Intervention de Denis Durand au CN du PCF des 11 et 12 décembre

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Denis Durand au CN du PCF des 11 et 12 décembre

Il faut prêter attention aux termes du débat actuel à gauche. Le courrier des « insoumis » qui nous a été communiqué hier affirme que le projet de leur leader et le nôtre auraient en commun de se situer « en rupture avec le système économique et politique aujourd’hui dominant ». C’est faux.

Le projet de Jean-Luc Mélenchon, comme celui des autres candidats de la gauche réformiste, repose fondamentalement sur le maintien d’une séparation, caractéristique du capitalisme et du libéralisme, entre l’économie d’un côté et « la politique » de l’autre.

Les choix d’embauche, d’investissement, de techniques de production, de financement, sont laissés à l’initiative du patronat et des détenteurs du capital. On espère que si les patrons font des profits suffisants, alors ils accepteront peut-être de créer des emplois et d’augmenter les salaires. En attendant, la correction des dégâts sociaux du capital est déléguée à l’État, sans que soit visée la conquête démocratique de pouvoirs d’intervention et de décision par les travailleurs et les citoyens.

Or, c’est précisément cette façon de voir les choses qui a conduit à l’échec des dernières expériences de gauche, et au discrédit honteux de la gauche tout entière dans les milieux populaires.

C’est donc à sortir de ce désastre idéologique et politique que doivent servir la candidature de Fabien Roussel et le programme soumis à nos discussions aujourd’hui.

Les objectifs sociaux, économiques, écologiques, féministes, qu’il énonce sont très ambitieux, et nous en assumons fièrement le caractère révolutionnaire. Mais ce ne sont pas des promesses en l’air. Ils sont accompagnés des moyens de les réaliser. Nous n’avons pas l’illusion qu’il suffira de prendre plusieurs centaines de milliards au capital.

Les besoins sont immenses, il ne faut pas seulement une part plus grande du gâteau pour les salaires, la Sécurité sociale et les services publics : il faut un tout autre gâteau, plus grand mais surtout avec une autre recette, une recette communiste au fond. C’est donc à la domination du capital qu’il faut s’attaquer, là où elle s’exerce : dans les décisions d’utilisation de l’argent dans les entreprises, dans les banques, et bien sûr dans l’utilisation de l’argent public comme moyen d’action sur le comportement des banques et des entreprises.

Contre le chômage, on a tout essayé, sauf de le supprimer. Et pour une bonne raison, c’est que pour supprimer le chômage il faut dépasser le capitalisme.

Pas du jour au lendemain bien sûr, ni même en un quinquennat mais les luttes d’aujourd’hui et les actions gouvernementales que nous pourrons imposer demain ou après-demain sont des étapes de ce processus révolutionnaire. C’est précisément le sens la construction d’un système de sécurité d’emploi et de formation qui est à la fois un objectif majeur de notre projet et la clé de sa réalisation : pour dégager les moyens de notre programme, il faut que celles et ceux qui en sont empêchés aujourd’hui par le chômage et la précarité puissent trouver un emploi et bénéficier d’une bonne formation pour pouvoir déployer pleinement leur capacité de créer des richesses.

C’est vrai sur le plan économique, mais aussi sur tous les aspects non économiques qui reflètent la façon dont la participation des gens à la vie économique, par l’exercice ou non d’un emploi, interagit avec leur vie dans la société, dans la famille, dans l’école.

Mettre en avant cette cohérence, avec la conviction et l’enthousiasme dont Fabien est capable et dont nous pouvons être capables aussi, ce sera le meilleur moyen de faire percevoir à nos concitoyens en colère que le choix de société n’est pas aujourd’hui entre ce qui les désespère depuis quarante ans et le retour de la bête immonde.

Ce sera le meilleur moyen de rendre possible, sans préparer de nouvelles déceptions, l’alliance indispensable entre notre courant révolutionnaire et les différents courants réformistes. Cela vaut pour le résultat de l’élection présidentielle mais aussi pour le contenu de la très rude campagne législative que nous allons mener.

Et c’est le seul moyen pour nous d’être en état d’agir au côté de notre peuple aujourd’hui et demain, pour faire face aux convulsions effroyables de la crise de civilisation qui se préparent, pour organiser la résistance et rendre possible une perspective politique.

Publié dans PCF, Présidentielle 2022

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