été. Voilà qui justifierait une augmentation des salaires comme des pensions de retraite.

La note 308 datée du 30 novembre indique qu’en octobre 2021 « la hausse des prix de production dans l’industrie française atteint 2,6 % sur un mois et 14 % sur un an. Il s’agit des plus fortes augmentations enregistrées dans les données disponibles depuis janvier 1995 (…) Sur un an, la hausse des prix des produits des industries extractives, énergies, eau atteint 30,7 % en octobre 1021 ».

Qui plus est, « en lien avec les cours du pétrole, les prix des produits pétroliers raffinés accélèrent sur le mois d’octobre 2021 et atteignent leur plus haut niveau depuis janvier 2014. Sur un an, leur hausse atteint 106,8 % », lit-on dans cette note de l’INSEE.

La note publiée le même jour par l’INSEE sous le numéro 315 fait état d’une hausse moyenne des prix agricoles de 14,4 % sur douze mois entre novembre 2020 et octobre 2021. Pour le seul mois d’octobre 2021, cette hausse serait de 3,6 % selon l’Institut. Le prix du poulet a augmenté de 8,7 % sur douze mois. Mais les coûts de production que supportent les éleveurs ont augmenté dans des proportions plus importantes. Le prix de la tonne de maïs a augmenté de 34,3 % sur un an selon l’INSEE. La tonne de colza, dont les graines triturées pour l’extraction de l’huile deviennent ensuite des tourteaux protéagineux dans l’alimentation du bétail, cotait 698€ le 23 novembre dernier contre 395€ en novembre 2020 comme en novembre 2019.

45 % des poulets consommés en France sont importés

Selon l’interprofession de la volaille de chair, le prix des aliments composés préparés par les industriels de la nutrition animale « a augmenté 29 % pour le poulet standard ». Par un effet pervers de cette augmentation du prix de revient du poulet, certains acheteurs, à commencer par les fournisseurs dans cantines dans la restauration collective, importent davantage de viande de poulet des pays à bas coût de main-d’œuvre pour réduire la facture. « Sur les 9 premiers mois de l’année, les importations françaises de poulets ont augmenté de +15,2 % et désormais 45 % des poulets consommés en France sont importés contre 41 % en 2020 », selon l’interprofession de la volaille.

En viande porcine, les éleveurs subissent une perte sèche comprise entre 20 et 30€ par porc depuis la fin de l’été en raison d’une double peine provoquée par la hausse du prix des aliments et une baisse des cours qui résulte de la surabondance de l’offre en Europe depuis que la Chine a réduit ses importations. Le kilo de carcasse de porc cote entre 1,20 et 1,24€ depuis la fin de l’été contre 1, 55€ au mois de mai dernier. Alors que la tonne d’aliments pour porcs coûtait déjà 284€ en septembre, elle est passée à 300€ fin novembre.

Incertitudes sur l’efficacité de la loi Egalim 2

Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire « La France Agricole » de cette semaine, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, déclare :

« Aujourd’hui, l’ensemble de la chaîne agroalimentaire est fragilisé. Si l’un des maillons s’effondre, c’est toute la chaîne qui s’effondre. L’objectif de la loi Egalim 2 doit être compris par tous. Un sursaut des capitaines de chaque maillon de la chaîne est absolument indispensable. Je note d’ailleurs que beaucoup se sont exprimés dans cette direction. Maintenant il faut passer de l’expression aux actes ».

Disant cela, le ministre semble s’adresser aux patrons des grandes enseignes de la grande distribution qui négocient en ce moment, et jusqu’à la fin du mois de février, avec leurs fournisseurs que sont les entreprises agroalimentaires, lesquelles achètent la matière première aux paysans, qu’il s’agisse des végétaux ou des animaux de boucherie.

Pour le moment, nul ne sait si la loi Egalim 2 votée cet automne sera plus efficace que la première du même nom votée en octobre 2018. Elle devait concrétiser la promesse faite par le président Macron dans un discours prononcé à Rungis un an plus tôt et dont les paysans ont retenu cette phrase : « Nous modifierons la loi pour inverser cette construction du prix qui doit pouvoir partir des coûts de production ».

Le taux d’épargne des ménages a diminué de 3, 8 points

Mais revenons aux notes de l’INSEE. Celle qui porte le numéro 305 indique que pour les ménages « le pourvoir d’achat du revenu brut disponible par unité de consommation est stable au troisième trimestre 2021 ». Mais « le taux d’épargne des ménages diminue de 3,8 points avec l’accélération de la consommation ».

En valeur sur un an, cette consommation est en hausse de 4,4 % globalement. Car la consommation d’énergie et en hausse de 7,3 %. Or cette dernière est davantage subie que choisie quand il s’agit de se rendre au travail en voiture, de chauffer son logement et de payer la facture d’électricité et de gaz.

Dans la note qui porte le numéro 306, également diffusée le 30 novembre, l’INSEE indique que « les dépenses de consommation des ménages en biens en volume diminuent de 0,4 % en octobre et restent ainsi sous le niveau d’avant crise. Cette baisse provient principalement d’un net repli de la consommation en biens fabriqués. Cette note 306 confirme à sa manière la 305 qui montre que les sommes supplémentaires dépensées dans l’énergie ne sont pas disponibles pour l’achat de biens durables. Leurs achats par les ménages sont en baisse de -2,7 % selon l’INSEE. Outre la chute des achats de voitures neuves « la nette diminution des achats d’équipement du logement, en raison principalement d’un fort recul de consommation de meubles contribue également à la baisse », selon l’INSEE.

Alors que débute la campagne pour l’élection présidentielle du mois d’avril 2022, suivie de celle des députés au mois de juin, tout indique que l’inflation repart et que le pouvoir d’achat recule sensiblement depuis quelques mois.

C’est d’ailleurs ce que les 25.000 retraités qui manifestaient hier à Paris ont dit avec force en faisant savoir que leur pouvoir d’achat s’est réduit de 12 % en moyenne depuis 2014, du temps où Emmanuel Macron était ministre dans le gouvernement dirigé par Manuel Valls.

Gérard Le Puill  Article publié dans l'Humanité

Publié dans Social, Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article